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Confidence Man va déverser de l'amour en 2018 et c'est déjà beaucoup

Confidence Man va déverser de l'amour en 2018 et c'est déjà beaucoup

Ils ont été une des grandes révélations des dernières Transmusicales de Rennes et devraient confirmer en 2018 avec un album. Les Australiens de Confidence Man seront-ils le nouveau LCD Soundsystem ou juste un orgasme pop éphémère ? Première rencontre avec un groupe qui a bien compris que la dance n'est jamais meilleure que quand elle recolle avec son ADN fun et pop. 

Leur concert dans le cadre des 39e Transmusicales de Rennes n'a pas encore commencé. A cette heure avancée de la nuit, ils arpentent les coulisses du Parc Expo et se prêtent, de bonne grâce, à quelques séances photos improvisées. Répondent aux interviews des chaînes de télé alléchées par la perspective d'un premier contact avec ce qui pourrait devenir un futur phénomène pop. Pour cela, ils ont décidé de sortir la grosse artillerie. Sourires désarmants dans un premier temps. Manifestes qui pourraient passer pour de la communication d'entreprise dans un second temps. Et alors ? Alors cela donne des échanges qui ont résolument décider de troquer l'introspection contre des slogans teintés de positive attitude. "Nous voulons juste faire de la musique qui donne la pêche au public" dégaine Janet Planet avec un beau sourire de speakerine. Sugar Bones, lui, se passe la main dans la mèche (gominée et légèrement tombante, comme un coiffeur pour dame ou un mannequin sous-vêtements Calvin Klein) et relance en roulant des yeux : "Oh vous savez c'est tellement cool de jouer de la musique fun avec ses trois meilleurs potes." Le plus étonnant ? Tout cela est dit sans le moindre second degré. Ce qui finalement n'est pas du tout une mauvaise nouvelle.

Il y a encore quelques mois Confidence Man n'était pas grand chose. Ni cette promesse de fun et d'amour localisée presque par effraction dans la sphère parfois trop alambiquée de la dance music. Ni ce genre de formation dont les festivals ont vite perçu le potentiel à transformer une fin de soirée en apothéose. Confidence Man ? Le programme est on ne peut plus simple : retour aux  vibrations acid de Deee Litte, retour au bon esprit fondateur des rave parties, retour aux  groupes disco et punk à la B52's dont le sex appeal fait partie du programme. Retour même à cette electro rock telle que la pratiquaient si bien LCD Soundsystem, CSS, Soulwax et Calvin Harris au début des 2000s. Ne restait alors qu'à faire passer l'ensemble du concept avec deux personnages sortis d'un cartoon hyper sexué. Dans ce rôle, voilà donc Janet Planet et son accolyte Sugar Bones. Elle arbore une chemise transparente sur nuisette blanche et bas résilles. Son visage charmant est celui d'une actrice de soap recrutée pour un reboot de La petite maison dans la prairie. Lui, ressemble plus à un coiffeur pour dames. Il a provisoirement opté pour un costume (?) tout en blanc immaculé et porte autour du cou, une chaînette. Le mieux dans tout ça ? Sur scène la machine Confidence Man tourne à plein régime. A preuve le premier passage en France dans le cadre des Transmusicales de Rennes.

Entre 1h30 et 2h30 du matin, Confidence Man aura déversé toutes sortes de bonne vibrations pas encore légalisées sur le public rennais. Sur l’immense scène du Hall 9 Janet Planet multiplie les chorégraphies entre figures d'aérobic et cours de pole dance. Habillé d’un simple boxer noir, Sugar Bones réplique à grands coups de poses quasi homo-érotiques. Ensemble les deux se frôlent, se touchent, sans forcément se regarder. A mesure que le reste du groupe caché derrière d'étranges burkas (ou moustiquaires) ne relâche jamais la cadence rythmique, les deux miment des gestuelles qui rappellent parfois les bals de voguing. Pour rythmer le tout, des beats, des boucles et pas mal de mélodies tout sauf alambiquées. Visuellement vous avez l'impression de voir défiler en accéléré une immense rave party. Une rave party animée par deux pom pom girls dansant hors de leur axe. La suite ? Prometteuse, forcément, à en juger par le sourire détendu qu'arborent Janet Planet et Sugar Bones en interview. Confidence Man semble bien parti pour passer une année 2018 en ascension constante. Un album est prévu autour du printemps prochain. Dedans il devrait s'y passer ce qui est déjà en place en concert : un soupçon de féminisme, un parfum LGBT, la sensation que la vie pourrait ressembler au film Boogie Nights. Et pourquoi pas même, rêvons un peu, un nouveau summer of love.

Récemment un site internet australien assez réputé écrivait "Confidence Man est de loin le meilleur groupe live de l'époque". S'en est suivi une polémique. Des centaines d'internautes se sont mis à envoyer des messages du type "si ce groupe est le meilleur espoir de l'Australie en concert, ça signifie que notre pays est foutu !" Vous l'avez pris comment ? 

Sugar Bones : Franchement ? Ça nous a bien fait marrer... C'est même plutôt sain pour un groupe qui débute de susciter ce genre de réactions hostiles. On vit dans un monde de la musique et de la pop culture de plus en plus rapide. Il y a encore quelques mois, personne ou presque n'avait encore entendu parler de nous. Tout d'un coup, des gros festivals décident de nous mettre à leur affiche sans imaginer ce que ça peut provoquer. Comme notre show est conçu pour ce genre de gros événements, on arrive à toucher le public, à les faire danser. Presque par surprise en plus. Dès lors, ça me parait normal que des amateurs de musique ou des journalistes spécialisés qui ne nous ont pas vu venir, se mettent à réagir violemment : "Mais comment ça se fait que ces clowns prennent la place des groupes avec du fond. Ils abaissent le niveau général de la musique." 

