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Qui est Hyun Song Wol, la chanteuse préférée de la Corée du Nord ?

Qui est Hyun Song Wol, la chanteuse préférée de la Corée du Nord ?

Elle devait avoir une carrière à l'image de ses robes: longue et kitsch. Icône de la variété nord-coréenne des années 2000, Hyun Song Wol aurait été la girlfriend de Kim Jung-un, actrice porno et aurait été fusillée avec tous ses musiciens. Des rumeurs au conditionnel torpillées en 2013 quand elle réapparaît et prononce un discours devant un parterre de militaires. Depuis qu'elle est devenue haut gradée, Hyun Song Wol pousse la chansonnette à la gloire du régime. Même en pop, la Corée du Nord nous étonnera toujours.

Le fait est rare pour une icône nord-coréenne : en 2011, Hyun Song Wol acquiert même une notoriété internationale. La faute au Chosun Ilbo, un quotidien sud-coréen, qui affirme que cette superstar de la variété nord-coréenne aurait tourné des films pornographiques. La France a connu ce genre de précédent, avec Catherine Ringer notamment, et, d'ordinaire, ces révélations ne flinguent pas une carrière de chanteuse. Mais en Corée du Nord, on ne badine pas avec la fesse, et les conséquences sont sanglantes : Hyun Song Wol, toujours d'après le même article aurait été arrêtée et fusillée avec tous ses musiciens. Les médias français, à l'unisson du reste de la presse occidentale, se ruent sur cette nouvelle sordide et relaient l'indignation. Icône dans son pays et martyr pour le reste du monde, la destinée de Hyun Song Wol a des airs de tragédie antique. Problème : tout est faux. Le porno comme son exécution, tout est bidon. Une autre théorie voulait que Hyun eut été emprisonnée après être apparue en « petite » tenue à la télévision (la vidéo est ici). Au royaume du secret, difficile de démêler les fils des rumeurs. Quoi qu'il en soit, quelques mois plus tard, Pyongyang offre un désaveu grandiose à ce buzz mondial : Hyun Song Wol réapparaît devant des centaines de militaires et prononce un discours retransmis en direct à la télévision.

« C'est une histoire typique ! Les journaux de droite sud-coréens adorent répandre des rumeurs atroces qui font passer la Corée du Nord pour un pays diabolique et excentrique. Et, comme il est extrêmement difficile de vérifier les faits, toute la presse internationale relaie à l'unisson ces infos bidons » enrage un journaliste sud-coréen. Aujourd'hui, non seulement Hyun Song Wol est bien en vie, mais elle a pris du galon. Elle serait l'une des rares femmes du régime à occuper un poste à responsabilités. « Elle s'est hissée au rang de colonel. Elle a un profil plus tourné vers la politique. Elle occupe un poste stratégique au sein du Comité Central du Parti des Travailleurs Nord-Coréens » détaille Fyodor Tertitskiy. Pas étonnant que ces retrouvailles avec le public nord-coréen aient lieu devant des militaires. Après tout, Hyun s'est fait connaître en chantant dans deux groupes qui portent des noms de batailles : Pochonbo Electronic Ensemble et Wangjaesan Light Music Band. Des hommages respectifs aux victoires militaires de Pochonbo et Wangjaesan, remportées dans les années 1930 contre les Japonais par Kim jung-il, le grand-père du président actuel.

Chanteuse vedette de ces deux groupes, Hyun Song Wol est le visage de la variété nord-coréenne des années 1990 et 2000. Enveloppée dans des robes bouffantes qui lui tombent aux chevilles, elle fredonne des airs de bbongjak, un genre qui se rapproche de la balade romantique, avec un ensemble guitare-batterie-synthé assez classique. Les paroles, elles, sont plus atypiques. Le gimmick des chansons est bien souvent « Janggun-nim », ce qui signifie « le Général Respecté », autrement dit, Kim jong-il, le fondateur de la dynastie des Kim. Avec ces chants patriotiques entonnés sur des plateaux de télévision bariolés, la demoiselle de Pyongyang empile les tubes. Mais c'est véritablement en 2005 que Hyun Song Wol change de dimension. Elle devient une super-star avec le titre « Junma » qui se traduit par « la Jouvencelle Cavalière ». Elle décrit l'attitude exemplaire d'une ouvrière entièrement dévouée à son travail à l'usine. « J'ai une amie Nord-Coréenne réfugiée à Séoul qui me disait que cette chanson, c'est LE hit des années 2000. Tout le monde à Pyongyang l'écoutait. La chanson était mémé jouée dans les unités de travail pour motiver les travailleurs » resitue Fyodor Tertitskiy, journaliste pour le site spécialisé sur la Corée du Nord, NKnews.com. L'esthétique du clip fleure bon le réalisme soviétique de la grande époque.

La groupie du trotskiste

Il ne fait aucun doute que Hyun Song Wol aime son pays, et ses dirigeants. Sa dévotion serait totale, au point qu'elle aurait été la girlfriend de Kim Jung-un, le président actuel. Les ragots relayés par la presse sud-coréenne et japonaise situent l’idylle autour de 2011 ou 2012. Mais, d'après des articles non-sourcés, l'histoire n'aurait pas duré. Le père du futur président n'aurait pas vu d'un bon œil cette union entre son fils et la chanteuse célèbre. Il aurait exigé la rupture du couple. « Personnellement je n'y crois pas une seconde. Comment peut-on savoir si elle est sortie avec Kim Jung-un !? De lui, on ne sait rien. On ne sait pas ce qu'il pense, on ne sait pas ce qu'il mange, alors comment voulez-vous qu'on sache avec qui il baise !? » s'agace un journaliste coréen, peu amateur des potins sur la vie des Kim. Seule certitude, l'actuel président a jeté son dévolu sur une autre femme, Ri Sol Ju. Celle qui est donc aujourd'hui la Première dame de Corée du Nord a un point commun avec Hyun Song Wol : elle aussi a connu une carrière de chanteuse, certes éphémère : elle n'a donné qu'un seul concert.

Devenue apparatchik puissante, potentiellement ancienne maîtresse de Kim, Hyun Song Wol n'en reste pas moins une artiste. À 35 ans, elle joue toujours les jeunes premières dans le groupe Moranbong, un girls-band monté de toutes pièces par le régime pour faire contre-poids à la K-pop du rival sud-coréen. Apparu au moment de l'accession au pouvoir de Kim Jung-un, Moranbong tente de dépoussiérer l'image de la musique nord-coréenne tout en chantant des chansons dignes de l'Eurovision et titrées « Mon pays, c'est le meilleur ». Signe de cette ouverture, les chanteuses et musiciennes évoluent sur scène avec des uniformes anormalement aguicheurs pour la Corée-du-Nord, pays pas vraiment porté sur les décolletés ou les jupes fendues. Hyun Song Wol est le symbole de cette modernisation. Adieu les robes de mémère à longue traîne, désormais, la star dévoile ses jambes. Elle goûte même aux charmes des tournées internationales. En 2015, elle joue les têtes d'affiche lors de la venue de Moranbong en Chine. Manque de bol, les concerts sont annulés. La faute à une dégradation des relations diplomatiques entre les deux pays. Quelques semaines plus tôt, Pyongyang avait tiré un missile. Et cette fois-ci, ce n'était pas une rumeur.