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Et la musique dans Rick & Morty ? Sci-fi, dream-pop africaine, pet qui chante Bowie

Et la musique dans Rick & Morty ? Sci-fi, dream-pop africaine, pet qui chante Bowie

Ces dernières années, aucun dessin animé n’aura connu de plus grand succès que Rick et Morty. Véritable phénomène pop culture, les aventures absurdes à travers la galaxie du scientifique Rick et de son petit fils Morty, sont aussi le fruit d’une B.O soignée, qui vient de sortir en CD et vinyle sur le mythique label Sub Pop Records. Ryan Elder, compositeur de la musique de la série, nous raconte.

Comment vous êtes vous retrouvés à faire la musique de Rick et Morty ?

Je travaille en fait avec les créateurs de la série, Dan Harmon et Justin Roiland, depuis très longtemps puisqu’on s’est rencontré en 2005 dans un festival à Los Angeles. On a ensuite travaillé ensemble sur plusieurs projets de courts métrages, et au moment d’imaginer Rick et Morty, Dan et Justin ont pensé à moi pour composer la musique du générique et du reste de la série. Pour l’anecdote, j’ai travaillé quelques temps avant Rick et Morty avec Justin sur un court métrage appelé Les Vraies Aventures de Doc et Marty. Si le projet est tombé à l’eau, les personnage de Rick et Morty en ont été complètement inspirés par la suite.Sur quelles bases avez-vous composé le générique ? 

À la base, elle devait en fait servir pour une autre série. Justin travaillait sur un dessin animé appelé Dog World et il m’a demandé de composer la musique du générique pour pousser sa proposition. Le projet est tombé à l'eau, mais lorsqu’on a commencé à travailler sur Rick et Morty, on cherchait un générique. J'ai repensé à cette musique et j'ai proposé qu'on la mette sur le celui de Rick et Morty. Ça a tellement bien fonctionné qu'on a finalement décidé de définitivement la garder. Justin avait beaucoup d'idées sur la manière dont il voulait que ça sonne : une musique simple, qui monte en puissance au fur et à mesure, jusqu'au climax final, et qui souligne le fait que tout peut arriver dans la série. En gros, il fallait que ça soit une représentation parfaite de la série en seulement trente secondes.

En quoi cette musique représente la série selon vous ?

Il y a d’abord la notion d'aventure avec des sonorités fortes, un peu épiques. Il y a aussi une impression de surprise et d'inattendu dans la construction du morceau : jusqu'à la toute fin du morceau, on ne sait pas exactement comment ça va se finir sauf dans les dernières secondes, ce qui résume très bien la série. Les sonorités ont aussi été très importantes : j'ai beaucoup discuté avec Justin et Dan et ils voulaient imiter une musique de vieux film de science-fiction, presque vintage, c'est pour ça qu'il n'y a pas de sonorités électronique modernes dans le générique.

Selon vous, qu'est-ce qui fait une bonne musique de générique pour un dessin animé ?

Il faut que la musique soit surprenante pour le spectateur, tout en étant à la fois représentative des thématiques de la série en question. L'exemple parfait pour moi, c'est le générique de BoJack Horseman : on y entend toutes les facettes de la personnalité du personnage principal, et ça colle parfaitement avec les images du générique. C'est une musique très cool, jazzy, qui représente bien le côté star de BoJack Horseman, mais à côté de ça il y a ce saxophone mélancolique qui est constamment en arrière plan. Ça permet de rappeler au spectateur, à travers la musique, que même si le personnage principal a l'air de se la couler douce, il est au fond de lui foncièrement triste.

Rick et Morty est une série reconnue pour ses situations étranges. Est-ce que ça se sent aussi lorsque vous travailliez sur sa musique ?

