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La lettre d’amour de Benjamin Clementine à Paris

Benjamin Clementine vient de sortir son second album, I Tell a Fly. Fort du succès de son premier, Benjamin profite toujours d’une certaine liberté artistique. En interview, le grand gaillard n’est pas en reste. Entretien avec un poète, entre introspection, souvenirs et odeurs de Paris, et deux bouchées de burger.

Tu as longtemps vécu à Paris. Tu parles français ?

Je comprends le français, je peux lire le français, mais je suis un peu gêné quand il sagit de le parlerJe ne pourrais pas parler « comme un français ». Je peux parler avec un chauffeur de taxi, mais avec des gens autour, je ne peux pas !

Quest-ce que tu ressens lors que tu reviens ici ? 

Paris na pas changé ! Nous étions du côté de Belleville, un endroit où il y a beaucoup de bars ouverts tous les jours. Jai réalisé que, même à Paris, les endroits ne changeaient pas vraiment. Même ici (à la brasserie Barbes où se déroule l’interview, ndlr), il y a encore ces vendeurs de cigarettes. Pour moi, rien na changé, il y a encore beaucoup de problèmes, mais il y a un air de changement. Paris a une odeur spéciale

Laquelle ?

Je ne pense pas que ce soit une bonne odeur (rires). Quand tout allait mal ici, ça sentait comme le trou du cul dune pute ! Jai beaucoup voyagé, mais je ne pourrais jamais retrouver cette odeur ailleurs. Après, quand je parle de l’odeur de Paris, cest surtout une métaphore pour parler des gens. Si tu traînes du côté de Havre Caumartin ou de Bastille, il y aura des odeurs différentes.

Il paraît que tu aimes beaucoup marcher. Quelle a été ta plus belle marche, à Paris ? 

J’ai beaucoup arpenté Montmartre. Je ne vous parle pas des heures où il y avait tous les touristes, jy allais très tôt le matin. Je marchais avec mon sac, tout était calme, personne n’était dehors. Je marchais jusqu’à Lamarck, Jules Joffrin et je revenais. Cest, sans doute, un parcours que je noublierai jamais car je lai beaucoup fait. Les beaux appartements, les beaux arbres… je me disais que, peut être, je pourrais en avoir un moi aussi.

Où est-ce que tu trouves encore de la poésie dans ce monde, finalement assez triste ? 

Je trouve de la poésie dans ce monde triste car la poésie vient de la tristesse. Les temps d’aujourd’hui rendent la poésie très heureuse. Ce serait une époque qui aurait excité Baudelaire. C’est marrant car nous ne voulions pas que certaines choses arrivent, mais parfois, on ne contrôle plus rien. Quand tu es un poète, tu peux parler de tout. Tous les sujets, ou les situations qui te semblent intéressantes. Ce monde me permet de savoir de quoi je veux parler. Je veux que ceux qui m’écoutent puissent voir ce qu’on pourrait faire pour arranger les choses. Je ne suis pas un messager ou un prophète, mais ce que j’ai appris de ces maîtres de la littérature, c’est l’anarchie. Je ne dirais pas que le monde est devenu plus sombre, car je n’étais pas là il y a un siècle. Seule l’histoire nous enseigne cette obscurantisme, mais qui sait, peut-être que nous vivons des temps bien plus sombres. Je suis juste heureux de pouvoir écrire sur ce que les gens pensent où disent : c’est déjà de la poésie. Tu n’es pas obligé de sortir des mots compliqués ou de longues phrases pour faire de la poésie. Pour moi la poésie est un ami qui te comprend et avec qui tu peux parler. Quand tu écris, tu es heureux car tu obtiens un miroir de tes pensées. J’ai aussi la chance de jouer de la musique. Si demain, je perds mes capacités à jouer de la musique, je m’en foutrais car le plus important pour moi, ce sont les mots.

Il arrive quand ton livre ?

J’ai la chance de sortir un deuxième album donc je suis un peu plus occupé ces temps-ci. Ça prend du temps d’écrire un livre, de finir un projet aussi ambitieux. J’aurais besoin d’écrire sur les moments que j’ai passé à Paris. J’aurais beaucoup à dire à propos des endroits où je suis allé, des gens que j’ai rencontré, les différences… Sauf que pour le moment, les gens veulent le second album ! (rires) 

D’ailleurs, quand tu lis de la poésie française, tu arrives à comprendre ? 

La plupart du temps, quand je lisais de la poésie, je lisais des traductions. Maintenant, jai compris que ces traductions n’étaient pas bonnes. Par contre, cest aussi intéressant de voir comment les Anglais traduisent de la poésie française. Quand je lis une traduction, parfois, je me dis « What the fuck ?! », mais cest aussi très intéressant de comprendre la poésie.

Tu aimerais bien faire tes propres traductions ?

Oui. Premièrement, je pense que je traduirais des chansons de Léo Ferré. Ensuite, ce serait du Guillaume Apollinaire. Il énonce beaucoup de douleur, ce qui rend compliquées et donc mauvaises les traductions. Apollinaire parle beaucoup de Paris, ses poésies sont longues, c’était de la poésie libre. C’était ça qui la rendait aussi belle ! Quand j’en lis, j’arrive à ressentir ce qu’il ressentait à ce moment-là, car j’ai passé beaucoup de temps seul, silencieux, à marcher. À Paris, ma première passion était de marcher. La deuxième, c’était de lire, alors je pouvais vraiment sentir cette connexion. Au final, je connais mieux Paris que Londres. 

Tu envisages le futur comment ? 

Mon futur ? Déjà, je dois finir mon burger ! (rires) Mon futur est, je l’espère, parti pour être fructueux. Jaimerais apprendre encore plus, devenir encore plus mature. Jaimerais faire des expériences comme, par exemple, devenir un punk. Attention, pas un sale punk, mais jaimerais expérimenter le rock, et le fait davoir un groupe. Et puis, peut être, faire un film…