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Vegedream : « Mon son représente la France de 2018 »

Vegedream : « Mon son représente la France de 2018 »

Avec sa chanson « Ramenez la Coupe à la maison », le chanteur et producteur Vegedream, 26 ans, fait un carton. Celui qui a fait « casser la démarche, à la Umtiti » à la France entière pendant le Mondial de football en Russie revient sur son succès énorme. Rencontre avec le 24ème gagnant de la Coupe du Monde 2018.

Tu disais avoir écrit « Ramenez la Coupe à la maison » quelques jours avant la finale. C'était pendant la demi-finale France-Belgique ?

J’étais à Saint-Etienne. Je regardais le match tout seul et je me rappelle que j’avais publié un Snapchat en disant : « Si la France gagne ce soir, je rentre en studio et j’enregistre un son ». J’avais dit ça pour rigoler, sans même penser à le faire. Bon, finalement, Samuel Umtiti marque, il claque sa démarche bizarre, et on gagne 1-0. La veille de la finale France-Croatie, j’avais un show à Compiègne et je partais de Sarcelles. J’étais chez un pote à moi qui tient un petit studio, il devait être une heure du matin et je lui demande de faire une boucle qui compilerait toutes mes ambiances différentes. Je voulais reprendre toutes les mélodies que j’avais pu trouver pour les mettre dans ce morceau, en citant le nom des joueurs. J’ai commencé à écrire le son à ce moment là, on a trouvé ça marrant.

Tu racontais qu’avant même la sortie du titre, la chanson avait déjà fait un bordel sur les réseaux sociaux. C’est-à-dire ?

J’avais mis un petit extrait sur les réseaux sociaux et à partir de ce moment là, mon téléphone a pété un câble, c’était très grave. Tout le monde m’appelait : « Envoie moi le son ! Envoie moi le son ! » Je répondais : « Les gars, j’ai rien fait encore, le son n’est même pas encore terminé ! » Ensuite, certains comptes sur Instagram et Twitter ont repris cet extrait et c’est devenu un véritable phénomène. Les gens attendaient vraiment le son. Au départ, j’avais un peu la pression, mais bon, je me disais : « c’est pas LE son non plus », c’était un son normal où je répète le nom des joueurs avec des sonorités différentes. Enfin de compte, je me suis amusé, j’ai fait les choses simplement. C’était une sorte de medley de tout ce que je pouvais faire.

Tu disais aussi que tu ne voulais pas sortir la chanson avant la finale pour ne pas leur porter la poisse...

C'est peut-être parce que je suis croyant, mais je suis superstitieux et on a déjà vu des artistes cités des joueurs et derrière, ils se blessent, ou des choses comme ça. Les gens me reprochent d’avoir sorti le son trop tard, mais je ne voulais pas être le chat noir de l’équipe de France. En mode : « Il a fait un son où il dit leurs noms et ça leur a porté malheur ». Je ne voulais surtout pas de ça ! Benjamin Mendy me demandait de lui envoyer le son, je lui répondais que je voulais faire des réglages d’abord. Alors que, le son, je pouvais lui envoyer, il était prêt. La vérité, c’est que je voulais lui envoyer après le coup de sifflet final !

"Allume la télé, tu vas voir !"

Tu aurais fais quoi si la Croatie avait gagné la finale ?

J’aurais pas sorti le son, déjà. J’aurais été dégoûté. Il y a eu de la pression car en début de match, les Croates étaient très dangereux. Je me souvenais de la finale de 2016, on était déjà en train de célébrer le truc et dans les quinze dernières minutes, y a un renoi (ndlr: Eder, ancien joueur de Lille, aujourd’hui au Spartak Moscou) qui marque… Il n’y avait plus un bruit dans les rues. Il fallait pas que ça arrive, c’est la Coupe du Monde, on pouvait pas revivre ça. Quand on a gagné, j’étais au studio de chez mon pote, à Sarcelles, ensuite je suis directement allé sur les Champs-Elysées ! J’ai pris ma voiture, un pote a pris sa caméra et on est partis filmer des choses, histoire de ramener un petit visuel.

Benjamin Mendy a chantonné ta chanson à l’Elysée durant la célébration du titre. Tu étais où à ce moment là ?

À ce moment là, j’étais au studio avec Dadju et je reçois un coup de fil d’un pote me disant : « Allume la télé, tu vas voir ». Je réponds : « Bah non, là, je suis au studio, on travaille » et il rétorque : « Benjamin Mendy vient de chanter ton son en direct de l’Elysée ! » Je reçois un nombre incroyable de notifications, à l’Élysée tout le monde chantait ma chanson. Les joueurs, Deschamps, Macron, tout ça… Ohhhhhh, je suis choqué ! Je me disais : « Il est fou ! Il sait pas ce qu’il est entrain de faire ». Il ne sait pas la force qu’il a donné à ce son. Mon père m’a appelé et il m’a dit : « Mon fils, en fait, tu es arrivé quelque part. T’as beaucoup de chance, toi ! » Tout le monde était choqué, mais heureux car ils savent que c’est un son qu’on oubliera pas durant ces prochaines années.

