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Que fallait-il retenir de trois jours intenses au Main Square ?

Que fallait-il retenir de trois jours intenses au Main Square ?

Choix délibéré : ne pas vous parler d'Orelsan, Queens of the Stone Age, Nekfeu ou encore Justice, pourtant mastodontes de la programmation de cette quinzième édition du Main Square festival d'Arras. Pourquoi ? Et pourquoi pas ? Voilà en tout cas ce que nous avons décidé de retenir de la messe rpop-rock-rap-électro annuelle des Hauts-de-France.

The Courteneers

Qu’importe que l’on soit en 2018, que le réchauffement climatique fasse des ravages dans le Pôle Nord ou que l’on vive désormais dans un monde où la Russie peut se hisser en quarts de finale de Coupe du Monde, le Main Square s’en fout, et la Main Stage vous invite à regarder ailleurs – en arrière. On débutera gentiment avec les Courteeners, groupe de Manchester qui croisaient assez habilement fût une époque l’indie des années 2000 avec l’héritage d’Oasis, et qui s’est depuis cassé la gueule sur le marché de l’ère non-binaire. Les mecs ratent actuellement Angleterre-Suède, c’est dire s’ils n’ont pas eu le choix de leur créneau. Sous l’épuisant soleil d’Arras et la poussière dans la cour de la Citadelle, les familles se multiplient. Ici, peu de couronnes de fleurs. Très peu pour Arras, l’ambiance Coachella et les communicants du 11eme arrondissement de Paris, le Main Square met en avant les produits locaux et la bonne humeur chère aux voisins de la Belgique. Ce qui tombe parfaitement bien pour ce voyage dans le passé que la programmation réserve à tous.

BB Brunes

Sur les coups de 18h30, voilà 2007 qui se pointe. Le quatuor des BB Brunes, reproduit ici à l’identique en costumes d’époque. Ce serait mentir de dire que ça ne fait pas un tantinet plaisir. Les BB Brunes ne mentent pas, eux : extraits de leur premier album Blonde Comme Moi pleuvent, vague pilule pour faire passer des nouveautés de Puzzle, dernier BB sorti en septembre 2017 dans la plus grande indifférence. Les groupuscules des fans de Depeche Mode qui commencent déjà à se former ne connaissent pas, sont concentrés pour l’ultime saut générationnel prévu ce soir, et passent leur chemin en levant tout de même leurs boissons fraîches au ciel, en signe d’encouragement. Bons joueurs.

Liam Gallagher

Revenu de ses années de déprime post-Oasis, Liam Gallagher a trouvé le moyen de ne pas se renouveler et c’est exactement ce que le monde entier attendait de lui. Mains derrière le dos, lunettes de soleil et parka par 30 degrés, l’Anglais ouvre le concert par des chants de supporters british avec du coffre. Et grommelle à qui mieux-mieux devant un public de 20h passablement assommé par la chaleur et les gaufres. « Où sont les fans d’Oasis ? » demande-t-il. Eh bien partout Liam, quelle autre raison auraient-ils de se pointer à Arras un samedi de canicule écouter un quadra sur le retour alors que se joue Russie-Croatie ? Ils sont partout. Drapeau Rock’n’Roll fièrement paradé, Drew Mc Connell, ex-bassiste des Babyshambles du fameux Pete Doherty en nouvel élément de groupe, Liam Gallagher joue comme si le monde autour de lui ne changeait pas, comme si rien, jamais, n’avait changé. « Some Might Say », « Whatever », « Rock’n’roll Star », « Wonderwall »… Et « Live Forever », en final – là où son frère Noel joue « Don’t Look Back in Anger » – Gallagher a le bon goût de ne pas trop imposer au Main Square les reprises d’Oasis qui lui servent désormais d’actualité. Le soleil se couche sur le clocher et sur les amours emportés, tout le monde a fait un beau retour dans le passé. Derrière les coulisses, un chauffeur l’attend: moteur en route, et portière ouverte comme requis par les consignes du management. Une fois le job terminé, Liam descend tranquillement les marches menant à la zone artiste, et passe devant la berline. Il n’y jette pas un œil. Son équipe l’attend pour partager quelques boissons, et le chauffeur incertain n’ose pas couper le contact.

Depeche Mode

Côté cour, le public s’épaissit et les bracelets clignotants sont de sortie. Ils bougent en rythme du grand saut dans le morceau de bravoure de la soirée: Depeche Mode. « Personal Jesus ». Tout le monde connaît les paroles, bras-dessus bras-dessous, les yeux rivés vers la fin du dernier millénaire. Une grosse heure et demi de concert, un rappel aussi long qu’un clip de PNL, et « Just Can’t Get Enough » pour ravir les foules fidèles. Pratique, puisque la tête d’affiche suivante, Feder, n’est pas là, bloqué dans de banals embouteillages en pleins Hauts-de-France. Les jeunes bacheliers tapent du pied sur le sol, en manque d’hectolitres de basses façon EDM, prêts à un peu de laisser aller maintenant que les adultes sont partis avant la journée du lendemain. Les plus pointus optent pour la scène Greenroom qui vibre à coups de « high-tech minimal », un genre inventé par le DJ allemand Boris Brejcha. « Une musique intelligente pour le futur » comme il aime la décrire en interview. Masque de carnaval sur le visage, il assène un set redoutable, ouvrant la voie à des danses de plus en plus approximatives d’une fin heureuse de samedi soir.

Les Bleus !!!

« Benjamin Pavard ! » - « On est en demi ! » Les chants de supporters lancent le dimanche sur le sable élimé d’Arras et ses sandwichs américains bourrés de frites. Les Belges sourient gentiment. Tout allait encore bien entre les deux pays, à l’époque.

Girls in Hawaii

D’ailleurs, le groupe Girls in Hawai, originaire de Bruxelles, est heureux de fêter sa presque quinzième année de tournée. Ils s’envolent pour le Canada à la fin du mois et ils rêvent: « On a appris grâce à un ami que dans le tour bus de Bob Dylan, il y avait une baignoire. C’est le seul musicien qui a obtenu l’autorisation d’en installer une. Donc le mec peut prendre des bains en roulant, quelle chance ». Sur la scène Greenroom, ils se contenteront d’un bain de foule de dimanche après-midi, sourire aux lèvres, guitares bien en main. Du côté de la Main Stage, le saut dans le portail spatio-temporel a déjà démarré pour cette dernière journée de festival: IAM ponctue ses fins de phrases d’un « Arras » plein de connivence et de scratch chaloupé pour arriver à une danse en rythme, la danse du mia. Classique.

Jamiroquai

C’est le soir, l’heure d’une barquette de frites. Et de Jamiroquai. Son casque comme neuf, sa voix comme neuf, et un spectacle d’une heure et demi ou chacun connaît l’emplacement du moindre claquement de mains en rythme, et chantonne les premières notes de « Virtual Insanity » en renversant la tête pour s’assurer d’être sur la bonne octave. « Canned Heat », « Cosmic Girl », bien sûr, pour toujours plus de funk et quelques têtes déjà croisées la veille au soir sur « Personal Jesus ». Ou peut-être le temps s’écoule-t-il différemment à Arras pendant le Main Square Festival ? Impossible à dire.