Greenroom

48h de punchlines et de bains de soleil à We Love Green

Il y a certes des couronnes de fleurs et des bo-buns vegans, à We Love Green. Mais il y a aussi, et surtout cette année, une programmation solide. Damso, Justice, Nicolas Jaar, Flying Lotus, Anderson .Paak, ou encore Solange. Ce week-end, donc, pour la sixième édition du festival, nous avons lâché nos trois journalistes au Bois de Vincennes, armés de leur crème solaire et d’une perfidie toute relative, avec une consigne : laissez traîner vos oreilles. La meilleure punchine de toutes est venue d’un festivalier un peu fine bouche : « Moi, les normandes qui s’habillent en chiliennes pour un festival, ça m’intéresse moyen ». Prends ça, Damso.

 

Samedi, jour 1

14h00. Les premiers sons à émaner du festival : des éternuements. Le jeune urbain est souvent allergique au pollen. Il ne le sait pas encore non plus, mais aujourd’hui il va casser son PEL, transpirer, attendre, tomber amoureux d’un membre de L’Impératrice, apprendre à faire le V avec Damso, se perdre, sautiller avec Justice, refaire le monde au think-tank et se confectionner une couronne de fleurs.

15h30. Il fait bien 30°C et on découvre dans l’espace presse notre meilleur ami pour la journée : LE FRIGO rempli de BOUTEILLES D’EAU. En se penchant pour en saisir une, on peut entendre une bribe de conversation un peu plus loin : « Ben, ça dépend de quel influenceur tu es ».15h40. L’Impératrice débarque sur scène pour livrer l’un des premiers chouettes moments de la journée puisque la musique solaire de la bande se prête particulièrement bien au lieu. Parallèlement, on remarque chez les jeunes hommes autour de nous un coup de foudre unanime et collectif pour la chanteuse du groupe.

17h10. « You’re hot Paris ! » Les surfeurs de Parcels sont sur scène, tout de couleurs pastels vêtues. Rafraîchissement instantané pour le public de La Prairie et télétransportation immédiate pour le village de surfeurs de Byron Bay : sable tiède, soleil doux, eau fraîche. La funk de Parcels fait l’effet d’une pool party. Vacances avant l’heure au Bois de Vincennes.

17h35. Du côté de la scène de la Clairière, la chanteuse Abra débarque sur scène dans une robe transparente laissant entrevoir des croix noires scotchées sur sa poitrine. Si la performance est de haute qualité, difficile de se défaire de la seule question qui se pose vraiment : ça va pas être super douloureux à enlever, ce truc ?17h50. Deux mille degrés sous la tente multicolore de la scène Lalaland. C’est moite chez Agar Agar, gélifiant naturel signé chez Cracki Records pour la sortie d’un premier EP Cardan en septembre dernier. Ça sue sur fond de « I know you want me, come on dance with me, come on dance with me »… Aucun doute que ce qu’il se passe dans « Prettiest Virgin » se déroule également sur le dancefoor : « I wore the prettiest dress and I couldn’t wait to dance all night on the dancefloor ». Les prétendants sautillent sur les canapés défoncés, renversant leur gobelet sur le voisin. Il est 18h40 lorsque les dernières notes d’Agar Agar résonnent : le soleil n’est peut-être pas encore couché sur le Bois de Vincennes, mais dans la tête de tout le monde, ça y est, il fait nuit.

18h50. Aux premiers rangs de la scène de la Clairière, beaucoup de filles. Qui reprennent à tue-tête les paroles de Damso. Ce qui change un peu la donne puisque que l’on se retrouve à entendre des filles hurler des phrases comme « Sperme dans les yeux / l’amour l’a-t-elle aveuglée » ou « J’suis dans sa schneck t’es dans sa friendzone ».

19h30. Le frigo de l’espace presse n’a plus de bouteilles d’eau. Les journalistes sont en PLS.

21h. Solange débarque sur scène toute de rouge vêtue avec ses danseurs assortis pour un show parfait de la première à la dernière seconde, et particulièrement au moment de ses tubes « Cranes in the Sky » ou « Don’t Touch My Hair ». Entre les deux, on entend des « quand même, elle ressemble grave à sa sœur » ou des « non mais elle est trop belle quoi, c’est trop bien, on dirait sa sœur en plus roots ». On retrouve ensuite Solange en coulisses, le pas pressé ; roots ou non, elle crève visiblement de chaud et a hâte de se changer.21h50. Flying Lotus. What else, bordel ?

