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Et si les algues sauvaient l'industrie du vinyle (et la planète avec) ?

Et si les algues sauvaient l'industrie du vinyle (et la planète avec) ?

À 15 kilomètres de Rennes, une petite boîte de pressage de disques vinyle, M Com' Musique, a réalisé en 2016 le premier prototype du « vinylgue ». Comme son nom l'indique, il s'agit d'un 33 tours fabriqué à base d'algues. Bio-sourcé, écologique, 100% français, le vinylgue présente bien des avantages. D'ailleurs Jérome porte-parole de M Com' Musique cet épatant vinylgue pourrait devenir à terme la figure de proue du renouveau de l'industrie musicale. Explications sur un mode 20 000 lieux sous les mers. 

Aujourd'hui, en quoi sont faits les disques vinyle ?

Le vinyle, c'est avant toute chose du PVC, une matière qui, comme le plastique, comporte du pétrole (57 % de sel de mer et 43 % de pétrole, ndlr). Le PVC est donc conçu à l'étranger et est destiné à différents types d'industries. Pour un disque de 140 grammes, on utilise 150 grammes de PVC car on coupe après moulage sur la bordure et au niveau du trou central. La dizaine de grammes restante part en recyclage.

Vous voulez dire que le disque vinyle est donc un objet polluant ?

Aujourd'hui, pas totalement. Je m'explique : la qualité du vinyle, outre celle d'écoute, c'est sa durabilité dans le temps. Si le consommateur réutilise ses disques, les réécoute vingt ans plus tard, ce n'est pas catastrophique pour la planète. Ce qui serait mauvais par contre, ce serait la distribution en masse de disques vinyle qui aboutirait sur des stocks de disques qui ne trouvent pas preneurs, des stocks de disques pressés et non-réutilisables. Là, ça serait polluant.

C'est une possibilité vu le regain d'intérêt envers le vinyle ?

Tout à fait, le marché du vinyle a considérablement augmenté depuis dix ans déjà. Il existe un essoufflement certes, on est passé chez nous d'une croissance à deux chiffres à environ 9% cette année, mais l'essor est loin d'être fini car on constate une augmentation de la demande par la grande distribution, les FNAC, Leclerc, etc... Il se trouve également que les équipements d'écoute se sont massivement renouvelés ces dernières années : le produit est donc demandé et le disque vinyle a encore de très belles années devant lui.

L'idée du « vinylgue » vient donc bien d'une prise de conscience écologique ?

Il y a un aspect écolo dans notre démarche, bien sûr. Le « vinylgue » permettrait d'avoir une alternative au PVC avec un impact écologique intéressant. Mais il existe d'autres motivations. Pour nous, ça offrirait une liberté sur les fournisseurs de la matière première. Et d'un point de vue marketing, on est encore une toute petite et toute jeune boîte, c'est différenciant. Quand on a conçu le prototype l'été dernier, la presse a été très enthousiaste, ça m'a surpris ! D'autant plus qu'on était tout d'un coup cité en exemple : voilà des gens qui ont des idées, qui ont une volonté d'aller de l'avant, dans un contexte d'élections présidentielles avec ses thèmes de chômage, de désindustrialisation... C'était positif, je ne vais pas m'en plaindre, mais on n'a pas inventé la désalisation de l'eau de mer non plus ! On est dans l'industrie légère, d'autres font beaucoup plus, on a juste la prétention de faire des très beaux disques et des « vinylgues » dans les années à venir.

Mais pourquoi l'algue ?

Parce que nos associés sont bretons déjà ! Et ce n'est pas foncièrement nouveau : les algues sont déjà utilisées dans nombre d'industries comme une alternative au plastique : cosmétique, pharmaceutique... On sait en faire quelque chose qui ressemble au PVC. La matière passe directement dans les mêmes machines qui font les pains vinyle, ils sont pressés à la même température et avec une restitution de son strictement identique.

 

 

Que manque-t-il alors à votre prototype ?

Le problème, c'est qu'on arrive pas encore à déterminer la durée de vie du produit. Or le consommateur, quand il achète un vinyle, c'est éventuellement pour le réécouter dans 10, 20, 30 ans avec la même qualité d'écoute. Voilà ce qui est encore à l'étude.

Vous avez compris qui bloque ?

Ah, si je le savais ! L'algue est un produit dégradable en soi. Souvent les médicaments ont une date de péremption parce que les enveloppes sont à base d'algue et se dégradent avec le temps, la date de péremption n'est pas là par hasard.

Le « vinylgue » chez les disquaires, c'est tout de même une possibilité crédible ?

Depuis notre prototype, d'autres membres de l'industrie se sont intéressées au concept et font des recherches, des gens avec une capacité d'investissement bien supérieure à la nôtre. Le problème va être résolu, sûrement dans les prochaines années. Et à moyen terme, il n'y a aucune raison que le marché n'instaure pas le « vinylgue » comme le produit phare de l'industrie musicale. Depuis le prototype, je ressens un enthousiasme certain, je ne vais pas le cacher ! Les gens s'impatientent aux quatre coins de la France, parce que ça peut relancer, en terme d'image et de production industrielle française, une industrie qui est un peu le parent pauvre de la création dans notre pays. Et si le « vinylgue » offre les mêmes capacités que le vinyle, les consommateurs vont choisir le disque éco-responsable, les gens sont sensibles à ces thèmes.

Même s'il est plus cher ?

Effectivement, dans un premier temps, le « vinylgue » sera plus cher. Mais si ça se développe, il y aura une économie d'échelle qui réduira la différence. Le but final, c'est de l'avoir à deux, trois, quatre, cinq euros plus cher que le vinyle classique, pas plus. Au-delà, en tant que consommateur, je n'ai pas envie du « vinylgue ».