JE RECHERCHE
Daft Punk : B.O.F. Tron, premières impressions

Daft Punk : B.O.F. Tron, premières impressions

Attendus depuis 2005 comme des messies en scaphandre, le duo français revient à la composition sur le remake du célèbre film de 1982. Alors, épopée cosmique ou odyssée de l’hospice ?

Rarement bande-son aura fait languir les fans et fait parler avant même d’avoir écouté la moindre note. Parlant de Daft Punk – et donc de démesure, d’extravagance et de voyages soniques déjà présents sur leur film/clipInterstella 5555 – tout cela ne semble pourtant pas très étonnant. Annoncée en fanfare et trompettes depuis plusieurs mois, et sujette à plusieurs rebondissements – de faux morceaux qui courent sur la toile, de vrais extraits qui circulent – la soundtrack du film sortira finalement le 8 décembre et une partie grandissante de la blogosphère semble désormais plus impatiente d’écouter la musique que de voir le remake produit par Disney. Etonnant ? Pas vraiment. Exception faite d’un disque live en 2007, le groupe n’a plus fait parler de lui depuis Human After All (2005), soit cinq ans à voir les groupies dépérir et les autres bouillonner comme des cocottes-minute. En sortant de la séance d’écoute organisée par le label (EMI) voilà deux semaines, le doute était pourtant permis sur l’appréciation des 22 pistes proposées par nos Starsky et Hutch de l’électro.

Tron, le disque dont on fait tout un film…

Annoncée à demi-mots comme un nouvel album, on aurait pu écrire de cette bande-son qu’elle est l’arbre qui cache la forêt. Pourquoi ? Composée d’un grand nombre de pistes, seules une poignée sauront combler les fans hystériques du duo célèbre depuis quinze ans déjà. En ayant pris la décision d’enregistrer aux Air Lyndhurst Studios de Londres avec un orchestre symphonique, Bangalter et Guy-Manuel faisaient le pari courageux de s’écarter du ghetto électronique pour s’aventurer davantage sur le terrain de la musique de film, pas si loin que cela finalement de John Williams, compositeur surtout connu pour son générique de Star Wars. Le revers de la médaille – pour les fans intégristes, du moins – c’est un disque d’illustration sonore faisant davantage la part belle aux couches sonores qu’aux véritables mélodies. « Il était impossible de faire cette musique avec deux synthétiseurs et une boite à rythmes » confiait récemment Guy-Manuel au magazine Dazed & Confused, pari tenu avec cette BOF dont les titres intrigants (The Grid, Arena, Nocturne) cachent en réalité des bouts de composition d’honnêtes factures certes, mais hélas plus à considérer comme un travail de commande pour le cinéma – ce qui est le cas, finalement – que comme un événement mondial. A la surface tout de même, trois des onze pistes écoutées surnagent avec éloquence et fonctionnent comme des tubes en puissance : Derezzed, Tron Legacy (End Titles) et Disc Wars, où les puristes auront – hélas – reconnu une partie d’arpeggio déjà jouée sur L’amour et la violence de Sébastien Tellier, dont le producteur était, on s’en souvient, Guy Manuel… S’il reste encore beaucoup d’incertitudes sur ce nouvel disque aux allures de soucoupe – onze titres n’ont pu être écoutés, dont le mystérieux Adagio for Tron – on peut d’ores et déjà s’interroger sur l’effet de buzz qui a précédé le retour des deux encasqués. A suivre le 8 décembre, date de la sortie mondiale de ce double album, soit trois mois avant même la sortie du film sur grand écran. Pour le nouveau « vrai » disque des Daft, il faudra encore rongler ses ongles quelques mois. Pour les plus impatients, le groupe vient d’annoncer une tournée mondiale pour 2011…

Daft Punk // BOF Tron : Heritage // EMI

http://www.daftalive.com/