JE RECHERCHE
La nouvelle génération pop, électro et rap raconte ses années collège

La nouvelle génération pop, électro et rap raconte ses années collège

Avant de sortir des disques, les musiciens ont été comme nous : en culottes courtes, ravis, un peu stressés ou carrément déprimés le jour de la rentrée. Cléa Vincent, Rocky, Hyacinthe, Juliette Armanet, The Pirouettes et H-Burns racontent leurs souvenirs de collège et de lycée. Sans omettre la moindre anecdote.

Cléa Vincent : « Si j’étais forte à la flûte à bec ? À fond ! »

La rentrée scolaire c'était quelque chose qui me stressait un peu. Tout l'été, tu avais travaillé ton petit bronzage et tu savais que tu allais arriver un peu bronzée et mignonne donc tu travaillais un peu ton style ! Je me rappelle d'une entrée catastrophe en 5eme ou, pas de bol, j'avais un bouton sur le nez. (rires) J'étais dégoutée parce que franchement tout le reste était nickel et ça m'avait un peu gâché ma rentrée. C'était le petit bouton de rien du tout que tu transformes en énorme blessure ridicule, j'étais complètement stressée à cause de ça. Mais sinon je ressentais toujours une vraie excitation de savoir avec qui j'allais être dans la classe, t'es quand même heureuse de retrouver les gens après deux mois. La première chose que je regardais lors de la rentrée, ça devait quand même être les garçons dont j'étais amoureuse : chaque année j'avais un peu mon petit amoureux que je retrouvais à la rentrée, et c'était à ça que je faisais attention vu que je ne l’avais pas vu pendant deux mois. (rires) J'avais quand même un statut particulier à l'école parce que j'avais beaucoup de potes, donc je n'avais pas trop peur d'être toute seule. J'étais au collège Pasteur à Neuilly, donc c'était ambiance un peu quartier chic, sauf que moi j'étais pas complètement dans le moule. Mais j'ai toujours réussi à me faire une petite place parce que j'avais un côté très sociable, j'arrivais à me faire des potes. Ce qui était galère, c'était d'être à la hauteur niveau fringues parce que tu étais en compétition avec des «filles de...». Du coup, il fallait ruser, avoir les petites bottes, le pantalon stretch qui te va bien même si c'était le même tous les jours (rires). J'étais assez calée en musique et ça m’a aidé à me faire une place. Je trainais avec les mecs cools qui passaient des disques dans les boums et qui achetaient des vinyles. A l'époque on était en 1996, il me semble que c'était l'année de la sortie de Around The World, et ils écoutaient tous la nouvelle vague de groupes electro français avec Cassius, Daft Punk, Laurent Garnier. C’est marrant parce que d’un côté j’avais ma partie garçon manqué qui écoutait de l'électro, et d’un autre mon côté midinette que je cachais un peu plus. J’écoutais tout le temps dans ma chambre Cherie FM et des grosses chansons d'amour américaines, des tubes français, je me retrouvais vachement dans ce répertoire parce que j'étais à l'époque déjà très romantique et je me faisais plein de films dans ma tête de ce que pouvait être une histoire d'amour. Et ces morceaux me faisaient vraiment rêver (rires) Si j'étais forte à la flûte à bec ? A fond ! J'étais première de la classe en flûte à bec. Le cours de musique c'était pour moi un peu le moment où je me sentais à ma place parce que le reste du temps en maths et tout ça j'avais l'impression d'être le boulet de service. Ce n’était clairement pas mon point fort.

Rocky : «Tous ceux dans le rang du fond étaient forcément les gens bien» 

1391835_640671195983270_699028902_n

Laurent (guitariste) : Un des souvenirs les plus marquant c'est le premier voyage scolaire : on devait aller une semaine en Ecosse et il y a eu la grève des ferries donc impossible de traverser la Manche. ​Résultat : on est rentré direct à l'école. ​Voilà le résumé de mon unique voyage scolaire.

​Olivier (bassiste, clavier) : Moi aussi, j'ai souvenir d'une scène un peu traumatisante : ​moi restant tout seul dans la cour le jour de l’appel général à mon entrée en 6ème dans une nouvelle ville parce que je n’étais pas sur les listes. J’ai presque cru m’être trompé de collège !

Inès (chanteuse) :Tous ceux qui étaient dans le rang du fond étaient forcément des gens bien ! Sinon, j'ai toujours adoré acheter. A partir de là, pour moi la rentrée quand j'étais gamine c'était le plaisir de la liste des fournitures, se perdre dans les grandes allées de mon Carrefour de banlieue, puis la phase de négociation avec ma mère, avec mille et un argument bidon, pour avoir tel agenda, tel compas etc. mais surtout le plus important, c'était l'outfit de rentrée avec pour mot d'ordre : dress to impress !

