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Wiki est le véritable maire du New York "old school"

Wiki est le véritable maire du New York "old school"

De Joey Bada$$ à Show Me The Body, des rappeurs de Flatbush aux punks du Queens, toute la nouvelle génération new-yorkaise a traîné avec Wiki et son sourire édenté. purchase FlomaxDe cette vague de musiciens qui tente de ressusciter l'aura de la ville, le leader de Ratking ferait une parfaite mascotte avec son physique chétif et sa drôle de tête. Surtout que l'intéressé se verrait bien maire de New-York.

Une voix nasillarde, un flow sur le fil et quelques chicots éclatés, telles sont les caractéristiques de Patrick Morales, aka Wiki. Révélé au sein du trio Ratking quand le rap de la Grosse Pomme se faisait court-circuiter par les scènes d'Atlanta ou Chicago, il a sorti fin août No Mountains in Manhattan, un premier album solo dédié à la ville qu'il connaît par cœur. En compagnie de Morales, on y goûte sa bouffe multiculturelle, de Chinatown au bacon que le rappeur dévore tous les matins. On y croise Ghostface Killah du Wu-Tang, les fantômes du Mean Streets de Scorsese dont est issu la phrase « Il n'y a pas de montagnes à Manhattan », ainsi que celui de Princess Nokia, nouvel espoir féminin du rap local et ancienne petite amie de notre guide de visite... Rencontre avec celui que son ami rappeur Antwon décrit comme « le mec le plus New York que j'ai jamais rencontré ».

De Notorious BIG à Kendrick Lamar, nombreux sont les rappeurs à s'être auto-proclamés « King Of New York ». Toi, c'est « Mayor of New York ». C'est quoi la différence ?

Je ne règne pas sur la ville, j'en représente l'essence. Je ne suis pas le plus balèze, mais j'ai cette attitude un peu étrange, marginale, tout en étant très bavard. Il y a beaucoup de types de new-yorkais différents, et je m'entends avec tout le monde. C'est ça être le maire, je connecte les gens entre eux, j'essaye de rendre ma ville meilleure. Se proclamer « roi », c'est de la vantardise, c'est se placer au-dessus. Moi je reste au niveau de la rue et j'observe qu'à l'image de tous ces quartiers qui ont leur maire officieux, celui que tout le monde connaît dans le coin, moi je suis le maire de New York.

No Mountains in Manhattan fait référence au Mean Streets de Scorsese, film emblématique de ce vieux New York corrompu et dangereux que le maire Giuliani a « nettoyé ». C'est une époque que tu idéalises ?

Toute ma génération fantasme ce New York. On a entendu les histoires de nos parents, on a regardé les films et on se dit, bordel, c'était la folie à l'époque ! Évidemment qu'il est plus romantique. Giuliani a été très agressif dans sa volonté de nettoyer la ville : certes, des grands criminels ont été arrêtés, mais des centaines de petits délinquants se sont retrouvés aussi en prison pour rien du tout. Oui il y a davantage de sécurité désormais, mais la situation s'est-elle vraiment améliorée ? Après il faut l'accepter, je ne vais pas non plus cracher sur le New York d'aujourd'hui. Au final, chaque génération peut se dire « c'était mieux avant »...

"Le punk et le hip-hop sont similaires"

Un des symboles de ce vieux New York est décédé hier, le boxeur Jake LaMotta...

(il coupe) Non, c'est vrai ? Merde, c'est dingue, j'ai revu Raging Bull il y a tout juste cinq jours. Et le mec des Soprano qui était dans le film, il est mort aussi récemment. Raging Bull est probablement mon film de Scorsese préféré, avec Taxi Driver peut-être, c'est une putain de chef d’œuvre. Mais il devait être sacrément vieux non ?

Il avait 95 ans.