C’est assez logiquement qu’elle se retrouve tout en haut du top des streams. Ça t'a fait quoi ?

En vrai, c’est une dinguerie ! Je me dis que, bon, je n’ai pas forcément fait exprès, mais j’ai vraiment bien réfléchi. Il y a plein de gens qui ont fait des chansons pour les Bleus, ils se sont pris la tête à faire des phases pour que, finalement, ça n’ambiance pas. Alors que là, c’est un son super simple, qui glisse, du début à la fin. Ça rappelle des événements qu’on a pu voir durant les matchs. En écoutant le morceau, tu revois des moments de la Coupe du Monde. Depuis, quand je passe ce morceau en club, j’ai dû le faire deux-trois fois, c’est l’anarchie. C’est l’A-NAR-CHIE. Les gens deviennent fous, ils attendent que ce morceau. Je l’ai même passé en Belgique ce son. Ouais, j’ai eu le courage ! (rires) Avant de le mettre, je leur ai dit : « Les gars, je sais que vous êtes fair-play, alors j’espère que vous allez kiffer », mais ils avaient le seeeeeeeum. Ils étaient arrivés en demi-finale et comme il y avait pas mal de Français, j’étais obligé. Finalement, c’était bonne ambiance, tout le monde a dansé, a chanté. C’était bon délire. Je me disais que j’allais peut être recevoir des bouteilles dans la gueule, mais tout s’est bien passé !

Les joueurs t'ont dit quoi, sur cette chanson ?

Après la finale j’ai vu certains joueurs, on a dîné ensemble, tranquillement. Ils me disaient qu’ils étaient enfermés pendant plus de cinquante jours et ils devaient évacuer toute la pression. Ils n’avaient pas mille distractions, alors la musique les a aidé à décompresser. Ils nous écoutaient tous et ça les unissait entre eux. Personnellement, j’étais choqué qu’ils me disent ça. Ils m’ont dit : « C’est grâce à toi et d’autres qu’on est aussi unis, qu’on rigole autant. Ce sont vos musiques qui nous donnent de la force comme ça ». Récemment, j’ai reçu un message d’Antoine Griezmann qui me disait : « Alors, comme ça, j’ai juste fait un penalty ? », en rigolant bien sûr.

Tu en pensais quoi, jusque là, des chansons pour l’Équipe de France ? C’est Johnny Hallyday qui tenait la corde depuis 98…

On a dû respect pour ces gens là. Toujours du respect. Mais wesh… ça représentait la France d’avant ! Ce que j’ai fait, ça représente l’Équipe de France et la France de 2018. Johnny avait fait des chansons pour ce qui se faisait avant. C’était pour les Christophe Dugarry, tu vois le truc ? On était petits ! Maintenant, la France, c’est vraiment un mélange et c’est la bonne musique pour danser.

"Les gens attendent ce son"

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson pour soutenir son équipe ?

C’est un hymne à la joie. C’est comme un cri de guerre. Je n’ai pas cherché à faire des phases avec leurs prénoms, j’ai juste répété leurs noms plusieurs fois avec de belles mélodies et c’est tout. Ça suffit, pas besoin de plus. Les gens s’identifient. Quand je dis : « Casse la démarche comme Samuel Umtiti », c’est parce que cette célébration nous a tous marqués. On s’est tous dit : « Il est chelou, lui. Téma comment il marche ! » (rires) À chaque fois que je passe ce son, même en Espagne, je suis choqué. Je me suis dis que les trois quarts des gens ne parlent pas français et ils connaissent le son par cœur ! Tu sens que les gens attendent ce son en particulier. C’est très grave. Je me suis dit « Waouw, j’ai percé ».

Ta vie a changé depuis cette chanson ?

Déjà, sur les réseaux sociaux j’ai pris plus de 50 000 abonnés en moins d’une semaine. Les gens s’intéressent beaucoup plus à moi, mais je suis toujours le même. J’essaie de garder un regard extérieur sur les réseaux sociaux. Je suis amené à parler avec des gens qui me semblaient intouchables il y a quelques années, des joueurs de foot, des sportifs, et pleins d’autres gens. Sofiane m’a envoyé un message en m’appelant le « Cerveau ».

Comment tu as commencé la musique ?

Mon père est producteur de musique, donc, dans ma famille, on a toujours été très musique. Au départ, j’ai commencé avec la danse, le hip-hop. Ensuite, j’ai poursuivi par tout ce qui est danse de africaine. Enfin, je me suis dit « pourquoi danser sur les musiques des autres ? Je pourrais faire mes propres morceaux. Ce serait bien quand même ! » Tout est parti de là. Quand j’étais au lycée, il y avait un atelier rap, je kiffais ! On se faisait des 1 contre 1. À la base, c’était du théâtre pour des élèves un peu dissipés. Et il fallait les canaliser, ces dissipés, là ! (rires) J’aimais beaucoup interpréter des rôles. Tous les mardis, on préparait des battles, dans lesquels tu pouvais tailler ton adversaire sur ses défauts. Et, en musique, c’est encore mieux !