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72h de bonnets, d'allers-retours et un immense Bon Iver au Pitchfork Festival

72h de bonnets, d'allers-retours et un immense Bon Iver au Pitchfork Festival

Cette année au Pitchfork Festival, la curiosité tenait dans le mélange des genres. D’Etienne Daho à Mac DeMarco, de Bagarre à Kaytranada, des touristes américains aux branchés parisiens, des découvertes indé à l’un des plus beaux concerts de ces dernières années.

Les repères sont toujours là. Les deux scènes de chaque côté, les stands à l’étage, les bonnets partout. En ce premier jour de festival, jeudi 1er novembre, la curiosité est de mise. Déjà pour les premiers arrivés, qui ont eu la chance de découvrir Cola Boyy et son étrange disco venue de Californie (lire notre portrait ici). Puis John Maus. L’ancien colloc de Mac DeMarco se fait rare en concert, peut-être parce qu’il donne tant de lui-même quand il se retrouve sur scène. Puis vient la sensation de cette édition : le concert d’Etienne Daho. Si les plus jeunes ne connaissent pas toujours ses morceaux, ils prennent vite la mesure du bonhomme, qui étale sa classe naturelle pour le premier grand moment du week-end. Arrive ensuite Julian Casablancas et son look assumé de… d’on ne sait pas trop quoi au juste. D’ailleurs, chez lui comme nombre de festivaliers, s’habiller de façon un peu bariolée semble le nouveau comble du chic. Musicalement, son groupe The Voidz oscille ainsi entre grâce et disgrâce ; finalement, Julian Casablancas incarne toujours à merveille le rock’n’roll. C’est au tour de Mac DeMarco de faire le show. Une table, des rafraîchissements et hop : son concert se transforme en petite fête (faussement) improvisée. Très Mac DeMarco, et une première soirée qui se finit à la coule.

Le lendemain, vendredi donc, on retrouve tout un public qui n’a pas fait le pont, mais bien le guet devant la nouvelle sensation musicale qu’est Boy Pablo. Le groupe de Nicolas Pablo Rivera, norvégien d’origine chilienne, fait dans la pop comme on aime. Ludique, jolie, enthousiaste et finalement optimiste. Après un (trop) court passage de Lewis OfMan, les membres de Car Seat Headrest démontrent vite qu’ils ne sont pas venus beurrer les sandwichs, mais plutôt prouver que le nouveau groupe de l'indie ricain à suivre a un nom un peu étrange - « appuie-tête de siège de voiture », quand même, fallait oser. Un concert plus que réussi. Ce vendredi soir suit son cours ; Chromeo, Bagarre, CHVRCHES, Blood Orange et enfin Kaytranada. Chacun dans son style, fidèle à ce qu’on en attendait. Mention spéciale à Bagarre qui a réussi à former un pogo dans la Grande Halle, et à Blood Orange qui a donné une couleur rythm’n’blues plus qu’appréciée. Un peu plus, et on aurait pu croire que la terre était bleue comme Blood Orange.

Allez, place au dernier jour, samedi. Pas grand-monde pour voir les premiers noms ouvrir les hostilités, on ne va pas se mentir. À croire que tout le monde s’était donné rendez-vous pour Bon Iver, histoire de se poser avant de se la donner sur l’incroyable enchaînement électro prévue à cet effet - Jeremy Underground, DJ Koze, Peggy Gou, Avalon Emerson, Daniel Avery - rien que ça. Et difficile de lui donner tort, à ce monde. Autant l’écrire tout de suite : Justin Vernon et sa bande ont délivré un concert majestueux. Frissons sur frissons et scénographie au top du top, Bon Iver a donné dans l’intime et le grandiose, l’infiniment petit et l’immensément haut, le souci du détail et la dérive du sublime. Superbe. Certains sont pourtant partis, lassés, en cours de route ; d’autres ont pleuré, vraiment. Vraiment, on ne pouvait pas demander mieux pour définitivement rentrer dans l’hiver. Merci. Et à l’année prochaine, peut-être.