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L'Eurovision restera à jamais le moment le plus WTF de l'année

L'Eurovision restera à jamais le moment le plus WTF de l'année

Entre le choix de candidats singuliers, des chansons loufoques, des costumes folkloriques et des chorégraphies hasardeuses, l'Eurovision est une mine d'or pour tous les amateurs de kitsch. Petit florilège d'instants cocasses, de provocations débridés ou de prestations qui ont suscité de vives réactions.

Les angoisses de Cliff Richard

En 1968 tout un pays est derrière la star britannique. Impossible que son titre « Congratulations », devenu un hymne par la suite – ne l'emporte pas. Il est l’immense favori. Grosse pression. Cliff Richard, immense star de son époque, ne la supporte pas. Il se réfugie dans les toilettes au moment de l'annonce des résultats. Refuse d’en sortir. Son manager lui annonce la désillusion : il s'incline d'une courte tête devant l'Espagne. Le Royaume-Uni hurle au scandale. On finira par apprendre que le Général Franco a acheté des votes auprès des autres pays. Pour autant, Cliff Richard aime visiblement souffrir dans ce concours. Le voilà à nouveau candidat cinq ans plus tard. Et il est si flippé qu'on doit le bourrer de calmants et le pousser pour aller chanter sur scène « Power to all our Friends ». La chorégraphie mono-mouvement est centrée sur les allers-retours de sa main droite. Jolie miroir du kitsch des seventies. A la fin de la prestation, un « ouf » particulièrement visible s'imprime sur ses lèvres. Une aubaine pour bêtisiers.

La cause Transexuelle

Chanson eurodance orientale pour Dana International, première transsexuelle à participer au concours en 1998. Emplumée dans une robe Jean-Paul Gaultier. Refrain tenant solidement la rime : « Viva Maria/Viva Victoria/Aphrodita/Viva la diva/Viva Victoria/Cleopatra ». Dès le choix de sa sélection pour représenter Israël, les religieux orthodoxes se déchaînent. Des fondamentalistes s'en prennent à son public lors de ses concerts. Un député annonce : « Changer de sexe, c'est pire que la sodomie ». Des menaces de mort, l'hôtel à Birmingham - ville hôtesse - est sous protection. Dana International leur met un bon taquet le soir de la finale. A la Gay Pride de Tel-Aviv, on hurle : « Dana, reine d’Israël ». La chanson cartonne. C'est plus compliqué lorsque ses mains s'emparent du trophée de la victoire : déséquilibre du buste sévèrement marqué. C'est même carrément la chute - causée par le poids de l'objet - au cours de la passation de pouvoir l'année suivante. Et ça se termine avec un cruel désaveu lors d’une seconde tentative, treize ans plus tard, qui se solde par une élimination en demi-finale. En 2007, le drag-queen ukrainien Verka Serduchka fait sérieusement causer avec son accoutrement intégral en aluminium et son étoile géante sur la tête. Dans la chanson « Dancing lasha tumbai » (classée deuxième), il malmène Poutine avec un sous-entendu explicite « Russia Goodbye ». La performance est aussi assez délirante. Mais celle qui remet l'Eurovision sur de nouveaux rails, c'est Conchita Wurst en 2014. Énorme impact médiatique avant, pendant, après. Homme travesti en femme à barbe donc. Voix pour fans de Céline Dion. Chanson style BO de James Bond (« Rise Like a Phœnix »). Discours arc-en-ciel et tolérance. Son large plébiscite rend chagrin Christian Boutin (« Une perte de repères ») et contrarie encore une fois ce bon vieux Poutine qui envisage un boycott du concours.

https://youtu.be/mrXZJcxszro?t=14s

Dustin, la dinde

Il faut attendre l'édition 2008 pour que l'Eurovision nous dégote un premier candidat « non humain ». Dustin la dinde, marionnette - sorte de cousine de Tatayet - qui chante comme une tasse et balance sur un beat techno grossier « Irelande douze pointe ». Titre parodique égrenant dans ses couplets les pays du concours. La figurine du volatile trône sur un caddie de supermarché et remue sans relâche son bec surdimensionné. Elle a été désignée par un vote du public sur la télévision irlandaise. Ses détracteurs s'émeuvent de ce choix risible et de la totale perdition de ce pays d'Eurovision (sept victoires auparavant dont un triplé historique entre 92 et 94) ces dernières années. Dustin la dinde ne s'envolera pas bien haut puisque jugée indésirable dès le stade de la demi-finale.

Les mémés russes

Il n' y a pas que des bellâtres ou des bimbos liposuccées à l'Eurovision. La Russie opte en 2012 pour le troisième âge. Six mamies russes en espadrilles, vêtues d'un costume traditionnel et couvertes d'un foulard. Le groupe Bouranovski Babouchki s'est formé il y a plusieurs décennies pour financer la rénovation de l’église de son village de 650 âmes. De la dance folklorique irréelle (« Party for Everybody) », interprétée en russe, anglais et en oudmourte, une langue finno-ougrienne. Elles se dandinent et chantent autour d'une réplique d'un four à pain traditionnel. En coulisses et compte-tenu de l'âge avancé des grands-mamans, la délégation russe avait prévu des remplaçantes. Le capital sympathie est énorme. Elles terminent à la deuxième place derrière la suédoise Loreen, intouchable et toujours détentrice du record du nombre de points récoltés au cours d'une finale.

Chant et chorégraphies décalés

Tout est décidément possible au sein de ce concours. Comme de mêler le yodel – chant tyrolien très aigu - avec du hip hop comme le fera la Roumanie en 2017. Ou d'envoyer comme représentants des handicapés mentaux pour un brûlot rock finlandais en 2015. Ou encore de faire pour la Suisse en 1979 de la musique avec râteau, sac en plastique, sécateur, couvercle de poubelle et tuyau d'arrosage. Mais c’est un Biélorusse qui emporte le pompon en 2016, en annonçant son désir de chanter nu sur scène et accompagné de loups. Face au refus de l'Union Européenne de Radio-Télévision, il se résoud à interpréter son titre avec un hologramme de loups et de lui-même.