JE RECHERCHE
Phoenix : à quand la relève ?

Phoenix : à quand la relève ?

Avec Wolfgang Amadeus Phoenix (2009), le groupe de Versailles s'est mis malgré lui sur un piédestal. En attendant un potentiel retour, seuls quelques-uns peuvent aujourd'hui prétendre au rôle de dauphin. Passage en revue.

Il est bien loin, le temps de "If I Ever Feel Better", premier (et imparable) single d'une bande de minots versaillais nommée Phoenix. Si United, premier album sur lequel figure cette chanson qui a fait le tour des radios, a fait son petit effet, personne n'aurait parié sur une longévité aussi grande, ni sur un tel potentiel de progression. 2009, Phoenix sort ce qui reste aujourd'hui comme un disque incontournable de la pop à la française. Wolfgang Amadeux Phoenix, quatrième album du quatuor, n'a pas seulement cartonné chez nous, il a également confirmé leur statut de super-stars internationales, leur tournée américaine se terminant en apothéose au Madison Square Garden de New York en octobre 2010, le bref passage des rarissimes Daft Punk sur scène tenant lieu de featuring luxueux. Ça en dit long sur l'envergure, mais également sur le talent des quatre ex-gamins du désormais fameux lycée Hoche.

Puis, plus rien. Phoenix disparaît des radars, s'enferme pour mieux penser à la suite, et pour souffler un peu. Ingratitude des auditeurs modernes : leur place maîtresse de l’échiquier pop s'efface un tant soit peu, sans pour autant qu'elle soit remise en question. Seul Metronomy et son immense The English Riviera ont pu rivaliser depuis lors, bien que le chemin de l'Amérique commence tout juste pour eux. Mais surtout, sans l'ombre du géant pour masquer ses alentours, on peut distinguer bien plus aisément des cohortes de groupes de cette génération "post-Phoenix", plus ou moins marqués par l'un des quatre albums réalisés par le groupe, mais qui, parfois, peuvent s'en émanciper de façon maligne. Dur, cependant, de s'y retrouver, tant la masse est dense et les copies nombreuses... On a donc souhaité y voir un peu plus clair. Quels jeunes groupes français peuvent, à terme, penser faire de l'ombre à Phoenix ?

 

Jupiter : l'électronique au secours du groove

De prime abord, le duo Jupiter pourrait être apparenté à une tentative de résurrection d'un son disco-kitsch et sans âme. Détrompez-vous. Quarles et Amélie sont beaucoup plus malins, et beaucoup plus pop que cela. Disco, certes, mais aussi funk, sont les aimants latéraux du cœur de leur musique, qui, de fait combine une certaine idée des mélodies, ambitieuses et touchantes, et un groove aussi soutenu que lascif. Leur premier album, Juicy Lucy, sort juste avant l'été, précédé par un EP déjà disponible et en écoute ci-dessous. Leur carrière, qui prend une envergure méritée ces dernières semaines, décolle longtemps après leur apparition au grand jour en 2009 (souvenez-vous, le morceau Starlighter)... Mais bon, 2009, pour les groupes de pop, a été une année difficile pour cause de concurrence déloyale. Suivez notre regard.

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="450">

Juicy Lucy (Grand Blanc), sortie le 4 juin
www.facebook.com/wearejupiter

 

Saint Michel : un peu d'Air dans les poumons

Oh, un duo Versaillais. Forcément, la comparaison est facile. Mais Saint Michel, autre duo pop carrément malin dont nous avions déjà évoqué l'existence il y a peu, combine les forces de leurs ainés (Phoenix, mais aussi Air...) à une profondeur qu'aucun des deux piliers de la banlieue Ouest n'arrivent réellement à atteindre. Le chant, haut perché et lyrique, semble parfois toucher au raffinement névrosé de Thom Yorke dans ses bons jours. Jamais maximaliste, leur musique peut parfois s'avérer diablement hypnotisante, sans oublier d’avoir la classe. Philippe Thuillier, 28 ans et Emile Larroche, 19 ans, ont peut-être misé sur leur différence d'âge pour agencer leurs couches d'influences de manière la plus cultivée possible, ou peut-être pas. Mais le résultat est là, bluffant à en faire froid dans le dos.

I Love Japan (Un Plan Simple), déjà en bacs
www.facebook.com/saintmichelmusic

 

Hyphen Hyphen : néo pop part

Il est toujours de bon aloi de puiser son style dans des références élégantes, question de name-dropping. Sauf que Hyphen Hyphen, en plus de pouvoir tirer sur cette corde, dépasse de loin ces basses intentions. Oui, on pense assez rapidement aux Taking Heads lorsqu'on écoute leur premier EP Chewbacca I am your mother sorti en 2011, ainsi que leur deuxième essai, Wild Union, qui pointe son nez ces jours-ci, Et après ? Il y a pire comme comparaison, non ? Artistes au sens le plus illuminé du terme, et néanmoins pop à en mourir : voilà la quadrature du cercle que Hyphen Hyphen tente de résoudre depuis son apparition dans le monde de la musique l'année dernière (les meilleurs limiers se rappelleront de leur prestation à la villa Inrocks au Festival de Cannes 2011). Leur électro-pop frénétique, énergisante et ambitieuse, si elle sait d'où elle prend sa source, avance dans le bon sens pour toucher au but rapidement. 2012, l'année Hyphen Hyphen ?

frameborder="0" scrolling="no" width="100%" height="166">

Wild Union (autoprod), déjà en bacs
hyphenhyphenblog.tumblr.com

 

Meltones : l’admiration jusqu'au bout des ongles

Boulogne-Billancourt, pas de quoi faire rêver une midinette, mais les jeunes lions qui composent Meltones ont la fougue de leur côté. On les a beaucoup taxés de "nouveaux Phoenix". Bonne nouvelle ? Pour eux, oui, la comparaison avec un de leurs groupes phares ne pouvait s'avérer que flatteuse. Pas de mimétisme pour autant : plus énergique, plus rock que Phoenix, leur musique n'est pour l'instant pas vraiment domestiquée, et on peut dire que ça plait. Notamment à Philippe Zdar, qui a accepté de produire le premier album du quatuor, produit par MyMajorCompany (souvenez-vous de Grégoire, puis oubliez-le : c’est le système de financement par le public qui rend cette structure intéressante avant tout). Comme chacun sait, cet éminent producteur (et par ailleurs membre de Cassius) peut se targuer d'avoir produit... Wolfgang Amadeus Phoenix. On vous laisse le plaisir de la chute.

Nearly Colored (MyMajorCompany), déjà en bacs
www.facebook.com/meltones.mmc

 

Juveniles : le synthé assumé

Rennes est décidément toujours un vivier de groupes rock démontables et évolutifs. Juveniles, salvateur trio formé l’année dernière, pose déjà un dilemme une fois passée en revue leur très courte mais admirable carrière : synth pop ou new wave ? Quoi, qui a dit "c'est pareil ?". En l'occurrence, JS, Pierre et Thibault ont su allier le dandyisme froid au kitsch franc-jeu de leurs lignes de synthétiseurs, lesquels semblent avoir excellente estime dans leur parc à jouets. Grand bien leur en fasse. Après un premier EP, nommé We Are Young, sorti chez Kitsuné en fin d'année dernière, le groupe enchaîne les morceaux et les remixes, en vue d'un potentiel album. Avec un nom pareil, ils sont faits pour croquer du doyen...

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="350">

We Are Young (Kitsuné), déjà en bacs
juvenilesmusic.bandcamp.com