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Fièvre cumbia, N'Golo Kanté et cabanes : ce que vous avez manqué au Lollapalooza

Fièvre cumbia, N'Golo Kanté et cabanes : ce que vous avez manqué au Lollapalooza

Deuxième édition, deux jours, deux étoiles : pour fêter la victoire en Coupe du Monde, la jeunesse francilienne s'est rassemblée à Longchamp pour le second Lollapalooza Paris. Mais grâce à une affiche toujours aussi impressionnante en terme de gros noms (Gorillaz, The Killers, Travis Scott, Depeche Mode...), c'est bien le public international qui a encore une fois donné sa saveur au jeune festival. Rétro.

 

Samedi, Jour 1

12h15 : Du soleil, des anglophones et des dudes torse-nus qui montrent leurs muscles : l’Hippodrome de Longchamp ouvre ses portes pour un Lollapalooza quasi californien. Seule différence : une belle poignée de maillots bleus. Au Lolla, on est aussi venu fêter la victoire. « Champion du monde, frérot ».

14h18 : Scarlxrd d'un côté, Fidlar de l'autre : entre le rap métal de l'un et le punk crasseux des autres, le festival démarre au quart de tour. Il fallait bien ça pour réveiller une assistance tout juste sortie de la douche. Fraîche, la douche.

14h39 : Au jet d'eau de la « Fresh Zone », les festivaliers s’agglutinent comme un attrape-mouche.

14h51 : Blonde, énergique et visiblement super bien golée, Zara Larsson pousse des vocalises que les chevaux de l’hippodrome ont du mal à supporter. Surtout, on se souvient qu'elle était au côté de David Guetta pour l’hymne de l'Euro 2016. Souvenir douloureux. Puis le sourire revient : on est champion du monde, putain. Bizarrement, aucun maillot portugais à l'horizon. Ni belge.

15h55 : « Ce mec est complètement fucked up ! ». Après 30 min de DJ set pour combler un créneau d'une heure bien trop longue pour lui, Lil Pump arrive enfin pour foutre un énorme bordel. Les tubes s'enchaînent, 30 secondes de « Gucci Gang », 50 de « Boss ». Mais faut pas déconner, on est surtout là pour faire n’importe quoi. ESSKEETIT, comme il dit. Lil Pump coupe le son, demande à ses fans de lui faire de la place. Impossible pour la foule d’obéir, le rappeur commence à s’énerver à coups de « Get the fuck out of the way » et menace le public de quitter la scène s’ils le touchent. Il reprend le concert sur les épaules de ses gardes du corps -que l’on plaint- et termine ce zbeul en beauté, enfin presque : le sale gosse monte sur le toit de la régie, se fracasse la tronche à deux reprises avant de faire un saut de l’ange. Il finit par défier le festival en invitant tout le public sur scène. Un grand moment de jeunesse exaltée.

17h39 : Bomba Estereo fout la claque du week-end avec sa cumbia moderne qui allie saveurs latines, électro et hip-hop pour un monstre de groove plus dansant qu'un dribble chaloupé de Mbappé. Campeon del mundo, hermano !

 18h34 : San Holo est déchaîné. Le DJ chope une guitare électrique, monte sur une colonne d’enceintes et se lance dans une totale impro. Il ne tient pas en place, court partout sur scène et monte sur ses platines pour dominer l’espace. Pas de bol, le DJ touche accidentellement le bouton « volume » de sa table de mixage. Quand je coupe le son… .

19h14 : Le groupe Bastille reprend « Rhythm of the Night ». Et ça ose s'appeler Bastille...

19h18 : Envie de baillonettes.

19h19 : Sortez la guillotine svp.

19h50 : « On veut dire félicitations pour cette victoire de la France, et félicitations surtout à N'Golo Kanté, le meilleur milieu de terrain de l'Histoire » : originaires et fans de Leicester, les membres de Kasabian se rappellent au bon souvenir de leur ancien milieu à triple poumon, champion d'Angleterre 2016. Mais jour de gloire il n'y en aura pas aujourd'hui. À une certaine époque, Kasabian figurait pourtant en tête d'affiche des plus gros festivals anglais. Mais en 2018, l'aura s'est brisé. Leur concert est honnête malgré tout, avec un très gros « Fire » pour finir sur un beau pogo. Mais avec la prise de pouvoir du hip-hop, le rock rappé de Kasabian ne sonne ni forcément très pertinent, ni excitant. « C'est sur cette scène Travis Scott ? » demande un festivalier complètement hermétique à ce qui se joue sur la scène.

20h30 : Travis Scott retourne le festival. La scène crache du feu, le public est donc encore plus transpirant mais c'est pas grave. Le compagnon de Kylie Jenner, qui le regardait depuis la scène, enflamme ses fans par son énergie et son auto-tune si reconnaissable, bizarrement plus unique et personnel que la vraie voix toute banale de l'Américain. Tout le monde est en transe : une Texane vêtue d’un soutien-gorge style seins-nus se déhanche et se colle, un Français finit sur les épaules d’un Danois dans un remake beaucoup plus divertissant que la purge du Mondial. Une communion que même un abruti -aspergeant le public de gaz lacrymo- n’a pas réussi à briser. C’était beau.

