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Et Sinéad chanta pour Conor

Et Sinéad chanta pour Conor

Si certains contestent la légitimité sportive d'une rencontre entre champions de boxe et de MMA, les simples entrées du combat Mayweather/McGregor de ce soir mériteront le coup d’œil. L'Irlandais notamment s'est fait connaître pour ses électrisantes marches vers le ring, et ce dès son second combat UFC : c'était à Boston, la « deuxième Irlande », devant une foule qui n'a jamais été aussi bruyante pour un tel débutant. Son entrée la plus iconique s'est déroulée deux ans plus tard, le 11 juillet 2015, à Las Vegas. Ce soir-là, Conor McGregor a enfin accroché le droit de combattre pour le titre poids-plume. Pour l'occasion, il débarque avec une autre star irlandaise au micro : Sinéad O'Connor. 

Depuis son tout premier jour en MMA, alors qu'il n'était encore qu'un jeune dublinois en formation de plomberie, Conor McGregor est entraîné par John Kavanagh, première ceinture noire de jiu-jitsu brésilien d’Irlande. Contrairement à beaucoup d'autres combattants, McGregor n'a jamais changé d'entourage avec l'argent et le succès. Quand il remporte le titre de champion poids-plume de l'UFC, la principale fédération de MMA, c'est un grand moment également pour celui qui l'a accompagné dans l'octogone. « Après le combat, je suis allé chercher une salle vide en coulisses pour prendre quelques minutes pour moi » se souvient-il dans son autobiographie Win Or Learn. « La première salle sur laquelle je tombe semblait accueillir une sorte de petite fête privée avec Arnold Schwarzenegger, Mike Tyson, Dana White (président de l'UFC, ndlr) et Sinéad O'Connor. ‘Viens prendre un verre’  m'a dit Dana. J'ai poliment refusé. J'avais besoin d'un moment pour réaliser tout ça avant que la fête puisse commencer ».

Deux ans avant ses déclarations suicidaires, il est étrange d'imaginer la chanteuse irlandaise Sinéad O'Connor, interprète du tube Nothig Compares 2 U dans les 90's, partager du bon temps avec la crème du fighting business. Ce soir-là, en accompagnant de son chant le champion le plus profitable de la fédération, elle vient pourtant bien d'écrire une page d'histoire de l'UFC... organisation qu'elle ne connaissait même pas un mois plus tôt : « Quand j'ai appelé Sinéad pour lui proposer de venir, je lui ai demandé si elle voyait ce qu'était l'UFC » racontait Dana White en conférence de presse. « Elle m'a répondu : ‘je n'en ai jamais entendu parler, mais je connais Conor McGregor’».

Cette anecdote est révélatrice de ce que représente le combattant irlandais pour l'UFC, une marque qui devient à ce moment-là encore plus célèbre que son propre sport, et auquel on ne peut plus refuser grand chose. Ce soir-là, c’est ce même phénomène qui est à l'origine de l'embauche de Sinéad, pour une entrée sous les projecteurs médiatiques que la fédération n'avait encore jamais vue.

« C'est moi qui a décidé de ramener Sinéad !» se marrait ainsi McGregor, avec cette arrogance canaille qui lui est propre. « Après le show de Dublin, je suis allé voir Dana White et je lui ai dit : ‘voilà comment on va faire maintenant, les choses doivent changer ici. Le show doit être un spectacle, on ne peut pas toujours garder les mêmes recettes’. Puis je lui ai dit que je voulais Sinéad à Vegas, et tout s'est passé comme prévu : c'était le McGregor Show ». Andy Ryan, coach MMA à Dublin, a fait le voyage pour ce combat contre l'Américain Chad Mendes. Il confirme la main-mise de McGregor sur la soirée : « La salle était pleine d'Irlandais, environ 20 000 d'entre eux, et quand l'heure du combat de Conor est arrivée, l'ambiance était incroyable. Avec les fans et le chant de Sinéad, je me sentais comme en Irlande ! ».

Chanson révolutionnaire

Ce soir-là, Sinéad chante pour lui The Foggy Dew, un morceau que Conor utilisait déjà avant Vegas pour ses entrées. The Foggy Dew est une ballade traditionnelle irlandaise qui date de la fin des années 1910. Elle raconte avec précision les événements du Easter Rising, ou Insurrection de Pâques du printemps 1916, quand l'Armée Britannique réprima avec force un soulèvement irlandais à Dublin, causant presque 500 morts. D'une certaine manière, cet évènement sanglant est le 14 juillet irlandais, la première violence qui mènera à terme leur propre révolution. McGregor, et d'une manière générale tous les combattants irlandais, se plaisent à s'inspirer de la mythologie résistante et guerrière de leur pays. Paddy Holahan, autre combattant UFC issu du ring de John Kavanagh, résume : « Ce pays a combattu l'oppression pendant 800 ans alors, génétiquement, nous sommes des guerriers ».

« C'est de la musique pour aller à la guerre » disait ainsi Conor de la performance de Sinéad. « Quand j'écoute sa musique, c'est d'une beauté sinistre. Elle a une voix puissante, elle est une femme puissante. C'était un honneur de l'avoir pour mon entrée ». A ses côtés, John Kavanagh décrit le moment comme « iconique » et digne de la tradition des plus grandes entrées de boxe. Conséquence ou non, Conor McGregor remporte ce soir-là le titre poids-plume de l'UFC, ceinture qu'il détient toujours à l'heure d'affronter le boxeur Floyd Mayweather, pour un match qui pourrait lui ramener plus de 100 millions d’euros, et un statut incontestable de plus grand combattant du monde.

Parallèlement, Sinéad O'Connor se trouve quelque part dans le New Jersey, seule, malade et en proie aux tentations suicidaires. Sur un récent statut Facebook, elle a confié que son psychiatre est le « plus grand fan de Conor McGregor sur Terre » et qu'il lui a sauvé la vie pour qu'elle puisse « continuer à chanter pour ses combats », avant de lancer une bouteille à la mer virtuelle : « Conor, pourrais-tu lui envoyer un autographe ? ».