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Myth Syzer a transformé le rap en chansons d'amour

Myth Syzer a transformé le rap en chansons d'amour

Le disque s’appelle simplement Bisous et c’est le premier album du producteur de rap Myth Syzer. Au casting pas mal de featurings alléchants signés Jok’Air, Hamza, Oklou ou encore Doc Gyneco. Mais aussi une profession de foi : on peut inventer un rap moderne et parfaitement dans l’époque avec des histoires de cœur. Et en venant de La Roche-sur-Yon.

Il y a des ruptures amoureuses dont on ne sort pas indemne. Myth Syzer, lui, en a récemment vécue une. Nette et sans appel sans doute même s'il s'en est servi pour tout autre chose : “J’étais en période de séparation avec mon ex-copine, mais on continuait à se voir” se remémore-t-il du bout des lèvres. “On ne pouvait pas tout arrêter d’un coup, ça aurait été trop brutal comme fin”. Un soir, alors qu’il se rend à nouveau chez elle, le digicode qu’il connaissait sur le bout des doigts ne marche plus. “Sa résidence avait changé de code pour tout le monde. Elle m’a finalement laissé monter. Mais ça ne servait à rien” Il soupire : “Quand c’est fini, c’est fini...”. Avec le temps, la peine de coeur de Myth Syzer va pourtant se transformer en tout autre chose. Un coup de génie aussi fort qu'inattendu qui va carrément donner un nouveau souffle à sa carrière : intitulé “Le Code”, Myth Syzer va composer un morceau pop et langoureux aux antipodes du rap qu’on lui connaît pour aller taper le million de vues sur YouTube. “Même moi j’ai été surpris en faisant ce morceau, je n’avais jamais fais un truc comme ça avant” s’étonne-t-il après-coup. Il résume dans un effort de franco-anglais : “C’est juste mes feelings et mes sens qui m’ont poussé à faire un titre pareil”. Façon de post-rationnaliser tout l’art à prendre son monde à contrepied qui définit la musique de Myth Syzer, mais aussi le personnage qui se cache derrière : Thomas Lessoudé, gamin romantique ayant grandi à la Roche-Sur-Yon, en pleine Vendée. Pas exactement l’endroit le plus hip hop qui soit comme il le résume d’un simple et basique : « La Roche-Sur-Yon c’est un endroit où il n’y a que des grands-parents. »

La Roche Sur Yon et Golf 6

Autrement dit, le futur Myth Syzer s’emmerde ferme dans cette ville de 53 000 et quelques habitants. “J’ai habité à La Roche jusqu’à mes dix huit ans. J’allais à la médiathèque de la ville et dans des magasins de CD demander des conseils à des vendeurs, et j’écoutais en fonction de ce qu’ils me recommandaient. C’était l’époque de Eminem, donc forcément, en parallèle, j’ai pris une gifle avec Dr Dre, mais aussi avec les sons de Doc Gyneco, MC Solaar puis J Dilla un peu plus tard”. A l’adolescence, Thomas se met à composer des premiers morceaux sur son PC depuis le fin fond de sa Vendée natale. Le reste du temps, il s’embarque dans des longues sessions sur le Facebook d’avant : MySpace. Fin des années 2000. Thomas ne se fait pas encore appeler Myth Syzer, mais sait déjà forcer les portes dès qu'il s'agit de rentrer en contact avec Green Money, rappeur originaire de Trappes et proche de La Fouine. Il faut dire que son objectif est on ne peut plus clair : alerter qui de droit sur le potentiel de ses premières productions. Large sourire aux lèvres, le garçon rembobine ces tentatives couronnées de succès : “Un jour Green s’est mis à passer des sons que j’avais produit en studio. La Fouine qui était avec lui ce jour-là a entendu et s’est exclamé : ‘Je le veux pour mon prochain album’.” Bonne pioche puisqu'en ressortira un premier morceau, “Vodka Redbull” sur l’album Capitale du Crime de La Fouine. “J’avais 17 ans, c’était cool quand même”.

