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Shlømo, l'étoile montante de la techno, a bossé pour le PSG

Shlømo, l'étoile montante de la techno, a bossé pour le PSG

Connu sous le nom de « Shlømo », Shaun Baron-Carvais est l’une des stars montantes de la scène électro internationale. À 31 ans, ce Français qui avait commencé comme résident à la Concrète, sillonne, aujourd’hui, les plus gros festivals de la planète. Entre deux dates à Berlin ou Bogota, le fondateur de Taapion Records sort, le 9 novembre, son premier album Mercurial Skin. Celui qui s’était fait connaître du grand public grâce à son remix de PNL sur « J’suis PNL », revient sur sa vie, ses passions, sa carrière et son ancien job d’attaché de presse pour le Paris-Saint-Germain. Shlømo joue, dorénavant, tous ses sets à domicile, même quand il est à l’extérieur. Rencontre.

Tu as laissé entendre que ton personnage de Shlømo était une sorte d’alter-ego musical. C’est-à-dire ? 

C’est surtout la facette où j’arrive à être plus extraverti. Shlømo est moins timide. Je suis quelqu’un qui traîne toujours avec les mêmes potes et je me renferme un peu trop, parfois. Je suis un peu dans ma bulle. C’est une chose que mon agent me reproche. Elle m’appelle « Mister Robot ». J’ai toujours plus été un mec de studio qu’un mec de scène. En live, en plus d’avoir peur que tes machines plantent – parce que c’est pas des clefs USB, hein – il faut assurer, parce que les gens vont être coincés pendant une heure avec ton boulot.

Ta carrière a commencé à prendre de l'ampleur grâce à la Concrète, notamment. Comment tu en es arrivé à devenir résident là-bas ?

La première fois que j'ai joué à une Concrete, c’était en Back to Back avec mon pote AWB (co-fondateur de son label Taapion Records, ndlr). Quelques mois plus tard, ils m’ont bloqué pour une grosse date avec Luke Slater, j’ai fait un live qui a reçu de bons retours. À la suite de ce dernier, un des responsables de la Concrète me dit qu’il aimait bien ma musique et qu’il cherchait de nouveaux résidents, pour faire de nouvelles choses. Il m’a proposé de le rejoindre. En cinq ans le club est devenu mythique !

On le sait moins, mais pendant un moment, tu as travaillé au service communication du Paris Saint-Germain. Comment ça s’est fait ? 

A l'époque, je m’occupais de la communication de marques comme Umbro, la seule marque de vêtements à être uniquement dédiée au football. Je rentre dedans, je suis à fond et un an plus tard, mon boss me dit qu’il y a un appel d’offre pour le PSG, mais qu’on s’y prend trop tard. Je lui réponds que je suis prêt à bosser jour et nuit pour présenter un projet. On va donc se présenter le 14 juillet, à 8h du mat’, devant les mecs du club. Sur le moment, il fallait être pro, mais c’était un rêve. Je suis un fan du PSG depuis que je suis tout petit. À la fin du mois d’août, on a décroché le contrat et c’est la première fois de ma vie où je me sentais à ma place. Parallèlement, à cette période là, je deviens DJ résident à la Concrète. LE truc du moment. Je comprenais rien à ce qui se passait. Je me suis dit : « Bon, il y a deux ans qui vont s’écouler où je vais avoir la tête dans guidon ». Je me rendais pas compte, mais j’avais pas de week-ends, je ne voyais pas ma famille, ni ma copine… Quand je finissais mon job pour le PSG, je rentrais chez moi et je bossais mes morceaux. Le week-end, je devais jouer à droite, à gauche. Je me retrouve dans une spirale jusqu’à arriver à un moment de ma vie où, sur une semaine, je devais préparer la nouvelle saison du PSG, je jouais mon premier gros live au Berghain, à Berlin, et j’enchaînais sur quelques dates en Chine. Surtout que, les vols internes, en Chine, c’est six heures d’avion. Le dimanche, lors de mon Pekin-Paris, alors que j’étais en panique pour avoir mon avion, je m’évanouis dans l’aéroport. À ce moment là, je le dis à personne, mais je devais faire un choix : j'ai quitté le PSG.

"Autodestruction par passion"

Comment tu l’as fait, ce choix ?

C’était dur… Quand j’en parlais à ma famille, ils n’ont pas compris le délire, à part mes grands-parents. Ils m’ont toujours poussé. Ma sœur voyait l’aspect risqué du métier : « Comment tu vas faire plus tard ? Est-ce que t’es sûr ? Il faut que t’assures tes arrières financièrement… » Je réponds que c’est un pari, que j’ai un agent qui croit en moi en me disant : « Si tu choisis de te lancer dedans, je te lâcherai pas ». Il fallait que je le tente, surtout que professionnellement, je pouvais me permettre de faire une année de césure, avant de, peut-être, revenir dans la communication. C’est ce qui a rassuré mes proches.

Tu penses que si tu avais continué à travailler pour le PSG, tu n’aurais pas pu assouvir tes deux passions ? 

C’est assez marrant car, quand j’étais dans cette spirale, je ne me rendais pas compte à quel point j’ai détruit mon corps, j’ai détruit mon sommeil. J’abîmais tout ce qu’il y avait autour de moi. C’est là, où je me suis rendu compte à quel point mes proches étaient présents pour moi. Ils ont respecté ça. Après m’être arrêté de bosser, tout est retombé. Je me suis rendu compte de cette auto-destruction par passion. 

Comment on allie passion et travail ? 

Avec le PSG, même si t’es l’homme le plus professionnel du monde, si tu n’as pas l’ADN… On parle pas d’un simple produit, comme un aspirateur, on parle de football. C’est à part. Quand tu es associé à un club, tu as ça dans le sang. Les gens qui ne kiffent pas ne peuvent pas comprendre le fait qu’on agisse comme des beaufs et qu’on puisse pleurer pour un match. 

D’ailleurs, t’es quand même un des rares types à avoir joué à Marseille avec un maillot du PSG. Faut être cinglé… 

J’étais obligé ! Je travaillais pas encore pour le PSG, mais dès que mon agent m’a annoncé une date marseillaise, je me suis dis que j’allais porter le maillot. Direct. J’arrive pour faire mon test son, tout allait bien et j’ai retiré ma veste. Le propriétaire du club, un gars super cool, me sort : « Ne mets pas ça pour jouer. Ouais, ouais d’accord… » Une demi-heure avant de jouer, je commence à enfiler mon maillot et j’ai vu que les types ne rigolaient pas. Finalement, les trois quarts du public ont rigolé. Même si bon, le reste était du genre : « Parigo, va te faire enculer ! »