JE RECHERCHE
La vraie histoire de "The Time of my Life", le hit de "Dirty Dancing"

La vraie histoire de "The Time of my Life", le hit de "Dirty Dancing"

Trente ans presque jour pour jour après la sortie de Dirty Dancing, et donc de sa bande originale, très rares sont les fêtes de mariages, Bar Mitzvahs, bals de village ou tout autre type de sauteries, dans lesquels le préposé aux platines n'envoie pas « (I've had) The Time of my Life », avec le succès qu'il garantit sur la piste de danse. Retour sur la création d'un tube, un vrai.

Même si le scénario de Dirty Dancing a tout d'un film des frères Dardenne, avec une sombre histoire d'avortement et de licenciement injuste, il bénéficiera d'un happy end comme les Américains savent nous en offrir : Bébé (interprétée par Jennifer Grey) adolescente en vacances avec ses parents conservateurs et qui, grâce aux cours de danse du rebelle Johnny Castle (Patrick Swayze), deviendra une danseuse aguerrie capable de se déhancher sur tous types de tempos. Jusqu'à livrer l'une des scènes les plus cultes de l'histoire du cinéma, cette fameuse scène du « porté » placé en toute fin du film réalisé par Emile Ardino, au rythme d'une chanson toute aussi culte : « (I've had) The Time of my Life », interprété par Bill Medley et Jennifer Warnes.

Avant de remporter l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1987, la chanson a d'abord été le fruit d'un processus de création à plusieurs étages, comme le raconte John DeNicola, l'un de ses compositeurs. « Je travaillais avec Franke Previte sur des musiques pour son groupe de rock, Franke and the Knockouts, lorsqu'un certain Jimmy Lenner l'a contacté, rembobine celui qui était alors bassiste pour le groupe Flight, signé chez Motown. Il lui a demandé de tout laisser tomber, et d'écrire les paroles d'une chanson pour ce film, dont il était le directeur musical. Et comme j'étais là, Franke m'a demandé de composer une musique. » Pour honorer la commande, qui se doit d'être dansante, DeNicola ressent le besoin d'utiliser des machines qu'il ne possède pas, capables de programmer le beat idoine. C'est alors qu'il fait appel à son pote, Donald Markowitz, « qui, en plus d'être talentueux, possédait une boite à rythmes ». Le trio qui signera la chanson est alors formé. Markowitz et DeNicola composent une musique que ce dernier qualifie comme « inspirée d'un obscur titre des Blues Brothers, dont j'avoue ne plus me souvenir du nom, et de 'What a feeling', d'Irène Cara. Cela devait démarrer lentement, avant que le tempo n'accélère ». Previte reçoit la pépite, et la recette fonctionne tout de suite.

Il faut dire que Previte et DeNicola, qui ont déjà écrit « Hungry Eyes », une ballade également présente sur la B.O. de Dirty Dancing, se connaissent par cœur. « Cette première version de 'The Time of my Life' était très similaire à celle qui est présente dans le film, resitue DeNicola. La seule différence, c'est que Kenny Ortega, le chorégraphe du film, nous a dit que le tempo était un peu trop rapide. Donc nous avons dû le ralentir, ce qui n'était pas facile à l'époque. On pouvait ralentir la cassette, mais cela changeait toute la gamme. Nous avons donc tout réenregistré, hormis la batterie. » L'autre difficulté que rencontrent Markowitz et DeNicola : la durée de la chanson, imposée par le cahier des charges. Sept minutes, avec une section centrale faite de solos et de cuivres, pour laisser la place à un dialogue plein de miel entre Bébé, son père et Johnny. « J'ai eu l'idée de moduler vers le bas toute cette partie instrumentale, ce qui donne cette impression d'anticipation, l'impression que nous sommes en train de construire quelque chose, détaille un DeNicola assez fier de son coup. Cette accalmie est en fait en train de ramener la chanson dans sa gamme initiale. » Pour faire simple, c'est ce qui ferait danser un mort, à chaque fois que le morceau résonne.

« C'est bon, on a notre chanson »

Une fois la musique produite et les paroles écrites, le plus dur reste à accomplir : convaincre Emile Ardolino, le réalisateur, et Eleanor Bergstein, la scénariste du film, que « (I've had) The Time of my Life » est la chanson qui mérite de clôturer leur œuvre. Car DeNicola, Previte et Markowitz ne sont pas les seuls sur le coup. C'est même un amoncellement de cassettes, qui trône sur le bureau de la production, alors que le tournage débute sans que le choix ne soit arrêté. Les répétitions de la scène finale, tournée en premier, se font sur une chanson de Lionel Richie, uniquement destinée à donner le tempo. « A mesure qu'ils préparaient la scène, Eleanor et Emile ont écouté 150 chansons, raconte DeNicola. Et la notre était sur la dernière cassette. Quand ils l'ont entendue, ils sont tous devenus fous, et se sont dit : 'C'est bon, on a notre chanson'. Donc ils ont tourné la scène au son de la version démo. A ce moment-là, ils ont tous, Patrick [Swayze] en tête, ressenti qu'ils tenaient un bon film, maintenant que la scène finale avait été tournée, et que cela allait les motiver à tourner le reste de ce film que nous aimons et connaissons tous par cœur. »

Maintenant que la chanson a été validée par Patrick Swayze et l'ensemble de la production, un détail reste à régler :trouver le duo de chanteurs qui donnera vie à cet hymne à l'amour. Si Bill Medley, des Righteous Brothers, est rapidement choisi par la production, l'interprète féminine est plus compliquée à dénicher. Le trio de compositeurs insiste pour que Rachele Cappelli, qui a assuré la version démo de la chanson, aille au bout de l'aventure, mais c'est finalement Jennifer Warnes, qui collaborait alors avec Leonard Cohen, qui est l'heureuse élue. Suite à la sortie du film en 1987, « (I've had) The Time of my Life », en plus d'un Oscar, recevra un Grammy Award et un Golden Globe en 1988, sera repris plus ou moins maladroitement plus d'une vingtaine de fois, figurera au générique d'une cinquantaine d'autres films ou séries, sera visionné plus de 100 millions de fois sur Youtube, et massacré dans tous les karaokés du monde. Non, définitivement et depuis trente ans, « on ne laisse pas Bébé dans un coin ».