Janet Planet : Au début, quand tu découvres ça, tu te dis : "Oh super, les gens parlent de nous ! C'est très excitant..." Ensuite, tu lis les messages envoyés et tu te mets à penser : "C'est marrant quand même toute cette polémique autour de notre musique !" Finalement, lire ces messages ça nous conforte dans ce qu'on fait. Quand elle est jouée avec sincérité c'est tout sauf une expérience neutre. Si la musique te fait réagir, tu dois savoir prendre parti, être radicalement pour ou contre un style de son, pour ou contre la scénographie autour d'un concert. Tu dois même te foutre sur la gueule avec quelqu'un qui n'est pas de ton avis. C'est quelque chose de viscéral... Partant de là, on est les plus heureux du monde quand les gens nous insultent. Ça veut dire que ce qu'on leur livre ne les laisse pas indifférents.

Peut-être aussi que les gens qui se posent des questions sur la valeur réelle de votre groupe, le font parce qu'ils ne vous ont pas vu venir. 

Janet Planet : Il y a certainement un peu de ça. Actuellement, on nous ramène beaucoup à cela : nous sommes le super groupe qui a foutu le feu à l'affiche du festival Splendour in the Grass, celui qui a fait danser les gens pendant sa performance au Great Escape à Brighton, etc, etc...

Sugar Bones : Au départ, on est comme n'importe quel groupe : quelques concerts dans des petits clubs chez nous, à Brisbane, des démos. Le truc qui a tout déclenché c'est quand on a été programmé en mars dernier pour le festival Golden Plains. Golden Plains c'est un évènement avec un esprit un peu baba cool : pas de sponsors, pas de merchandising, juste un amphithéâtre pour accueillir des concerts une fois la nuit tombée. Il arrive même que le public remercie les groupes présents en agitant leurs chaussures dans leurs mains. C'est très doux et particulier comme ambiance. Bref, on a donné un super concert là-bas. Quelques jours après, notre manager nous a signalé l'existence d'une vidéo de ce concert qui tournait sur YouTube. C'est cette vidéo où on voit une foule de plus en plus dense devant notre concert qui a défini la suite de l'histoire. A partir de là, d'autres programmateurs se sont posés la question : "Mais comment un groupe inconnu peut faire remuer autant de monde ?" 

Avant de former Confidence Man, vous avez joué dans toutes sortes de groupes ensemble. Vous pouvez nous en dire plus ?  

Sugar Bones : Les autres groupes dans lesquels on joue marchent tous pas trop mal en Australie, chacun dans sa scène respective, psyché, rock ou country. Individuellement on jouit tous d'une petite notoriété depuis trois ou quatre ans dans les circuits alternatifs.

Janet Planet : Lui, son truc à l'origine c'est la country. Moi ça a toujours été les groupes un peu dansants de la scène de Manchester comme les Happy Mondays, ce genre de chose. J'ai joué des claviers dans des formations avec ce son, disons, complètement anglais. Le truc c'est qu'on était tous colocataires à Brisbane, dans une grande baraque. Un jour, je ne sais plus comment, on s'est dit que ça pourrait être amusant de créer un groupe. Un groupe totalement improbable de préférence. Très vite, la blague s'est transformé en réalité. Ça a même pris une tournure tout à fait étrange ce jour où on a écrit notre première chanson, avec un titre français en plus : "Tu m'excites tous les jours". Ça sonne bien, hein ?

"Mon féminisme passe par l'affirmation de qui je veux être"

Jusqu'à quel point ça peut être difficile de mettre de côté sa carrière de musicien dans des groupes à guitare pour se lancer dans un projet dance ? 

Janet Planet : Il faut poser la question à mon acolyte... En Australie il est avant tout connu en tant que chanteur néo country. Il est toujours assis sur son tabouret et gratte sa guitare avec un air ultra pénétré. Ses héros ce sont des gens comme Kris Kristofferson, le Bob Dylan des débuts. Je sais que cette nouvelle carrière dans Confidence Man ça le change complètement. D'ailleurs, il lui arrive encore de se poser des questions. L'autre jour, par exemple, on était assis dans le tour bus et il m'a regardé avec ce petit regard suppliant : "Janice, tu sais la vérité ? Ma guitare acoustique commence à me manquer. Je me sens seul sans ma guitare !" Moi : "Ok, mais justement l'idée c'est que tu vas oublier ta guitare. Tu vas apprendre à te servir de ton corps autrement, à danser comme un dieu..." 

Il y encore quelques mois les médias parlaient de Confidence Man comme d'un super groupe ayant pour mission de redonner ce qu'il manque de 'fun' à l'electro. Aujourd'hui, on commence à se demander s'il n'y aurait pas aussi un message féministe et punk derrière votre musique. Où se situe la vérité ? 

Sugar Bones : Janet est vraiment ce qu'on appelle une grande gueule, mais dans le bon sens du terme. Elle parle fort, elle sait s'imposer. Si quelque chose ne lui plait pas elle peut hausser la voix et expliquer en quoi elle a raison et le reste du monde à tort. C'est très utile dans ce métier où les gens pensent toujours que la femme dans un groupe reste cette petite chose fragile et névrosée. Celle qui va toujours vers le compromis ou la diplomatie.

Janet Planet : Je ne suis ni mannequin, ni danseuse de formation et pas exactement chanteuse. Pourtant je monte sur scène et je ne me pose aucune question quant à ma légitimité à être "la chanteuse et la danseuse de Confidence Man". Mon féminisme passe par cette affirmation de qui je veux être, sans demander l'autorisation à qui que ce soit.