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Chromatics : Kill Your Love

Chromatics : Kill Your Love

Héros discret du dernier revival disco, Johnny Jewel, Pierrot de nuit aux larmes peintes au liner, est depuis des années le moteur du label Italians Do It Better, sous l’œil brillant du boss Mike Simonetti.
Sorti de l’ombre en devenant un as de la B.O. mélancolique en pilotant celle de Drive , Jewel se remet dans la course avec un double album de Chromatics, magnétique groupe de Portland au cœur égratigné dont le troisième album “Night Drive” retournaient les âmes sensibles en 2007. Les rythmes disco servaient alors déjà de pare-choc émotionnel à la cold-wave et au chant saturnien de la chanteuse Ruth Radelet.

 

Chromatics avait trouvé sa formule magique, et il était temps, puisque avant cette refonte le groupe, monté par Adam Miller au début des années 2000 peinait avec son post-punk à susciter de l'intérêt.  Avec l'intervention de Jewel, on ne pense plus seulement à un tribute à Joy Division ou aux Cure mais on se laisse également aller à une new-wave qui tapisse le dancefloor de larmes d'argent avec des compositions belles à pleurer et des batteries électroniques qui réveillent la disco. En 90 minutes “Kill For Love” installe même la statique Ruth près de Young Marble Giants, comme une statue qui aurait subi les malheurs de toutes les tragédies grecques. Mais on peut tous se faire son propre film tout le long de ce double-album, surtout pendant ces pistes ambiant, comme une invitation à s'y faire des scènes pas forcément tragiques.

 

Certes, le spleen pèse sur "Kill For Love". Mais en s’en détachant un peu, on respire grâce à un peu d’humour. Déjà en 2010, ils reprenaient avec classe I’m On Fire de Bruce Springsteen sur l'EP “In The City II“. Mais là, en dépit de sa réputation synthétique, Chromatics fait carrément entonner à la délicate Ruth “Rock’n”Roll can never die” sur la reprise d’Into The Black de Neil Young, avec une basse rappelant un chant du cygne de Joy Division !

 

Keep Portland Weird

"Kill For Love", dont personne n’attendait vraiment la sortie, vient d'ajouter une fierté à Portland - où le groupe est basé. Cette fameuse ville de l’Oregon, réputée pour ses groupes bouillonnants, se retrouve aujourd’hui mise à l’honneur à la fois grâce à la série parodique Portlandia mais aussi grâce au festival "Keep Portland Weird" qui s’installe à Paris fin avril. On pensait d’ailleurs y voir Johnny Jewel, invité à la Gaité Lyrique pour jouer avec Glass Candy, cet autre groupe où il a su faire des miracles avec une autre muse : la survoltée Ida No, négatif saturé de la chanteuse de Chromatics. Ida s’étant blessée, la tournée est malheureusement repoussée. En attendant, on reste obnubilés par les bobos du cœur de Chromatics. Prenez place à votre tour sur le siège passager et démarrez l’album en streaming sur une unique piste.

 

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