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Arnaud Rebotini et Saro préparent leur Pékin Express

Arnaud Rebotini et Saro préparent leur Pékin Express

D'ici quelques jours, ils seront en tournée en Asie sous la bannière du French Miracle Tour. Au programme des étapes en forme de concerts au Vietnam, au Japon ou encore en Chine. Greenroom sera aux premières loges pour raconter de l'intérieur le périple du beatboxer Saro et du DJ expérimenté Arnaud Rebotini. Mais avant ça, nous avons voulu demander aux deux comment ils envisageaient cette Asie qui, comme le chantait Bashung, coule toujours un peu aux oreilles.

Cela pourrait sonner comme la bande annonce d'une émission de télé réalité, mais c'est évidemment beaucoup mieux que ça. Du 3 au 18 novembre, pour la quatrième édition de la tournée French Miracle Tour, deux artistes qui pourraient apparaitre très différents vont apprendre à se connaître le temps d'un voyage commun. D'un côté, le jeune Saro, champion du Grand Beatbox Battle 2017 dans la catégorie loopstation et invité remarqué de la dernière édition des Transmusicales, fera office de jeune pousse prometteuse capable d’électriser une salle avec un simple micro. De l'autre, Arnaud Rebotini, vétéran de la musique électronique en France que le monde du cinéma a récemment couronné d'un César pour son travail sur la B.O du film 120 battements par minute de Robin Campillo. Cette rencontre inédite se fera avant tout sur les routes d'Asie puisque la tournée French Miracle Tour prévoit d'emmener les deux français dans sept pays différents. Chine, Hong Kong, Corée du Sud, Japon, Vietnam Inde et Thaïlande, il va donc falloir jongler avec les fuseaux horaires pour réussir à jouer aux quatre coins du continent. Première rencontre entre Rebotini et Saro, autour de quelques lointains souvenirs d'Asie. Le tout arrosé de soupe miso ? Non, de café fumant.

Vous vous apprêtez à partir pour plusieurs dates en Asie. Vous avez déjà fait des concerts là-bas ?

Arnaud Rebotini : A vrai dire, pas tant que ça. J'ai joué deux fois à Tokyo avec Black Strobe (son groupe electro rock) mais c'était il y a déjà un petit moment. C'était pour un énorme festival qui s'appelait Wire, un peu à l'extérieur de Tokyo. Manuel Gottsching était programmé et il avait joué son célèbre E2-E4. Je me rappelle qu'on nous avait demandé une exclusivité pour faire un live de seulement une demi-heure. Les DJ sets étaient normalement d'une heure et les live d'une demi-heure.

Saro : C'est marrant car il m'est arrivé un peu la même chose. Je suis allé en Inde pour jouer et ça a duré, pour tout dire, juste une demi-heure. Assez étrange, comme sensation...

Arnaud Rebotini : Oui, ça reste quand même un peu frustrant de venir pour trente minutes. Cette année-là, j'étais ensuite revenu avec Black Strobe. Comme on savait qu'il y avait plein de bons magasins de musique sur place, on était carrément partis de Paris sans instrument. On avait tout acheté sur place : les guitares, les basses, etc..

On entend souvent dire que Tokyo est aussi une ville géniale pour acheter des disques...

A.R : Disons que c'est effectivement le genre de pays dont on revient chargé. À une époque, il y avait même des disques spéciaux pour le marché japonais. Par exemple, au moment de la sortie de son album Dedication, Herbie Hancock a fait une série de concerts avec des versions jouées aux synthétiseurs de certains de ses classique. Tout ça a été enregistré et ce n'est sorti en disque qu'au Japon, dans une édition spéciale avec des posters. À Tokyo, pour trouver des disques, il faut surtout se rendre dans le quartier de Shibuya. Mais il vaut mieux connaître des gens sur place pour savoir où aller précisément car Tokyo est un dédale de rues où il est parfois difficile de se retrouver. Sur mon label Blackstrobe Records, j'ai signé récemment un japonais qui s'appelle Shun. Passer par Tokyo pendant cette tournée va donc être l'occasion de faire les disquaires avec lui.

Il y a des scènes musicales qui vous intéressent plus particulièrement en Asie ?

Ça remonte aux années 90. A cette époque je suis hyper fan d'un groupe qui s'appelle Zeni Geva. C'est un groupe qui a été produit par Steve Albini donc ils ont des morceaux un peu noise avec beaucoup de guitares. Le leader s'appelle K.K Null et il sort aussi des disques en solo sous ce nom. C'est une musique électronique, expérimentale et parfois très violent. K.K Null est un peu une figure de l'underground japonais. J'aime beaucoup le fait que là-bas, il y a toujours eu une vraie culture pour les choses radicales. Dans le genre, il y a aussi un groupe que j'aime bien qui s’appelait S.O.B (abréviation de Sabotage Organized Barbarian, ndlr). Ils ont tourné avec Napalm Death et les ont pas mal influencé. Tous ces trucs-là sont vraiment le genre de musique japonaise qui me plaît.

S : Si on ramène ça au monde du beatboxing, il y a une grosse scène battle en Asie. Il y a un championnat très connu qui s'appelle l'Asia Beatbox Championship. Ça réunit tous les pays asiatiques, c'est un des battles les plus réputé. Il y a un très bon niveau là-bas. Mais de manière générale, dans le milieu hip-hop, que ce soit en break ou en scratch par exemple, les asiatiques sont toujours assez doués. D'ailleurs dans un club en Chine, je me rappelle d'avoir vu un groupe de rap chinois hyper bien qui avait l'air d'avoir du succès. Et en Inde, je suis allé dans un festival qui s'appelait le Spoken Festival, il y avait plein de poètes-rappeurs sur scène, ils venaient raconter leurs vies pendant des heures. Et pendant le déroulé du truc tu avais un fond de drum'n'bass locale. Assez  génial comme expérience.

Est-ce que le film 120 Battements par minuteest sorti en Asie ?

A.R : Oui apparemment. Je n'ai pas trop les chiffres mais j'ai vu que la bande originale est sortie là-bas car j'ai eu quelques tweets et des retours sur les réseaux sociaux à ce sujet. Mais c'était en japonais donc je n'ai aucune idée de ce qui se disait. En tout cas, en France, on m'en parle tout le temps.

S : Ça fait quoi d'avoir un César ?

A.R : C'est énorme. Je suis très heureux. Ici, ça m'a vraiment ouvert au grand public, ou au moins à des gens qui ne connaissait pas forcément ma musique ou celle de Black Strobe. Je ne sais pas si ça a fait la même chose en Asie.

D'ailleurs, est-ce qu'il y a des bandes originales de films asiatiques qui vous ont marqué ?

Tout ce qu'a fait Toru Takemitsu avec Akira Kurosawa, c'est quand même exceptionnel. Je pense par exemple à la B.O de Ranqui est sublime. Ça mélange d'un côté de la musique traditionnelle avec des flûtes japonaises et de l'autre, la façon d'aborder l'orchestre de Takemitsu, lent, très adagio, avec beaucoup de travail sur les mélodies de timbres. Takemitsu, quand tu t'intéresses un peu à la musique classique contemporaine, c'est quand même un compositeur hyper important, qui a une esthétique très forte. Et ça, il n'y en a pas tant que ça. D'autant plus que la musique de Takemitsu reste quand même dans le domaine de l'accessible. Sinon il y a aussi évidemment Ryuichi Sakamoto qui a fait vraiment de bons disques. Mais je suis moins transporté que par le travail de Takemitsu. Ça donne des idées pour composer d'autres B.O futures.