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Chassol fait son cinéma

En concert au Pitchfork festival Paris, Chassol a encore une fois scotché tout son petit monde avec son set où musique et images se répondent comme rarement. buy atarax online Les équivalents sont clairement à aller chercher du côté du cinéma. Du coup, on a parlé cinéma avec Christophe Chassol. 

Tu parles souvent des documentaires de Louis Malle comme d’une des bases de ta culture cinéma ?

Il y a lui en effet mais il y a aussi tout le travail de Raymond Depardon, de Jean Rouch, de Johan Van der Keuken qui m’intéresse aussi. Pour en revenir à Louis Malle, il a vraiment fait des super documentaires. Il y en a un qui s’appelle place de la république, et il a fait surtout des documentaires sur l’Inde. Il y en a un incroyable qui s’appelle l’Inde fantôme. Il y a aussi place de la république, qu’il a fait en 74. Celui là il est vraiment magnifique. Dedans il interroge des gens place de la république, avec ce ton français et une belle image, un montage malin. Mais c’est aussi en découvrant les documentaires signés Johann Van der Keuken que j’ai compris qu’on pouvait jouer avec le son, les images muettes et réussir à faire du cinoche. Après, je ne sais pas si j’arriverai à être réellement réalisateur à mon tour. Le vrai réalisateur c’est celui qui maitrise ce truc pluridisciplinaire, de chef d’entreprise.

Faire des clips, ça ne t’a jamais intéressé ?

Honnêtement ? Pas spécialement. J’aime bien le clip, j’en regarde des clips mais par rapport au cinoche, j’ai essayé d’en faire un peu plus sur ce film. J’ai commencé déjà sur Indiamore avec une toute petite technique un peu nulle mais qui vient vraiment de la série : tu fais commencer le son de ta prochaine séquence sur la fin de ta séquence. T’enchaines les séquences en faisant déborder le son de la prochaine quoi. Ensuite tu coupes, tu mets des plans de coupe, des choses comme ça. Moi j’essaie de faire une boule, de faire un objet qui soit une pièce musicale, mais en y incorporant l’esprit du documentaire. Voilà tout.

Tu as déjà travaillé dans le cinéma, notamment sur beaucoup, des bandes-sons et sur du travail d’orchestre. À quel moment tu t’es dit « Ok, à mon tour de faire du cinéma » ?

Ce n’est pas vraiment en faisant une musique de film, c’est plutôt en étant musicien qui aime la musique de film, enfin le score. La musique de film, ça peut être tout et n’importe quoi, je me suis mis à manipuler les images, les cutter, les remanier. Quand Youtube est arrivé, j’avais un stock d’images que je pouvais manipuler. Et donc je me suis senti à l’aise avec le son de ces images que je pouvais manipuler comme je faisais en musique de film.

Les films les plus impressionnants pour toi en musique de film ?

Toute la production signée Brian De Palma des années 70. Avec les musiques de Bernard Hermann pour Obsession, les musiques de Pino Donaggio pour Carrie, Blow-out ou encore pour Body double. Parmi mes références de bon équilibre entre la musique et le cinéma il y a aussi les films signés Hitchcock, certains Scorcese. Lui c’est un des meilleurs quand il s’agit de mettre de la synchro. Par exemple dans Shutter Island ce qu’il a fait c’est malade. Tu as des pièces de musique contemporaine signées John Cage mais intercalées comme ça entre deux moments d’action. Dans le même film il y a aussi des bouts de musiques signés par un compositeur que j’adore, le compositeur aujourd’hui, le plus joué dans le monde des orchestres : John Adams. Scorsese prend juste un motif signé John Adams mais pendant trois petites secondes. A partir de là il le fait intervenir dans le film quatre ou cinq fois. A chaque fois il ne garde que ces trois secondes. Et toi en voyant ça tu te dis « mais personne sait d’où ça vient. Pourquoi il a l’idée de mettre juste ce bout». Pour moi, Scorsese c’est quelqu’un qui maitrise un peu la musique comme Kubrick maitrisait le fait de mettre des synchros. J’aime vraiment beaucoup le compositeur qui se met au service, qui raconte le hors-champ.

A t’entendre on a l’impression que tu aimes bien les gens qui vont jusqu’au bout de leur idée avec le son comme Brian De Palma.

Ben tu sais, moi je suis un gros client de  ce grand cinéma paranoïaque des années 70, où ils filment de la technique aussi, ils filment des magnétophones, ils font des longs travelling là-dessus. J’ai toujours trouvé qu’il y’a une vraie perfection là-dedans dans la relation image-musique. Bon, j’ai aussi été énormément marqué par la fameuse association réalisateur/compositeur comme celle formée par Spielberg – John Williams. Après, si je devais citer mon véritable héros dans le monde de la musique de film ça reste encore et toujours Jerry Goldsmith. Donc pour moi, les « scores » signés Goldsmith pour La Planète des singes ou La Malédiction ça mérite l’oscar de la meilleure musique. Et de très loin.
Parmi les réalisateurs qui savent maitriser la musique dans leurs films il y a aussi Jarmusch. Curieusement, tu ne le cites pas. Pourquoi ?

Mmm, J’aime pas. Pour être honnête, je n’aime pas non plus la fameuse B.O de Ry Cooder pour Paris Texas. En fait, à chaque fois qu’intervient une guitare slide ça ne me plait pas. Le cinéma de Jarmusch je rapproche ça de ce sentiment. Dans Dead Man, par exemple je n’aime pas la vibe que crée la bande originale signée Neil Young, je trouve c’est poseur. Sinon, je pense aussi à Paul Thomas Anderson. Dans Magnolia, il y a une scène qui m’a marqué : celle dans laquelle l’ancien petit génie arrive dans un bar. On sait qu’il est homo et il cherche un me. A ce moment on entend la musique de Supertramp, la chanson Goodbye Stranger. Ca crée un rapport à l’image super spécial. D’un côté tu as le son de la musique dans le film, et en plus, en surimpression, une chanson très connue. T’as les trois trucs en même temps. Plus les dialogues !