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Films d'horreur et B.O. flippantes : une discussion avec Zombie Zombie

Films d'horreur et B.O. flippantes : une discussion avec Zombie Zombie

Alors que son troisième album Livity est sur le point de sortir, nous nous sommes entretenus avec le trio Zombie Zombie pour évoquer la puissance de l'évocation du cinéma de genre dans sa musique. Attention : peuvent apparaître au cours de cette interview les fantômes de Dario Argento, de Jean-Luc Godard, de Slayer et de Charles Manson.

Ça vous est déjà arrivé d'être terrifié par une chanson, ou un album ?

CN : L'adolescence, c'est le moment de la vie où tu écoutes du « jamais entendu ». Du coup c'est la première fois où j'ai écouté du metal, et ça allait avec toute une imagerie qui était effrayante : Iron Maiden, Metallica, Slayer... j'écoutais des choses comme ça. Mais je n'ai jamais vraiment réussi à m'affilier au metal parce que je n'avais pas envie d'avoir une permanente et les cheveux longs. C'était trop pour moi, quoi. Sinon la première fois que j'ai écouté Goo de Sonic Youth, j'ai trouvé que c'était très bizarre, très étrange... Quand je l'écoutais le soir dans mon lit, je peux te dire aujourd'hui que ça me faisait peur, du moins ça m'inquiétait. Je crois que c'est la découverte qui est inquiétante, ça peut provoquer de l'excitation en tout cas.

EJ : Au début des années 1990 il y avait une fascination pour Charles Manson – parce qu'il a été musicien – et il y a un album qui se trouve assez facilement d'ailleurs, avec Manson en gros plan les yeux exorbités sur une pochette aussi belle qu'intrigante. Apparemment, il joue une sorte de chanson folk et à l'époque ça circulait pas mal... Et moi j'avais peur d'écouter cette musique ! Je ne pensais pas que j'en ferais des cauchemars, mais pour moi ç'aurait été porter caution à quelqu'un que je trouve indéfendable, impardonnable. En fait je n'avais pas peur d'aimer... J'avais simplement peur d'être en mesure d'émettre le moindre jugement sur cette musique. Aujourd'hui, je n'ai toujours pas écouté ce disque.

C'est un hasard si vous avez choisi un nom de groupe qui peut à la fois sonner comme un hommage à Fela Kuti et au film Dawn of the Dead...

Etienne Jaumet : La référence vient plutôt du film Zombi (le titre international de Dawn of the Dead, ndlr), parce qu'on s'appelait vraiment juste « Zombie » au début. Et puis on a choisi « Zombie Zombie » parce qu'un musicien américain – mortel, d'ailleurs – s'appelait déjà « Zombi ». La référence à l’univers de Romero s’explique simplement : à l'époque, on commençait non seulement à jouer ensemble, mais aussi à s'intéresser aux films d'horreur. Et on n'avait pas encore de nom de groupe. On a alors cherché quelque chose de fort et d'évocateur. Les réalisateurs comme Romero et Carpenter nous rassemblaient en effet, et c'est certainement pour ça que le nom « Zombie » est tombé, qui correspondait simplement à des goûts que nous avions en commun.

CN : C'est tout un pan de culture qui a marqué notre adolescence. Je ne sais pas si les ados d'aujourd'hui sont fascinés par le même type de cinéma mais les films d'horreur, pour notre génération, c'était comme écouter du metal : on avait l'impression de transgresser quelque chose, c'était presque un peu dangereux. Autre chose de plus intéressant encore, et dont on ne s'en rendait pas forcément compte à l'époque, c'est qu'il s'agit la plupart du temps de très beaux films, pas uniquement de nanars ou de films de série B. Je conçois ce type de cinéma comme du véritable film de genre, au même titre que, par exemple, les films de Godard. J'ajoute qu'à quinze ans, on ne se rendait pas compte de la qualité de la musique de ces films également, or ces B.O sont souvent du grand art.