Reste maintenant à élargir un peu son horizon et pour cela à quitter le climat vendéen. Pour cela Myth Syzer se choisit une sorte de voyage initiatique du côté de Londres histoire de s’imprégner des expérimentations musicales anglaises (“Ca m’a vraiment fait du bien : les musiciens anglais sont à l’avant garde et je me suis vraiment pris leur envie de toujours aller plus loin que les autres”). Quelques mois plus tard, le voilà prêt à tenter sa chance à Paris avec, en guise de CV, ses productions pour le rappeur Joke dont le petit monde hip hop commence à peine à parler. Myth Syzer monte sur la capitale à bord de sa Volkswagen Golf 6 sans trop savoir où son périple le mènera, si ce n’est sur le canapé d’un ami d’enfance localisé du côté de Nogent Sur Marne. Entre un poste de mécanicien et un petit boulot de vendeur dans une boutique Chevignon, Myth Syzer commence à se faire des connexions dans la musique, et rencontre le rappeur parisien Loveni, avec qui il fondera quelques temps après le collectif Bon Gamin. Ce dernier replace : “On roulait le soir sur le périph’ dans sa voiture en écoutant de la trap, notamment Wacka Flocka Flame à l’époque où il était en train de monter, se remémore le rappeur. Thomas était déjà toujours à propos de ce qu’il se faisait où de ce qui allait arriver, il m’a vraiment mis à jour sur tout le rap actuel. A$AP Rocky, c’est le premier à me l’avoir fait écouter début 2010 quand il n’était personne par exemple”. Il rajoute : “Syzer, c’est le mec qui te vient tout le temps te tanner sur des artistes avant qu’ils explosent. C’est quelqu’un qui arrive à vraiment avoir du flair sur les tendances”

Livreur de sushis

Vrai et cela est encore plus facile à vérifier en listant celles et ceux que le Vendéen a invité à poser leur flow sur son premier album. Qu’ils soient Belges, Parisiens, Suisses, rappeurs, chanteur/ses, le spectre des invités de Bisous permettrait presque de dessiner la carte d’une nouvelle scène pop francophone dont Myth Syzer serait le trait d’union. Entre ouverture musicale et ère internet, Myth Syzer contacte ainsi régulièrement des musiciens qu’il découvre et apprécie, avant de les faire venir dans son studio du 18eme arrondissement, à l’image de la jeune chanteuse franco-américaine Lolo Zouaï - contactée sur Instagram - ou de Bonnie Banane qu’il est allé cherché après avoir découvert un de ses morceaux sur le net. Pour autant ce goût pour les tendances du futures n’explique sans doute pas totalement Bisous, disque-ovni où Myth Syzer, producteur de rap installé sur la scène française (il a entre-temps produit pour Damso, Jok’Air, ou Hamza) se transforme en réalisateur de chansons pop françaises. “J’étais lassé du rap, j’en avais marre de la trap, des rythmiques à la Roland TR-808. Du coup je me suis mis à écouter complètement autre chose comme de la chanson française notamment Daho, Voulzy, Lavilliers”. Loveni acquiesce : “On s’est écouté pendant une période énormément de Etienne Daho au studio, ça lui a donné envie de se lancer dans ce disque un peu chanson je pense. C’est quelqu’un qui fonctionne énormément par cycles”. Sans doute faut-il y voir la marque des grands sentimentaux. A la chanteuse Bonie Banane donc de tenter une grille de lecture : “Quand on n’est pas proche de lui, on le voit comme un producteur de rap qui envoie tout le temps des gros sons, mais pour le connaître, je dirai que sa sensibilité est justement sa force”. Myth Syzer replace : “Dans ma tête je ne suis jamais au niveau 0 en émotions. Soit je suis en +15 de bonheur et je vais te faire un truc ensoleillé, soit je suis à -15 et je vais sortir une production rap super sombre”. Il réfléchit : “Franchement, je pense que si tout était calme dans ma vie, la musique ça ne me servirait pas à grand chose. Je serais surement livreur de sushis ou un truc du genre”. Avant ça Myth Syzer aura peut-être ouvert une nouvelle voie dans le rap français avec « Bisous », puis l’aura refermée pour partir ailleurs. Bonnie Banane : “Bisous, ce n’est pas un disque qui me surprend venant de Myth Syzer. Maintenant, ça ne m’étonnerait pas d’ailleurs qu’il se retrouve un jour à faire complètement autre chose que du rap. Ca pourrait être un album de Raï où il chanterait en arabe, tiens. Marque bien ça dans ton article pour qu’il le lise.”

Myth Syzer sera présent sur la scène du We Love Green le samedi 2 juin. Plus d'infos par ici.