Quelle vie incroyable. Qu'il ait tenu 95 ans avec le mode de vie qu'on voit dans le film et tous ces coups de poings qu'il a dû encaisser, c'est une preuve de sa légendaire résistance. Il représentait vraiment ce vieux New York : le mec était tellement fier que lors d'un combat où il était payé pour perdre, il a refusé de tomber.

coverwiki

Sur la pochette de No Mountains, on voit un drapeau mêlant ceux de l'Irlande et de Porto Rico. C'est toi qui l'a imaginé ?

J'ai dessiné ce drapeau il y a des années quand j'étais encore à l'école. Ma mère est d'origine irlandaise, mon père est porto-ricain. Sauf que je n'ai jamais été accepté comme un vrai Irlandais vu que mes ancêtres sont arrivés aux États-Unis il y a plus d'un siècle, ou un vrai Porto-Ricain vu que je n'avais pas de famille autour, les amis de mes parents étaient surtout juifs, italiens et irlandais. J'ai donc longtemps été en quête d'une identité propre et forte, d'où l'idée du drapeau qui mêlerait mes deux origines. J'en suis très fier aujourd'hui et il m'accompagne partout. Cette quête d'identité d'un ado paumé, c'est aussi ce qui m'a emmené vers le punk à l'époque parce que ce n'est pas que de la musique, c'est aussi une culture, une communauté, un état d'esprit et un mode de vie. Et puis des groupes comme Minor Threat que j'adorais, c'est d'une énergie incroyable ! Quand tu es jeune, ça te parle directement.

C'est très différent de la communauté rap, toi qui navigues entre les deux mondes ?

Je pense que les mondes sont beaucoup plus similaires que ne le croient les rappeurs. Il y a beaucoup de similitudes avec le hip-hop originel, celui du graffiti dans les rues. Pas celui de la fascination pour le fric...

Dans « Pandora's Box », tu parles de ta relation avec la rappeuse Princess Nokia. Même si vous avez rompu, tu t'y décris encore comme très chanceux de l'avoir rencontrée, comme si tu ne pouvais toujours pas croire qu'une femme comme elle pouvait être attirée par un mec comme toi ?

Tu as raison, je me sens très chanceux, oui. Nokia représente ma première expérience avec l'amour, c'était un grand moment pour moi. C'était comme si le destin l'avait mise devant moi : un personnage très New York, et très Porto Rico ! Comme je l'ai dit tout à l'heure, je cherchais à me reconnecter avec Porto Rico dans ma quête d'identité, alors avec elle, j'étais comme abasourdi. Je me disais, « wow, elle est tellement vraie ! » Être en couple avec Nokia fut la plus belle chose du monde, c'était très intense, avec des hauts très hauts et des bas très bas. Maintenant que c'est fini, je suis juste heureux d'avoir vécu ça et d'en avoir appris des leçons, heureux que pour l'éternité, je l'aurais elle, et elle m'aura moi.

T'as dû subir des plaisanteries comme « ta copine rappe mieux que toi », non ?

C'est arrivé mais je m'en foutais parce que, de un, elle ne va jamais mieux rapper que moi, de deux, c'est moi qui lui ai permis d'exploser. J'ai beaucoup aidé Nokia à devenir une meilleure MC, notamment en la poussant à creuser plus loin, en la guidant dans la bonne direction. Elle s'est améliorée en grosse partie grâce à moi, et elle le sait.

Tu pourrais de nouveau sortir avec une rappeuse ?

Si l'amour frappe à ta porte, tu ne peux pas esquiver. Mais en ce moment je traîne avec une étudiante, la relation est beaucoup plus tranquille et ça fait du bien... Donc je vais quand même essayer de rester à distance des rappeuses !

Si tu devenais le vrai Maire de New York, quelle serait ta première mesure ?

Les rames de métro se font de plus en plus vieilles, les retards de plus en plus fréquents... Mais je crois bien que le métro new-yorkais est contrôlé par l’État et non la ville. Donc je légaliserais la weed. Ça empêcherait à plein de gamins de se retrouver en cellule du jour au lendemain.