Hyacinthe : «Mon plus beau souvenir d’arnaque c’est mon oral du bac» 

unnamed-1

La rentrée je m'en branlais un peu pour être honnête, j'attendais que ça passe. J'ai vraiment mal vécu le collège qui était une sale période pour moi : j'étais à Montaigne avec que des bourgeois ultra-méprisants et j'étais le mec au fond de la classe qui ne disait rien et qui n’en branlait pas une. Je n’étais pas très sociable, je parlais à deux personnes, et j’avais mes potes d’enfance en dehors. Au collège globalement je détestais tout le monde. (rires) Par contre c'est au lycée que j'ai rencontré Jok'Air : on était ensemble en seconde dans la même classe. On foutait la merde, on se faisait virer de cours, c'était ultra bête comme période. J'étais pas perturbateur mais plutôt petit con : je n'avais pas trop de mauvaises notes mais j'étais le mec insupportable qui lisait le journal en cours au fond de la classe. Du coup les profs pétaient un plomb parce que j'avais des bonnes notes sans forcément trop travailler, ils n’avaient rien à dire au final. J'étais pas insolent à hurler en cours mais très je-m'en-foutiste : je me mettais au fond et je lisais mon journal. La matière où j'étais bon c'était le Français. Il y avait même un moment où, pour me faire des thunes au lycée, je faisais des rédactions à la place d'autres gens. Je prenais 15-20 balles par personnes et je le faisais pour des gens de ma classe. La technique c'était de ne pas faire quelque chose de trop bien : le premier que j'avais fait je m'étais déchiré pour faire un super truc, j'y avais passé une soirée entière. Le problème c'est que comme le mec était nul la prof avait vu qu'il avait triché. Il fallait faire quelque chose de bien mais pas trop: quelqu'un qui a 7 d'habitude il fallait que ça devienne un 13-14 mais pas plus. En espagnol par contre j'étais archi-nul. Mon plus beau souvenir d'arnaque à l'école c'était mon oral de bac. Tu vois le niveau que tu as en quatrième après trois mois de cours ? Je suis resté à ce niveau là pendant les sept ans qui ont suivi. Alors pour le bac, j'ai fait croire à l'examinateur que j'étais un bon élève mais que je venais de foirer mon oral à cause du stress. Du coup je m'étais super bien présenté, avec un bouquin de littérature sous le bras, et j'avais appris par coeur 20 mots compliqués en espagnol dans le dictionnaire. Je m'en rappelle que d'un seul, c'était «a orcajadas» qui veut dire «à califourchon». C'était des mots tellement compliqués que la prof ne pouvait que penser que j'étais bon. Du coup pendant l'oral j'ai tout fait pour placer un maximum de ces mots là, même si ça n’avait pas de rapport pour qu’elle pense que j'étais un très bon élève qui était super stressé. Et j'ai eu un 12 alors que me tapais des 3 pendant toute l'année !

H-Burns : «Mon pote de l’année c’était le plus cramé d’entre les cramés»

13934769_10153937350703920_1623014147992777277_n

J’ai pris ma première cuite la veille de ma rentrée en seconde. Un petit craquage. J'étais dans un collège compliqué, et on m'a incité à prendre Allemand et Latin pour me retrouver dans les classes d'intellos : je viens d’une ville compliquée, à peu près la moitié des mecs que je connaissais dans ma ville, Romans sur Isère, étaient du genre complètement dingues, ou très bizarres je crois. Sinon je me souviens d’un de mes profs d’histoire. Il était dans un délire un peu «Cercle des poètes disparus» et tout le monde rêvait de l’avoir. Et une année je l'ai eu. Le mec était une star, il y a même aujourd’hui une page Facebook en hommage à cet homme faite par ses anciens élèves. Pour cibler celui qui allait être mon pote pour l'année ? Probablement le plus cramé d'entre les cramés. J'ai toujours eu un penchant pour les potes un peu abîmés.

The Pirouettes : «Ateliers djembe, reprises de Starmania. Quand j’y repense ça me fait froid dans le dos»

