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Damon Albarn : Les douze travaux d’Hercule

Damon Albarn : Les douze travaux d’Hercule

Alors qu’il remontera sur scène avec Blur pour la clôture des Jeux Olympiques en 2012,  l’anglais sort de son sac de sport trois autres projets qui feront certainement de lui l’artiste le plus prolifique de l’année. A quoi Damon Albarn carbure-t-il, sera-t-il contrôlé positif au dopage ? Réponse sur la ligne d’arrivée avec un papier qui refait le match.

Dans le jargon des coureurs sportifs, on pourrait dire que le leader de Blur a le feu au derrière. Non content d’être devenu une icône quasi culte avec le groupe Brit Pop, voilà que le père de Gorillaz remet le couvert cette année avec par ordre d’apparition : un album d’opéra, un disque composé avec un super groupe éphémère ainsi que la production du nouvel album de Bobby Womack à paraître en juin. Stakhanoviste, vous avez dit ?

Un premier album solo, « Dr Dee »

Commençons par le moins intéressant des travaux de cet Hercule de la pop culture, à savoir un premier album solo nommé « Dr Dee » où Albarn s’essaye à la composition intimiste – pour ne pas dire soporifique – sur 18 chansons composées avec le BBC Philarmonic Orchestra. Inspiré par la vie de John Dee, visiblement un mathématicien/astronome/astrologue anglais, la qualité du disque est sans jeu de mot parfaitement relative et le compte n’y est pas. Connu jusque là pour sa capacité à allier mainstream et exigence grâce à des productions pop, Damon se convertit ici en barde un poil barbant avec des morceaux à la harpe (!) et d’autres tout aussi inécoutables. A moins d’être un fan de la première heure, un disque clairement dispensable qui ne rend pas honneur à Damon.

 

Un super groupe nommé Rocket Juice & the Moon

Dieu merci, avec Damon Albarn on trouve toujours matière à ne pas s’ennuyer. Cinq ans après la formation d’un premier « super band » avec The Good, the Bad & the Queen (avec Tony Allen et Paul Simonon de The Clash), Damon profite de ses maigres RTT pour plancher sur un nouveau projet avec Flea des Red Hot et le même Tony Allen à la batterie. Question casting, c’est donc un sans faute. Musicalement, l’auditeur baigne dans la soul africaine – le péché mignon de Damon qui a d’ailleurs racheté voilà quelques années le petit label anglais Honest Jon’s – et ce premier album, aussi peu révolutionnaire soit-il, comporte un nombre de chansons conséquent – 18 – qui s’apparente davantage à la jam cosmique qu’à un mauvais coup marketing. Bien meilleur que le dernier album des Red Hot Chili Peppers et surtout beaucoup plus funk que Gorillaz, bonne pioche !

 

La co-production du nouvel album de Bobby Womack

Intitulé « The bravest man on Earth », le nouvel album du miraculé de la soul américaine est surement LE chef d’œuvre d’Albarn en 2012, même si ce sera paradoxalement le seul projet où le couteau suisse ne tripote pas les instruments. Après des featurings de Womack chez Gorillaz, Damon pratique le renvoi d’ascenseur en co-produisant ce nouveau disque à placer quelque part entre un Moby qui aurait bouffé du bois bandé et le dernier disque d’une autre légende de la soul, Gil Scott Heron – où Damon Albarn assurait les claviers sur le titre Me and the Devil. Si les rumeurs annoncent un featuring entre Bobby et Lana Del Rey, c’est surtout la qualité du disque qui frappe à la première écoute. A la fois épuré jusqu’à l’os et réussi de bout en bout, le disque assure un come-back à cette vieille légende tout en assurant à Albarn un statut de producteur reconnu. Alors même que Womack annonçait en début d’année être traité pour un cancer, Albarn s’avère être musicalement un thérapeute de premier plan. Preuve que même en multipliant les projets et les apparitions sur le podium, le diablotin de la pop anglaise ne se mord pas la queue.

Damon Albarn // Dr Dee // EMI, sortie le 7 mai
Rocket Juice & the Moon // Rocket Juice & the Moon // Honest Jon’s , sortie le 26 mars
Bobby Womack //
The bravest man on Earth // XL (Beggars) sortie en juin