JE RECHERCHE
On a retrouvé le rock californien

On a retrouvé le rock californien

On le pensait tombé en désuétude, le voilà qui revient, des mélodies plein les poches et muni d’un cachet indé que l’on ne lui soupçonnait pas. La West Coast est de retour !

La Californie, des Beach Boys à Rage Against The Machine, a toujours eu un pied dans le rock. Le son “West Coast”, s’il n’a pas toujours représenté une réalité tangible, a eu ses grands moments de gloire, des 60’s aux 90’s. Un sens de la mélodie assumé, un ADN clairement métissé de pop, mais aussi une énergie, voire une hargne, qui fait exploser les compteurs de décibels en salle de concert, voilà pour les principaux attributs. On a eu tendance à l’oublier ces dernières années, l’hégémonie de Brooklyn ayant duré un certain temps, faisant un peu trop d’ombre aux autres régions musicales des USA. L’équilibre entre les deux grandes métropoles américaines semble se rétablir, Los Angeles, San Francisco et San Diego recommençent à attirer les projecteurs, leurs scènes fourmillant de groupes talentueux et innovants. Pourquoi maintenant ? Pas de hype pendant trop longtemps, voilà pourquoi. Beaucoup de groupes, par envie de progresser dans un environnement adapté (du soleil, des loyers peu élevés et un appétit musical toujours élevé de la population), ont débarqué dans la cité des Anges et ses satellites pour y transpirer un peu. Et évidemment, un tas de créatifs qui font de la musique, se rencontrent et jouent sur les mêmes scènes, ça donne rapidement une émulsion vertueuse. Aujourd’hui, c’est là bas que ça se passe, et le son qui nous manquait, que l’on aime danser furieusement, se râper ler les genoux en skate ou faire la fête tout simplement, est revenu sous plein de formes différentes. Ce bref panorama devrait vous donner une bonne idée de cette santé au top.

 

Best Coast : les plus pop

Ils sont beaux, ils sont deux, ils sont doux, et ils vous ont peut-être déjà fait chavirer avec leur chouette Crazy For You, sorti en 2010. Bethany Cosentino et Bobb Bruno, qui ont formé le duo Best Coast il y a seulement trois ans, ont réussi une ascension assez impressionnante. Les talents de songwriter de Bethany ne la placent pas du côté des génies expérimentaux, mais plutôt dans le camp de ces intuitives de la pop, qui comprennent l’essence du terme aussi facilement qu’elles comptent les vagues sur la plage. Tout l’esprit du rock californien se retrouve chez eux, des harmonies vocales aux riffs de guitares, gentiment énergiques et terriblement accrocheurs. Pour être pop, il faut l’assumer : Best Coast l’a prouvé au monde il y a peu en reprenant “Dammit” de Blink-182, groupe toujours très écouté mais aussi haï par l’intelligentsia de la musique indépendante. Une façon de lever le doigt du milieu plutôt rigolote au final. Leur prochain album, The Best Place, montre sur sa pochette un ours câlinant l’État de Californie, cet animal en étant par ailleurs le symbole officiel. Plus californien, tu meurs.

http://www.bestcoast.us/

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="166">

 

No Age : les plus arty

Ils sont déjà depuis quelques temps dans le circuit, mais leur succès de ces dernières années mérite qu’on leur rende justice. Le duo No Age fait, quant à lui, davantage cracher les guitares, sans oublier pour autant de déclarer constamment leur amour pour la mélodie. À peine moins pop, beaucoup plus bruitiste, leur rock pourrait parfois être qualifié de “shoegaze”, certaines plages étant aussi extrêmement contemplatives. La production, souvent simpliste et légèrement sale, les rend finalement plus pointus qu’on ne pourrait le croire, et rend leurs albums, en particulier Everything In Between sorti en 2001, particulièrement touchants, même dans les moments les plus durs. Point important : ils viennent de San Diego, et luttent donc contre la potentielle supériorité régionale de Los Angeles. Une Californie multipolaire est possible !

http://www.noagela.blogspot.fr/

 

