Greenroom

96h de pluie, de soleil, de larmes et d’amour aux Eurockéennes

 

 

 

 

Les orages devaient faire plier les Eurockéennes, mais les Eurockéennes ont tenu bon. Les nuages les plus menaçants ont détourné leur chemin. A l’inverse des festivaliers : 130.000 âmes ont bravé le cagnard, la pluie, et les saillies de Gojira, Justice, Arcade Fire, Phoenix, Solange et consorts à Belfort. Alors, ça a donné quoi, ces Eurocks ?

Jeudi, jour 1 :

15h : Après un violent orage à Paris, l’alimentation électrique de la gare de l’Est a un coup dans le nez. Les trains sont retardés voire annulés. Du coup, ça s’entasse dans le 14h22 direction Belfort et les Eurockéennes, pour un (pas toujours) joyeux bordel plein de civisme et de dialogue de toute beauté. Et des gens déjà en forme pour les Eurocks.21h15 : Avec tout ça, difficile d’arriver à l’heure pour PNL. Tous les collèges et lycées de la région semblent s’être mobilisés pour envahir l’espace face à la grande scène. C’est jeune, c’est vivant (limite plus qu’Ademo et Nos eux-mêmes…) et ça se déhanche sous 35°C. Observer ces centaines d’adolescents hurler en chœur les paroles de « DA » (« Bats les couilles qu’ces pédés m’aiment pas / Au fait moi j’ai les couilles de papa ») reste une expérience inoubliable.

21h50 : De l’autre côté du parc, à la scène de la Loggia, The Orwells restent dans la thématique et parlent de masturbation dans leur chanson « Vacation ». Le mélange des genres cher aux Eurocks commence déjà à faire ses preuves. Entre les multiples stands de bouffe et la découverte du site, la nuit tombe vite. Iggy Pop, lui, est plus que jamais debout. Iggy a beau avoir pris un peu d’âge (côté sosies, on a relevé les noms : Jennifer Aniston et Dr. House sont en pôle), « The Passenger », eh bien ça vous fait toujours quelque chose. Iggy est venu déballer tous les hits des Stooges et de sa carrière solo, pro, sans bavures. À part peut-être ce final les fesses à l’air. Encore que.

Vendredi, jour 2 :

16h30 : Le temps est encore clément et le public encore plus présent que la veille. Dans les coulisses, La Femme triche : en plein blind-test vidéo, Marlon est pris en flagrant délit de Shazam. Et Lucas, le batteur, entend écraser la concurrence avec un nunchaku. Ça pourrait marcher (réponse en vidéo dans quelques jours sur la page Facebook de Greenroom).

19h45 : En attendant, les punks anglais de Idles ont livré l’un des meilleurs concerts du festival. Avec l’une des superbes collections de looks des Eurocks : chanteur au regard de tueur en série, bassiste sosie d’Action Bronson, guitariste à moustache 70’s et pattes d’eph. Et avec un conseil avisé à livrer à la jeunesse dans la chanson « Queens » : « stop taking photos of yourselves ». La jeunesse en fera peut-être un tweet.

22h00 : C’est l’heure de dîner. La discussion décolle pour se stabiliser autour de la choucroute : « la clé, c’est le choix des saucisses. Quand il y a de la Morteaux, ça t’emmène. Le but d’une choucroute, c’est que ça t’arrache la gueule ». Niveau arrachage de gueule, justement, Gojira se pose là. Pyrotechnie et double pédale pour le meilleur groupe de métal français (du monde ? allez). Il faut dire qu’on peut difficilement faire plus efficace. Deux autres très grandes punchlines à mettre sur le compte du chanteur Joe Duplantier : « je veux voir un trou bien net… plus gros ! » et puis un mémorable « perso, je réfléchis beaucoup à l’instant présent en ce moment, c’est un truc important ».

23h30 : Post-Gojira, voilà le choix cornélien du vendredi soir : Gucci Mane ou Editors ? Nostalgie : 1 – Curiosité : 0. Rappelons-nous que Editors aurait pu devenir Interpol. Voire même Muse. Mais ce groupe a eu la mauvaise idée de s’appeler « les rédacteurs en chef ».

Samedi, jour 3 :

19h : Le samedi débute tout en douceur, avec deux groupes tout en coupes de cheveux : HMLTD et Her. On ne va pas se mentir, tout le monde attend le gros morceau, un certain B2O. 21h, Booba débarque sur la grande scène en mode gros ourson, histoire de bien « montrer qui c’est l’patron ». Ça enchaîne les hits comme les perles, Booba tape dans tout son répertoire, toute époques confondues pendant que le public, nombreux et dense, répond comme jamais. Pas de doute, le Duc de Boulogne demeure le roi du game.

23h15 : Après un petit détour par Explosions in the Sky (« pas mal cette musique d’attente de hotline Bouygues Télécom »), retour par la case « grande scène » et Dropkick Murphys. Drapeaux irlandais, cornemuses, accents imbitables. Mais grand moment punk et bon enfant. Une mise au vert, anyone ?

23h50 : Ce samedi soir se conclut parfaitement avec le coup de cœur du weekend : le r&b technoïde de Noga Erez puis le monumental concert de Justice. D’abord menacé par un orage, puis retardé de 25 minutes, le set des deux barbus en sortira en fait magnifié. Coups de tonnerre, éclair au loin, Justice n’aurait pu rêver meilleure mise en scène. Dans la navette du retour, personne n’a encore vraiment atterri.

Dimanche, jour 4 :

19h30 : Ambiance un peu plus éclectique le dimanche, avec le reggae canal historique de Protoje & The Indiggnation, le « rock du désert » de Groupe Doueh & Cheveu, l’électro colombienne de Diamante Electrico, El Freaky et Ghetto Kumbé et le multi-instrumentiste libanais Bachar Mar-Khalifé.

21h15 : Éclectique, donc éclaté. Cependant, tout le monde se réunira bel et bien pour Phoenix. Si leurs nouveaux morceaux consacrent la dolce vita à l’italienne, dans le public, c’est plutôt piscine de boue à l’anglaise. Le groupe mélange tubes de Listzomania aux morceaux de la première époque, c’est parfaitement calibré et la recette fonctionne à plein. Au même moment, Solange joue devant un drapeau géant du Japon. Entendu au détour d’une glissade : « je sens une poussée de véganisme monter en moi ».

22h45 : Côté Savages, sur la scène Greenroom, c’est un autre genre. Plutôt carré, saturé, et nerveux. Cela dit, heureusement que Marine Le Pen n’était pas présente : pourquoi diable Jehnny Beth s’adresse-t-elle au public en anglais alors qu’elle est née à Poitiers ? Hein ?

00h00 : Pas de chance pour Daniel Avery, programmé en même temps que Arcade Fire en clôture du festival. Un exutoire après quatre jours et trois (petites) nuits à évacuer sur les « oh-oh-oh » du groupe de Montréal. Qui a invité Patrice Bebey, samplé sur le single « Everything Now » en ouverture du concert. Le feu a donc chassé la pluie. Gros enchaînement des « hits » du groupe, jusqu’à un « Wake Up » final achevé sur un feu d’artifice d’une dizaine de minutes, accompagnés des « oh-oh-oh » du public et d’un Win Butler en coulisses pas vraiment décidé à lâcher le micro. Franchement ? C’était absolument magnifique.