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Anoraak - Interview sous le manteau

Anoraak - Interview sous le manteau

 

Ton premier album sera dans les bacs le 21 septembre, il s’est passé quoi entre les débuts d’Anoraak et cette sortie ?

 

Il y a eu pas mal de changements car au début j'étais seul pour tout : je faisais des titres dans ma chambre et les mettais sur myspace, je ne faisais pas de concert. Avant de rencontrer mon manager, ce projet était un peu embryonnaire. Ca doit faire huit ans qu'Anoraak existe mais j'avais d'autres groupes, je faisais d'autres choses, c'était un peu mon jardin secret. Et puis un jour, c'est sorti de la sphère privée, un peu malgré moi finalement. Maintenant il y a aussi beaucoup de gens qui travaillent sur ce projet.

 

La sortie de l'album chez Naive marque-t-elle la fin de ta participation au collectif Valérie ?

Non, pas du tout ! Valérie n'est un label qu’au sens moral du terme, une étiquette pour marquer une provenance, mais ça n'a jamais été un label commercial. Tous les artistes de Valérie sont signés dans divers endroits, chacun a gardé sa liberté de mener son projet où il voulait.

 

Au début tu assurais seul tes concerts avec ton ordinateur, est-ce ton passé dans tes formations rock qui t’as poussé à retrouver cet esprit de groupe ?

 

Oui, j'ai toujours eu envie de jouer de la musique à plusieurs car j'ai commencé comme ça et je n'avais pas envie d'arrêter. Mais c'est aussi un bon exercice de faire les choses tout seul. D’une part, ça te galvanise mais ça met aussi une pression qui est différente de celle que tu as quand tu montes à trois ou quatre sur scène, où tu as l'impression de pouvoir te reposer sur les autres.

Moi j'ai toujours cherché à tout piloter avec un clavier pour que ce soit plus visuel et parce que je n'ai jamais vu d'intérêt à me cacher derrière un ordinateur. Je n'ai rien contre les gens qui le font mais ce n'est pas mon truc. Donc retourner vers une formation qui ressemble plus à ce que j'avais l'habitude de faire, c'était une évolution pour pouvoir présenter ma musique de manière plus digne.

 

Il y a deux ans sur tu reprenais les Romantics dans ton set, gardes-tu des références exclusivement 80s ?

Les Romantics, c'est la seule reprise que j'aie jamais faite. Je le trouve vraiment cool ce morceau (Talking In Your Sleep, ndr). Mais le truc 80s vient surtout du collectif Valérie, moi je me sens beaucoup plus influencé par la fin des années 70 : black music, funk, disco... La musique 80s est forcément dans mes influences car j'ai grandi dans cette décennie, alors j'ai mangé plein de trucs qui passaient à la radio, à la télé, ça fait partie de mon background musical.

Je pense par ailleurs que ma musique est romantique dans le sens très large du terme. Car il y a une sorte de légèreté, je ne cherche pas la complication, j'aime les sentiments qui font plaisir, j'adore les couchers de soleil, les gens qui s'aiment, les trucs un peu violons, bateaux, couillons. Ca me fait plaisir, ça me fait du bien, ce sont des images très connotées années 80 : les palmiers, les années club Med... Dans ma musique il y a côté 80s niaiseux, entre new wave et disco. Mais que chacun y trouve son imagerie personnelle, moi ça me va très bien.

 

Finalement c’est cet aspect naïf qui semble être le seul lien entre ta musique et le courant Anorak pop.

Je ne connais pas trop. J'ai déjà lu des articles dessus et déjà écouté de la musique dans ce genre là sans savoir que cela s'appelait comme ça mais en tout cas mon nom n'a rien à voir avec ça.

 

Et il vient d'où ?

Ca m'est venu comme une envie de s'acheter un pain au chocolat, ça évoque des choses assez sympa : tu as chaud et en même temps il fait froid… En fait je ne suis pas allé chercher très loin dans l'explication.

 

Es-tu allé les chercher loin les guests de ton album ?

Ca s'est fait de manière assez naturelle. Je ne voulais pas qu'il y en ait trop pour ne pas faire un album de producteur avec cinquante featurings. Pour Sally Shapiro, la Suédoise, j'avais fait un remix il ya un an. Sa voix était jolie et on en avait déjà parlé. Pour Siobhan Wilson, je l'avais vue en concert et adoré sa voix. Elle est capable de jouer un même morceau à la guitare sèche  et avec une orchestration électro limite conceptuelle. Elle arrive à caler sa voix sur n'importe quoi, j'avais vraiment envie de bosser avec elle.

 

Même si ton album va sortir, tu continues de faire des remixes, comme celui de Neon Indian récemment...

Ca fait quasiment six mois que je l'ai fait mais bon, le temps qu’il sorte... Là d'ailleurs il y en a pas mal qui vont suivre : pour We Have Band et  Siobhan Wilson justement, pour lui renvoyer l'ascenseur. Un autre pour We Are Standard, des potes de Delorean et aussi un pour Mansfield Tya. Ce que j'aime quand je fais un remix, c'est que plutôt qu'avoir une feuille blanche pour créer un morceau, on me donne les petits carreaux déjà tracés et ça devient vite un terrain d'expérimentation. Pendant l'écriture de l'album je faisais donc souvent deux morceaux puis un remix, ça permet de souffler un peu.

 

Etre remixé, est-ce un moyen de rendre tes titres assez dansants pour être joués en club ?

Ca dépend, un remix n'est pas forcément club. Les blogs ont mis les remixes dans un certain carcan, qui voudrait dire qu'ils doivent forcément tabasser. Mais ça fait plaisir de voir que cela peut changer. Par exemple, sur mon album il y a eu plusieurs remixes dont l'un de Myd, un artiste de Paris qui a fait du reggae avec Try Me. Il a tout compris, il a osé s'attaquer à un tabou vieux de plus de 30 ans ! Mais il y aussi un autre remix super club sans être putassier.

 

Tu n'as donc pas fait ton album en espérant qu'il fasse particulièrement danser les gens ?

Non ! Je me suis retrouvé dans la catégorie électro un peu malgré moi car je n'ai jamais cherché à en faire. Les outils que j'avais à une certaine époque pour faire de la musique forçaient les sonorités électro, sauf si j'avais voulu faire de la folk. D'ailleurs j'en ai fait, mais ça ne sortira pas sous le nom Anoraak si cela devait un jour sortir. On parle toujours par exemple de Nightdrive With You, mon premier EP, comme d'un truc super dancefloor. Mais en fait il n'y a que le dernier titre qui l'est un peu, sur tout le reste des titres, ce sont des pop songs disco, un peu indé. Moi je cherche à faire des choses dansantes dans le terme disco, avec des rythmes un peu lents, pas des trucs où tu as envie de lever les bras et suer à grosses gouttes en buvant de la vodka.

Charline Lecarpentier

Anoraak // "Wherever the Sun Sets" // Naïve

http://www.myspace.com/anoraak