Wavves : les plus cool

Ce trio a tout compris. Sans même parler musique, il véhicule déjà un délicieux cliché, jouant avec sans en abuser : celui de la bande de post-ados un peu attardés, glandeurs, hédonistes, skateurs et jamais complètement à jeûn. Wavves, c’est comme un bon bol de céréales multicolores qui changent la couleur du lait. On sait que ce n’est plus de notre âge, et c’est justement pour ça qu’on en raffole. Wavves partage le même amour de la pop que Best Coast (les deux formations sont très proches et ont souvent joué ensemble), mais garde peut-être une simplicité crue qui les rend plus attachants. Et appeler un titre “I Wanna Meet Dave Grohl”, forcément, ça nous fait plaisir. En attendant que leur rêve se concrétise, leur EP “Life Sux” est ce qu’ils ont fait de mieux jusqu’à présent, leurs deux précédents albums étant encore un peu verts.

http://www.ghostramp.com/

 

Health : les plus déjantés

Un groupe de noise-dance expérimentale qui a travaillé sur la B.O. d’un jeu vidéo, il fallait bien qu’on en parle. Health, mis à part le projet que l’on vient d’évoquer (le jeu en question, Max Payne 3, devrait sortir cette année dans nos contrées), n’a pas brillé par sa présence récemment, mais il l’a tellement été ces trois dernières années que l’on pourrait aisément imaginer un retour en force sous peu. On les a beaucoup rattachés à leur amitié avec Crystal Castles. Ils sont en réalité au dessus de ça. Ces types sont de véritables génies dans l’art d’assembler les contraires. Extrêmement étrange et bruitiste, leur musique peut également s’avérer très dansante, pop, voire tubesque. Voilà qui n’est pas pour nous déplaire, quitte à secouer un peu nos conventions, non ? Si leur véritable dernier album, Get Color, date de 2009, il est assez indispensable de l’écouter, pour saisir l’élan de créativité qui coule dans les rues de Los Angeles ces temps-ci, en faisant parfois fi des conventions, comme cet exemple le prouve.

http://www.myspace.com/healthmusic

 

Trash Talk : les plus violents

Direction Sacramento. Vous allez voir, le déplacement vers le Nord de l’État vaut le coup, rien que pour le coup d’adrénaline qu’il va vous procurer. Trash Talk est un enfant né du venin d’un aspic et d’une décharge électrique. Ici, on tombe carrément dans le hardcore frénétique, efficace à souhait et remonté comme une pendule, avec les racines bien ancrées (la Californie porte un héritage conséquent dans le rock extrême). Ce quatuor ne s’est pour l’instant jamais posé en apôte d’une révolution musicale, mais plutôt en porte-étendards du rock’n’roll, du vrai, celui qui avait disparu de la côte Ouest ces dernières années. Étrangement, ce groupe existe depuis 2005, et a déjà sorti une poignée conséquente d’EPs, ainsi que quelques albums. Leur mise en lumière récente correspond à leur signature sur le label True Panther Sounds, bien connu dans le monde de la musique indé, et pas nécessairement violente. Preuve que le hardcore peut également avoir une place dans le coeur des hipsters. L’EP sorti sur ce label, Awake, est à recommander à tous ceux qui cherchent un substitut au café du matin.

http://trashtalkhc.com/

 

 

Fidlar : les plus jeunes

Voilà ce que le rock devrait être : une affaire de mômes. Fidlar, visiblement, est une expression utilisée par les skaters du lycée de ce groupe, qui a choisi naturellement de l’utiliser comme patronyme. Lycéens, sétieusement ? Rassurez-vous, ils sont désormais majeurs. Leur EP Don’t Try vient tout juste de voir le jour, après un premier essai sorti l’année dernière, pas d’album au compteur, donc. Et c’est sans doute mieux comme ça : leur mélange entre surf-pop et punk-rock est si spontané qu’il convient parfaitement à ce format. Leur réputation grandit à vue d’oeil : encore inconnus il y a quelques mois, ils risquent d’exploser à la face du monde cette année. En espérant qu’il n’y ait pas surchauffe de leurs circuits, mais leur auto-dérision semble être une de leurs nombreuses armes. Restez comme vous êtes, les mecs, et continuez à faire vivre le Cali Rock, celui qu’on est contents de retrouver, comme vous le faites.

http://fidlar.bandcamp.com/

Mathias Riquier