Oh oui, tout le temps. C'est ce qui est le plus marrant avec ce job. La moitié du temps, lorsque je découvre les scripts et que je vois la description des musiques qu'on me demande de composer, je me dis : « Attends, mais qu'est-ce que c'est que ce truc encore ? » (rires) Du coup je discute avec les créateurs de la série et on se retrouve à créer de nouveaux genres musicaux, comme de la dream-pop africaine ou de la musique d'aliens Arboliens dans la saison 2.

Ils vous ont vraiment demandé d'inventer de la dream-pop africaine ?

Exactement ! Dans la saison 1, un personnage tente de draguer la mère de Morty, et lui passe un disque en lui disant « Tu aimes la dream pop africaine ? » Sauf que en vrai c'est un genre qui n'existe que dans la tête des créateurs de la série (rires). Du coup je me suis mis à écouter de la pop africaine populaire comme Magic System et j'ai essayé de m'en inspirer pour transformer ça en quelque chose de complètement onirique et planant. Ça m'a d'ailleurs permis de découvrir Magic System. J'adore ce groupe maintenant ! (rires)

À un autre moment dans la série, le père de Morty se met à écouter de la « musique d'humain ». Comment est-ce que vous avez composé ça ?

Celle-là était très facile ! Dans cet épisode, le père de Morty se retrouve sans le savoir dans une simulation de vie réelle créé par des aliens. La simulation bugge, et la radio se met à dire « Vous allez maintenant écouter de la musique d'humain ». J'ai appelé Justin Roiland et je lui ai dit cash au téléphone : « Mais en fait, ça sonne comment la musique d'humain ? » Et il me répond : « Oh tu sais, de la musique hyper simple à trois notes, quelque chose de très con. Genre 'pou pou pou, pou pou pou' ». J'ai raccroché, je suis allé sur mon synthé, et je me suis mis à faire ce qu'il m'avait demandé : j'ai composé la musique la plus débile possible que je pouvais sur mon synthétiseur.

Une autre chanson marquante de la série s'appelle « Goodbye Moonmen ». Ils vous ont vraiment demandé d'écrire une chanson de David Bowie chantée par un pet ?

Complètement. Le script disait précisément : « Le pet se met à chanter une chanson dans le style de David Bowie ». J'avais déjà les paroles, et je savais déjà que Jemaine Clement du groupe Flight Of The Conchords allait la chanter. Je me suis posé, j'ai écouté du David Bowie tout l'après midi, j'ai pris ma guitare et je me suis mis à composer. De toute la série, ça a été un des morceaux les plus faciles à composer pour moi, et surtout, celui que j'aime vraiment le plus.

C'est vous qui avez aussi composé « Get Schwifty » ?

Non c'est en fait une musique tirée d'un jeu mobile. Pour la saison 1, Adult Swim (chaîne qui diffuse la série aux Etats Unis, ndlr) a sorti un jeu mobile où, à un moment donné, on se retrouvait dans l'iPod de la sœur de Morty. Il y avait trois chansons que Justin Roiland avait composé lui même, en faisant bien attention à ce qu'elles soient les plus nulles possibles. Et en fait ça a eu un succès fou ! Les scénaristes les ont eux aussi adorées et se sont alors dit qu'il fallait faire un épisode entier avec ces chansons, en imaginant un espèce de concours de l'Eurovision intergalactique.

La musique semble, au final, essentielle dans le succès de la série Rick et Morty. Comment vous l’expliquez ?

Parce que Justin et Dan sont à la base des fans de musique. Du coup ils en profitent pour placer des chansons qu'ils aiment dans la série. On utilise pas mal de morceaux extérieurs dans les épisodes comme Blonde Redhead, Elliott Smith, Nine Inch Nails, tout simplement parce que Justin et Dan sont des fans de ces groupes depuis de nombreuses années. Ils essayent toujours de mélanger des musiques marrantes, que je compose, et des choses plus sérieuses, dans des moments un peu plus dramatiques. C’est ce qui fait la force de la série : on rigole beaucoup, mais il y a aussi des choses plus profondes dans le scénario. Ce contraste au niveau des choix des musiques le souligne bien selon moi.