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Dadju devrait figurer sur la playlist de mariage de Kimpembe

Dadju devrait figurer sur la playlist de mariage de Kimpembe

Le chanteur et rappeur Dadju fait partie d'une fratrie de quinze frères et soeurs. L'un d'eux n'est d'ailleurs pas n'importe qui : Maître Gims, l'un plus gros vendeur de disques de la décennie en France. Autant dire que pour son petit frère, ça n'a pas toujours été facile d'attirer l'attention sur lui. Mais avec un album triple platine et une performance ce week-end au Lollapalooza, la France commence à apprendre le nom de Dadju.

Et si la France avait gagné le Mondial grâce à un de ses remplaçants ? Les évictions de Benzema puis Rabiot l'ont d'ailleurs prouvé : un tournoi se remporte aussi avec une parfaite cohésion de groupe, peu importe le talent de chacun. Et s'il fallait chercher un homme déterminant en dehors des habituels cadres de cette équipe de France en Russie, ce serait sûrement Presnel Kimpembe et sa désormais célèbre enceinte Bluetooth qui fit chanter le groupe tout un mois. Ça tombe bien, Dadju connaît personnellement le défenseur central du PSG. « Je l'ai appelé le lendemain de la finale en rentrant de Lausanne où j'étais en concert » assure ainsi ce chanteur de 27 ans. Et alors ? Dadju marque la pause puis relance tout droit, sans dribble au sujet de la victoire de la bande à Pogba, Lloris et consorts « Ils m'ont fait penser au Brésil de Ronaldinho, tout le temps en train de s'ambiancer malgré les critiques qui leur disaient de se taire, d'arrêter de danser. Ils sont restés eux-mêmes et ils ont gagné. Je suis vraiment fier : ces gars viennent des quartiers, ils représentent la jeunesse française, de toutes sortes d'origines. Et les voilà au sommet ».

 

 

Ces histoires d'ascension sociale, Dadju les connaît très bien après tout. Par procuration d'abord, quand il a vu son grand frère, né à Kinshasa, devenir le plus gros nom de l'industrie musicale française. Dadju rembobine : « Mes parents sont arrivés du Congo pour fuir la guerre. C'était vraiment chaud là-bas. Et sans papiers, sans argent, avec une grande famille, la vie n'était pas facile. On allait de droite à gauche, de l'hôtel au foyer, sans domicile fixe. C'était une situation compliquée, et le succès de mon frère a changé le destin de la famille. Ce n'est pas arrivé tout de suite, il y a encore eu d'autres difficultés, et ça a mis du temps entre les débuts et la célébrité nationale, mais il a aidé ». Dadju était encore au collège quand le frangin Gandi Djuna, mieux connu sous le nom de Maître Gims, a éclos au sein de la Sexion d'Assaut. Dix ans plus tard, le petit se rappelle encore avec tendresse de la fois où il mit un billet de 10 pour acheter l'album de rue 3ème Prototype où figure le grand, débordant de fierté. « Outre le single « It Wasn't Me » de Shaggy offert par ma mère, c'était le tout premier CD que j'ai acheté ! Pour le symbole ».

Gims 2.0.

Dans la famille Djuna, Dadju est le cinquième enfant. Le premier à être né en France, à Bobigny. Depuis, il a été rejoint par une dizaine d'autres frères et sœurs. « Moi aussi j'en veux beaucoup ! » affirme-t-il d'ailleurs, pas apeuré. « Ça devait être compliqué pour mes parents tous ces gosses qui courent partout, mais il n'y a rien de plus beau que la famille ». À l'image de cette phrase pas très 2018, le jeune homme s'est cultivé une image de gentil garçon. Réputation que l'on retrouve jusqu'au titre de son premier album solo, Gentleman 2.0., et son intro follement attachante si l'on veut bien pousser le bouton "off" du cynisme.

« 2017 c'est... c'est une grosse année pour moi
J'me suis lancé en solo
J'ai lancé mon premier single, « Reine »
J'ai eu mon premier single d'or

J'me suis marié
J'ai... j'ai eu une fille, j'ai une fille aujourd'hui, une princesse
Et elle m'attend là d'ailleurs, donc j'essaye de terminer l'album rapidement
Pour pouvoir la rejoindre parce que c'est, c'est ça d'être un Gentleman 2.0
J'rentre pas forcément dans les codes j'suis pas en costard cravate
J'tiens pas la porte, j'tiens pas la chaise
Mais j'suis là pour mes proches, pour ma famille
J'travaille pour eux, je vis pour eux, je tuerais même pour eux 
»

Peut-être au fond que le romantisme sans filtre reste la seule option valable quand on suit le chemin du grand frère Gims. Dadju écarquille les yeux : « Me différencier de lui, c'est ça qui est important. Gims, c'est un truc de ouf, il a une voix de chanteur d'opéra carrément ! Personne ne peut faire comme lui. Quand je l'ai compris, je me suis mis dans un autre personnage, avec une musique qui reflète ce que je vis, quelque chose de plus adolescent, de ma génération ». Si l'on en croit les chiffres, le pari est pour l'instant réussi : 400 000 likes Facebook, un album triple platine et, le plus fiable, 800 fans présents à l'espace culturel du Leclerc La Roche-sur-Yon pour un selfie et une dédicace. Grâce à l'aura du frère ? Au moins en partie, sûrement. Mais dans le cadre de la même « nouvelle variété » représentée par Maître Gims (fruit d'un père camarade du célèbre musicien congolais Papa Wemba et d'une mère fan de Céline Dion selon Dadju), le cadet a aussi ses qualités. Une voix soyeuse, un côté sophistiqué. Dans le genre, Gentleman 2.0. est ainsi bien moins indigeste que le dernier triple album forcé du benjamin. Plus agréable que n'importe quel album de Gims serait-on même tenté de dire. N'en demeure que Dadju ressent toujours le besoin de se démarquer, notamment aujourd'hui pour son concert dans le cadre du festival Lollapalooza de Paris: « Il y a beaucoup de gros artistes, et je ne me considère pas encore dans cette ligue. C'est à Paris, à domicile, donc je viens avec quelque chose à prouver, c'est ça mon état d'esprit ». Gageons que Kimpenbe sera quelque part dans la foule, deux étoiles à la poitrine, le sourire aux lèvres pour le remplaçant inattendu de la famille Djuna.