JE RECHERCHE
Bryan Ferry : Olympia

Bryan Ferry : Olympia

A Rock En Seine cette année, la reformation de Roxy Music faisait office d'esquisse pour le retour de Bryan Ferry huit ans après son album de reprises de Bob Dylan. En solo, il s'offre le renfort de ses musiciens d'origine (dont Brian Eno) mais aussi David Gilmour, Johnny Greenwood Scissor Sisters ou Groove Armada. Mais ne nous attarderons pas d'avantage sur le cadre et dressons plutôt le tableau de cette œuvre à la signature inimitable.
 
Même si le leader de Roxy Music est encore adulé comme un dieu par certains fidèles, le nom de son nouvel album solo, Olympia, ne fait pas référence à la divine montagne grecque mais à une peinture d'Edouard Manet. Sur la pochette, il ne fait pas une simple copie du tableau en changeant le modèle, mais en choisissant Kate Moss il adapte d'après ses dires "le glamour de l'œuvre avec une icône d'aujourd'hui". On ne pouvait trouver meilleure illustration pour un album où le dandy tente de perpétuer une certaine élégance rock tout en ajoutant à son casting des plus jeunes susceptibles de gommer ses rides.
Si les fans sont vernis de retrouver les musiciens d'origine de Roxy Music, ils seront aussi surpris par des featuring à faire pâlir Kanye West. Leur présence est diluée dans cet album qui conserve la même couleur tout du long grâce à la voix indécalquable du crooner, à son classic rock mêlé à du funk, son saxo et à ses claviers rétrofuturistes.

La vie de Bryan

Bien sûr, le cheap n'est jamais loin mais c'est toujours le chic qui prend le dessus car Bryan Ferry ne s'aventure pas dans la caricature. Sur Heartache By Numbers co-écrit par Scissor Sisters, catapulté dans une ballade mélancolique 80s, il garde sa dignité et ne laisse pas Jake Shears faire plus que des choeurs. En revanche, le guitariste de Roxy Music (Phil Manzanera) réussit à imposer son jeu unique mais aussi un peu démodé sur BF Bass (Ode To Olympia) et éloigne ainsi Bryan Ferry de son objectif 2010. C'est finalement Groove Armada sur Shameles qui nous fera danser effectivement sans honte et avoir aussi une pensée pour James Murphy qui lui ressent l'obligation de prendre déjà sa retraite. Bryan Ferry, à 65 ans fascine encore et on se laissera même séduire par You Can Dance et le slow de Song For The Siren. Finalement, écouter Olympia, c'est un peu comme regarder un épisode de Twin Peaks : intriguant et dérangeant, mais indispensable pour rassasier une soif de classe dont on manque toujours d'ambassadeurs.
 
Charline Lecarpentier

Bryan Ferry // Olympia // EMI
http://www.bryanferry.com/