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Angèle, ou comment cesser d'être "la soeur de" Romeo Elvis

Angèle, ou comment cesser d'être "la soeur de" Romeo Elvis

Nouvelle figure de la fameuse scène belge dont tout le monde veut s’approprier un bout, Angèle diffère un poil des piliers que sont Damso, Caballero et Romeo Elvis, son frère. Pas uniquement parce qu’elle est blonde ou qu’elle ne rappe pas vraiment, mais parce qu’elle a déjà trouvé sa voie. Rencontre.

En ce moment, chez les Van Laeken, les repas de famille sont aussi rares qu’animés. « On mange du pain de viande et on boit du thé glacé, raconte Angèle, la benjamine. Vu quon se voit peu, on a tous les quatre des choses à raconter et ça part vite enMoi, j’ai fait si ! Et moi jai fait ça !» Il y a d'abord le père, Serge, guitariste et chanteur bien connu en Belgique dans les années 80 sous le pseudo « Marka ». Puis la mère, comédienne habituée de Canal + Belgique connue pour ses sketchs hilarants. Il y a aussi le fils, Romeo (Elvis), étoile montante du rap francophone. Et puis il y a la fille, Angèle, 21 ans, deux petits singles au compteur et déjà propulsée sur les radars de la presse nationale. On l'a vue dans 20 Minutes, Society ou encore Les Inrocks et Libération. Son premier vrai titre, « La Loi de Murphy », affiche déjà 1,8 millions de vues. Véritable perle pop, ce morceau raconte, en gros, une bonne vielle journée de merde, entre un refrain en anglais, très pop, et des couplets narrés en français, et finalement pas si loin du rap. Voilà donc Angèle dans le grand bain en à peine quelques mois. « Aujourdhui, on parle de moi comme la chanteuse qui a un lien avec le rap. Parce que mon frère, parce que je suis en tournée avec Damso, parce que le hip-hop en Belgique… » Pourtant, elle a dabord commencé par bouder un peu tout ça, et ne s’intéressait pas vraiment aux affaires de son frère, encore moins à son rap. « C’était un peu chacun sa vie », dit-elle au sujet des préoccupations de la fratrie Van Laeken. Jusqu'à un concert de son frère où elle atterrit, « un peu par hasard », il y a quatre ans. « Avant le concert, je m’étais mise tout devant. J’étais choquée, il y avait plein de filles. Je ne me rendais pas compte du potentiel physique par rapport aux filles. » Dans cette maison de jeunesse de Bruxelles, alors que Romeo Elvis n'est encore personne, Angèle se rend compte que son frère détient un réel potentiel musical. « J’ai pris une claque quand il a sorti : Morale 1 avec le Motel, je me suis dis : Waouw !’ »

Avec une famille d'artistes et un frère en pleine ascension, on comprend comment Angèle aborde la célébrité (potentielle) avec détente. Du parcours de son père, qui « n'a pas sauté sur l'occasion » ni « saisi les perches qu'on a pu lui tendre » pour imprimer son succès dans la durée, elle en retire une relation très « dé-stressée par rapport à ce métier ». Quant à la notoriété de sa mère Laurence Bibot, Angèle retient entre autres ces balades ponctuées de moments de gêne : « Quand un vieux s’approche de ma mère en lui parlant de son personnage de Miss Bricola, moi, je m’écarte doucement. C’était hyper beauf, quand j’étais petite, ça m’a un peu traumatisée ». Pourtant, elle relativise l'étiquette de « fille de ». « Mes parents sont connus, explique-t-elle, mais surtout dans la partie francophone de la Belgique. Ils ont une image assez sympathique et très modeste. Ils n’ont jamais été des stars nationales, donc leurs notoriétés ont été assez facile à vivre pour moi. » Forcément, la musique s'installera rapidement dans sa vie. Sa mère lui prépare des compilations à écouter dans la voiture avec du Prince et du Ella Fitzgerald, tandis que papa régale sur les Clash ou les Beatles. Même si elle se rappelle avant tout « danser toute seule dans le salon, habillée en princesse en écoutant Notre de Dame de Paris ». Et quand le grand frère fait les quatre cents coups, la petite dernière joue son rôle de sœur à la perfection. « J’ai toujours couvert mon frère. En même temps, j’écoutais mes parents en disant :ouais, c’est vrai, c’est pas cool ce qu’il a fait…’ Je jouais un double-jeu, mais c’était par diplomatie. Je ne voulais pas me mettre à dos ni l’un, ni les autres. »

Chou de Bruxelles

À l’adolescence, son père décide tout de même de serrer un peu la vis, et inscrit sa fille dans un collège catholique et élitiste, à l’extérieur de la capitale belge. Angèle : « Mon père partait d’un bon sentiment en pensant qu’il fallait donner une éducation stricte ». Dans cette école, la jeune Angèle n’arrive pas à s’épanouir dans un monde qui n’est pas aussi ouvert que le sien. « Vu le parcours de mes parents, on était vus comme des enfants un peu étranges. J’avais des cours de religion qui nous disaient que l’homosexualité était contre-nature. Je ne comprenais pas ce que je foutais là ». Au lycée, Angèle découvre un nouvel établissement plus ouvert, avec différentes options artistiques, l’école Decroly. « C’était magique, je me suis fait plein de potes, il y avait des options d’art, d’histoire de l’art, de théâtre… » C’est aussi l’heure des premières peines de cœur. « Lors de ma première rupture, j’avais pleuré sur tout l’album d’Amy Winehouse, se souvient-elle avec le sourire. Je l’écoutais en boucle, dans le bus, toute seule. Je me mettais dans un coin, pour pas qu’on me voit, je me pensais dans un film avec les gouttes de pluie sur la vitre ! »

Après le lycée et un passage dans une école de jazz, Angèle donne ses premiers concerts dans les cafés bruxellois, et commence à s’affirmer, notamment sur scène. À partir de ce moment-là, tout s'accélère pour elle. Notamment grâce, quelques mois avant son premier single « La Loi de Murphy », à ce morceau qu’elle partage avec son Roméo Elvis de frère, « J’ai vu ». Au clavier et à la voix, elle accompagne le frangin sur un morceau introspectif. Chaperonnée dans le game par ce dernier, Angèle commence à livrer ses premiers concerts en son nom, accompagne Ibeyi et son compatriote Damso durant sa tournée tout en assurant sa première partie. « Il a ce truc des grands frères qui veulent protéger leurs petites sœurs, analyse Angèle. Lors d'un de mes concerts à Bruxelles, j'ai vu qu'il était pas bien, limite près à péter des gueules. » Parfois, la petite blonde se fait malgré tout secouer par le public du Dems prêt à retourner des salles. Comme cette fois à Nancy, où elle a eu l’impression de se faire bouffer avant même le début du concert. « Ça commence gentiment on va dire, et après, il y a un kick et ça part un peu, et là, ils ont tous commencé à pogoter di-rect ! J’ai enchaîné la deuxième chanson, ils étaient chauds bouillants, on aurait dit un stade de foot ! » Avec une dizaine de morceaux déjà écrits, l'album pourrait arriver l'année prochaine, tout comme une tournée solo. Alors, Angèle ? « Fille de », « sœur de », rien de tout ça ou tout ça à la fois ? L'intéressée semble ne pas vraiment se poser la question, et tire surtout des expériences familiales une confiance rare pour une artiste de son âge. Cela dit, la voilà qui confesse sa seule vraie peur : « Être dans la hype du moment avant de disparaître ».