unnamed

Je me souviens bien du t-shirt que je portais le jour de ma rentrée de Terminale, au lycée Berthollet à Annecy : une marinière marron, un truc que je ne porterais plus du tout aujourd’hui. J’avais passé tout l’été à penser à Vickie et j’espérais de tout mon coeur tomber dans la même classe qu’elle. Ça a été le cas. Sur le moment, j’ai dû faire comme si de rien n’était mais intérieurement, je jubilais. Avec Vickie, en première, on était tous les deux en «anglais spé ». C’est comme ça que je l’ai remarqué et que je suis tombé amoureux d’elle. Elle m’avait fait forte impression en faisant un exposé sur Charles Manson. À partir du moment où on a été dans la même classe, je me suis dit qu’il fallait que je passe à la vitesse supérieure. Vickie avait un copain beau gosse donc je devais trouver quelque chose de fort pour la séduire. Je lui ai écrit une chanson en anglais, que je lui ai ensuite fait écouter dans les couloirs. Je crois même que je lui avais imprimé les paroles. Elle a dû être un peu surprise sur le moment, mais je crois qu’elle a apprécié. Je lui ai proposé qu’on chante le morceau ensemble et c’est comme ça qu’elle est venue chez moi le mercredi suivant pour « répéter ». La même année, on s’est donné comme défi de jouer à la semaine des talents de notre lycée. Pendant une semaine des groupes méga amateurs se produisaient dans la cour tous les midis. Ça a été notre premier concert. On a dû faire deux compos et une reprise de France Gall. En y repensant, je me dis que pendant ma scolarité, les profs se faisaient souvent une fausse image de moi au premier abord. J’avais tendance à bavarder donc je passais rapidement pour un cancre fouteur de merde. Le premier jour de terminale, mon prof d'éco m'avait mis bien cher devant toute la classe. Mais en fait j’étais bon élève et je finissais toujours par être le chouchou. Aussi je me souviens qu’en classe de terminale je faisais exprès de mettre au premier rang à quasiment tous les cours. Je trouvais que ça me donnait l’air cool. Du genre : « je suis là pour travailler et apprendre des choses, je ne suis pas un bouffon comme vous ». Vickie par contre se mettait plutôt au fond, elle devait trouver que ça lui donnait l’air cool aussi. Y’a un morceau de Booba où il dit qu’il était premier en sport et en chant, j’adore cette punchline. Je crois que quand tu es destiné à faire de la musique, tu es forcément bon en cours de musique au collège, tellement le niveau est bas. Pour ma part je n’ai pas échappé à la règle et j’ai participé à plein de projets en tant que batteur : ateliers djembés, reprises de Starmania… C’était entre midi et deux et quand j’y repense ça me fait froid dans le dos.

Juliette Armanet : «En terme de notes, je ne me démerdais pas trop mal» 

205546_145457725520409_5278361_n

En vrai je n’étais pas trop du genre à faire des conneries, je n’en ai pas fait tant que ça je crois. Ah si je me rappelle d’une : on s'amusait à faire peur à une pauvre prof d'histoire remplaçante en se mettant du Tipex dans la bouche tout en faisant semblant de faire des crises d'épilepsie, c'était vraiment ridicule. La rentrée des classes ça évoque pour moi des choses plutôt positives. Même si j’appréhendais de ne pas savoir avec qui j’allais être (ou ne pas être) j’avais envie que ça commence, rencontrer les profs, voir la tête qu'ils avaient, retrouver les visages connus ou inconnus. J'aimais bien le rituel d'aller acheter les cahiers les fournitures... Mes parents ont été papetiers pendant de nombreuses années donc j'avais une passion pour les stylos, les papiers, les carnets... J'adorais vraiment choisir tout ce qui allait m'accompagner durant l'année. J'ai eu des supers profs aussi, qui ont vachement compté : je me rappelle notamment d'une prof de lettres que j'avais eu en seconde et en première et que j'adorais, madame Salin. Elle arrivait toujours en cours avec des sacs Gibert Joseph par centaines, les cheveux un peu gras, c'était la vraie prof soixante-huitarde qui avait vraiment une passion pour la littérature et qui nous a transmis ça. Elle était très enthousiaste, elle nous parlait de Baudelaire ou de Rimbaud comme si ça pouvait être justement des compagnons de vie, des amis. C'était une porte d'entrée intelligente. Pour ce qui est des résultats j'étais assez turbulente, mais je me démerdais pas trop mal en terme de notes. Je bavardais, j'avais des fous rires, mais ça restait gentil. Je sais que ça fait un peu nunuche, mais j'aimais bien apprendre, lire. Etudier, ça ne m'a jamais gonflé ! A part la physique chimie et la géographie, là j'étais catastrophique. La physique chimie, c'était un langage qui ne m'évoquait rien. Pour ce qui est de la géographie j'ai encore aujourd’hui un sens de l'orientation absolument catastrophique, je me perds partout ou je vais, donc c'est une matière qui me pose encore problème au quotidien, je suis une handicapée de la géographie. Sinon j'aimais bien la philo, les langues, notamment l'allemand... Par contre je dois bien avouer que j’ai beaucoup séché les cours d'italien. C'était le cours le plus facile à sécher, la prof ne disait rien. J’avais une copine dans ce cours là qui avait clairement envie qu'on fasse les 400 coups. Du coup, moi je la suivais pour aller fumer des cigarettes au café. Et quand on ne séchait pas, on jouait avec des mains collantes en cours pour chopper les feuilles de nos voisins de devant.