22h00 : Le leader de Major Lazer conclut la journée à sa manière, dans la fête et le spectacle. La Perry’s Stage, chapiteau 100% électro du Lolla, est plongée dans le noir, stromboscopes en feu et hurlements en fond. Diplo a su chauffer son public tout en le surprenant avec des mix de Soprano, Dadju ou Vald. Rien à dire. Seul hic ? Il a fini à l’heure.

 

Dimanche, Jour 2

14h30 : Deuxième jour et le temps est toujours digne d’un Coachella. S’il faisait chaud samedi, dimanche est caniculaire. Certains ont ressorti les vieux chapeaux de paille à défaut d’avoir le style casquette Adidas. Les peaux blanches deviennent rouges et les insectes causent des hurlements.

15h21 : La scène alternative bouillonne. Les kids du Lolla aussi, en attendant l’arrivée de Valentin Le Du aka Vald. Les adolescents patientent en déclarant leur flamme à l’équipe de France. « N’golo Kanté pa-la-la-la-la », « Pavard, frappe de bâtard », et une pincée de Gloria Gaynor : les parisiens connaissent leurs classiques. Le public est à point, Vald décide de faire son entrée. Le rappeur est clair : « Je veux que vous soyez possédés, on va bouger à tomber d’insolation ».

15h50 : French Montana n'est pas français, et passe « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana et du Maître Gims pendant son concert, le tout entre deux explosions de flammes. L'apogée d'un week-end symbolique où le hip-hop est devenu complètement absurde.

16h30 : Popstar ? Bombe de l’été ? Concert de la journée ? Vulgaire mascarade d'un pays qui ne se respecte plus ? Tant de questions se posent avec le concert de cette Dua Lipa au charisme immédiat. Robe bleu en tule, sneakers, faux ongles noir, la chanteuse fait autant hurler les meufs que les mecs d'un public à moitié anglophone aujourd'hui. Preuve en est : quatre rosbifs ultra stock chantent les paroles de « Be The One » ou « New Rules » par cœur. A Little Tenderness.

17h00 : Le téléphone sonne. Le grand Perry Farrell, rockeur des Jane’s Addiction et fondateur du Lollapalooza nous attend. Lunettes orangées sur le nez et verre de vin rouge (français, bien entendu) à la main, le boss nous raconte ses blessures de concerts : cheville cassée, coccyx fracturé, muscle du mollet déchiré et trois déchirures de la paroi de l’estomac. Mais où est donc passé cet esprit rock'n'roll ? Malin malgré le look Las Vegas Parano, Farrell estime que le hip-hop peut abriter les nouveaux rebelles, tout en regrettant leur frilosité de dire les choses, d'aller au front. Quant à ses fils de 14 et 16 ans, ils jouent à GTA où ils s’amusent à frapper des putes mortes sur le sol, tout en gobant ce que dit Trump. Bref, il a peur de ses propres gamins et ne sait plus trop quoi faire. L'occasion de se souvenir de son propre père, un « membre de la mafia ». Il termine en déplorant rien moins que "la perte d’une aspiration sauvage à changer le monde". Dans la foulée l'homme félicitera la chanteuse Jess Glynne pour ses harmonies. Les deux se mettent à chanter. Perry Farrell est un ancien rockeur devenu dépositaire d'une marque mondiale et capitaliste, mais n'en demeure pas moins un vrai personnage.

17h47 : Dans un costume de licorne rose, un jeune homme planifie de rester toute la soirée à la scène Perry. « Vald c'était nul, donc depuis on est là ». Venir à un festival pour juste s'enfiler des drops en habit de Licorne, toute une philosophie.

18h53 : Après avoir chanté « Don't Look Back In Anger » et « Whatever », notamment, Noel Gallagher reprend son fameux « Wonderwall ». Tout comme son frère Liam l'année dernière. Même scène. Même heure, à peu près. Un signe que la reformation d'Oasis sera pour le troisième Lolla Paris ?

19h30 : On ne sait plus où donner de la tête entre Nekfeu et ses deux frères de rap : un Doums pétard à la main et un Nepal cagoulé. Le live est filmé, le rappeur veut que ce soit le bordel. L’argument : « On est à la maison, on est à Paname et on est champion du monde ». Ça se tient.

20h30 : C’est la folie au Village Greenroom. Mini cabanes, zouk, sueur.

22h00 : Gorillaz va faire son entrée. On aperçoit Perry Farrell dans un van à côté de la scène, accompagné d’une jolie créature, couronne de fleurs dans les cheveux. Le groupe de Damon Albarn enchaîne les classiques repris en choeur par des Lollapalooziens tout à fait au courant de l'existence de « Last Living Souls », « Humility », ou « Clint Eastwood ». Manque encore le point d'orgue. Il fera son apparition sous la forme d'un final pendant lequel Gorillaz termine son concert en compagnie de Jenny Beth et Noel Gallagher sur un « We Got The Power » au sommet. World Champions, brother.