Goblin, groupe italien qui a écrit les B.O de nombreux films de Dario Argento, fait partie des compositeurs de musique de films d'horreur cultes Ont-ils exercé une influence sur vous ?

EJ : Ils nous ont incontestablement influencés, mais on ne l'a pas vraiment cherché : on écoutait leur musique et on collectionnait leurs disques, simplement. Mais on ne s'est évidemment pas dit qu'on ferait la même chose. Par contre, on a fini par jouer avec eux.

CN : On adore les films de Dario Argento et leur musique est évidemment incroyable. C'est un vrai groupe qui joue de la musique électronique – quelque chose qui nous branchait déjà pas mal à l'époque, je crois. C'est ça le truc avec Goblin : c'est électronique, mais tout peut être joué live. Il y a des synthés, mais aussi une batterie, de la guitare, etc. C'est une recette que tu peux retrouver dans notre musique. >

Vous pensez qu’à la fin des années 1970 et début 1980, ce cinéma était négligé ?

EJ : Ne disons pas que c'était mal vu, disons plutôt que ça n'intéressait personne. Tu sais, on appelait encore ça de la « sous-culture ». Aujourd'hui il y a moins de distinction entre les « sous-cultures » et la culture. Je dirais même que plus c'est « sous », plus ça intéresse le public. Or à ce moment-là, personne ne se rendait compte que nombre de ces films étaient d'un niveau cinématographique assez élevé... C'était très stylisé : les cadres, les fringues, les images, tout ça a une force incroyable. C'était les Carpenter, Dario Argento, le giallo... On s'identifie bien plus à cela que ce que peut devenir le film d'horreur aujourd'hui.

"Le gore pour lui-même n'a pas d'intérêt"

Ce qui sort ces temps-ci dans le cinéma d'horreur, ce n'est pas votre tasse de thé ?

CN : Des choses nous intéressent bien sûr, mais Saw, Hostel... c'est vraiment de l'horreur au premier sens du terme et ça me branche beaucoup moins.

EJ : En fait, ces films prouvent que les images fortes et le gore pour eux-mêmes n'ont pas spécialement beaucoup d'intérêt. Ce qui fait la beauté d'un film comme Massacre à la Tronçonneuse, c'est que rien que le titre est extrêmement choquant. Or il y a une esthétique derrière qui dépasse de loin celle d'un film d'horreur standard. Ce qui est intéressant c'est d'utiliser une étiquette radicale et de proposer autre chose ensuite, qui va décaler l'image pré-conçue. C'est ce qui va m'intéresser dans le cinéma d'horreur ou bien la science-fiction : c'est de parler de choses soi-disant balisées et en fait, de pousser plus profondément.

CN : Pour mes parents, il était inimaginable qu'on voie ce film ensemble, à cause du titre. Ils ne l'ont toujours pas vu je pense. Alors qu'en fait c'est surtout psychologique...

Produire une œuvre qui aurait trait avec la nostalgie de ce genre de cinéma c’était ça l’ambition de départ de Zombie Zombie ?

EJ (catégorique) : Eh bien non, en fait. Voilà pourquoi on est toujours un peu réticents à parler du cinéma d'horreur : on n'aime pas l'idée de nostalgie.

CN : Comme beaucoup de choses dans notre carrière, ça s'est fait un peu par hasard. On s'est aperçus qu'on avait les instruments avec lesquels nos bande-sons préférées ont été enregistrées. Étienne a acheté ces machines et ça nous a rappelé les ados qu'on a été, on s'est amusés dessus comme des enfants... Mais ça a été complètement inconscient. Ce qui nous a amusés c'est qu'on a tellement aimé la musique de Carpenter qu'on aurait voulu la transposer et la sortir du film : ce sont des tubes qui peuvent être joués et écoutés sans les images. D'ailleurs on nous a proposé plusieurs fois de faire des ciné-concerts avec notre disque de reprises de John Carpenter, mais on n'a jamais accepté, parce qu'on voulait justement montrer que ce type de musique se suffit à lui-même.