23h. La foule se presse à La Prairie. Les jeunes gens ont ressorti leurs gardes robes fluo kids de 2007. Appelés en urgence pour remplacer A Tribe Called Quest, Justice a répondu présent en toute simplicité : avec ses tubes, ses classiques, une scénographie toute en noir et blanc, cheveux dans les yeux. « We Are Your Friends », « D.A.N.C.E » et « Waters of Nazareth » fonctionnent encore comme en quarante. Et puis d’un coup, à minuit, silence. Sept minutes de noir. Les festivaliers s’en vont, essoufflés. Sauf que ce n’est pas fini. Justice revient sur scène devant une foule plus clairsemée pour un final « Audio, Video, Disco ». Et bonne nuit.

Dimanche, jour 2

14h. Tranquillement, les festivaliers se dirigent vers le Bois de Vincennes en ce dimanche de législatives. Il n’est plus question de se perdre aujourd’hui : chacun connaît désormais le bar le moins blindé et les prises disponibles comme sa poche. Jok’Air est en balance à La Prairie alors que les festivaliers commencent leur journée avec un bo-bun vegan pendant que résonne « La Mélodie des Quartiers Pauvres ».14h50. Pendant ce temps-là, dans l’espace think-tank se tient une table ronde : « Rapports de force au vivant, demain tous Vegan ? » On peut y entendre des phrases comme : « Les flexivores, levez la main ! » Ok, mais c’est quoi un flexivore ?

16h10. Après une petite sieste générale, tout le monde s’active vraiment lors du set de Petit Fantôme, qui envoie du jeu sous le chapiteau.

16h30. Entendu dans un coin de « l’espace artistes » : « Comment ça t’es jamais allé à Coachella ? »

17h. Amadou et Mariam montent sur scène tout de rouge vêtus, et la bonne humeur se fait contagieuse. Surtout quand le couple change son classique « Le dimanche à Bamako, c’est le jour du mariage » en « Le dimanche à We Love Green, c’est le jour du festival ». Ça danse dans les rangs encore un peu éparses de la foule. Médaille d’or de la phrase volée pour ce festivalier : « Moi, les normandes qui s’habillent en chiliennes pour un festival, ça m’intéresse moyen ».17h20. Ce devait être un sympathique blind-test Greenroom filmé en compagnie de François & The Atlas Mountains. Mais c’était sans compter sur David, clavier du groupe : Kendrick Lamar, les Rolling Stones, Future ? À chaque morceau, le type déclenche le buzzer au bout de deux secondes. « Je vous plie tous au blind-test quand vous voulez », dit-il à ses collègues. On rit, mais au fond, on rage. Encore moins de suspens que lors de la finale de Roland Garros.

17h30. À ce propos, pour la dixième fois de sa carrière, Rafael Nadal remporte Roland Garros en massacrant Stan Wawrinka en trois sets. À Vincennes, on se tient au courant du score comme ils peuvent. « Il a gagné Nadal ? »« J’en sais rien, j’ai plus de batterie ».

18h. Action Bronson vient d’arriver sur le site du festival et a l’air d’apprécier les charmes de notre pays, comme il le montre sur son Instagram.

18h40. « Au We Love Green, tout le monde est à gauche ! » Confirmation en image lors du concert de Camille.20h. Les résultats des législatives tombent, Action Bronson claque des danses du ventre entre deux couplets, pendant que sur l’autre scène, Anderson .Paak assure le show. Sans qu’on soit certain qu’il y ait là un lien de cause à effet, personne ne se tient au courant des résultat de l’élection et tout le monde suit les mouvements de l’homme au costume à rayures, qui maîtrise même la pole dance autour du pieds de micro. Chanteur, danseur, batteur : Anderson .Paak est bon à marier.21h20. Nicolas Jaar monte sur scène et déroule de la musique d’ambiance psychédélique, pas dansante pour un sou. D’abord pendant deux minutes, puis cinq, puis sept. La foule commence à s’interroger. Est-ce bien lui derrière cette épaisse fumée ? Trie-t-il quelques mails avant de lancer son set ? Pas comme Jeremy Underground, qui a oublié qu’il passait à 19h pour sortir son set de 4h du mat.

21h30. « Non mais il va envoyer là, tu vas voir ».

21h35. Du coup, on se souvient des législatives. « Qui a gagné les législatives ? »« J’en sais rien, j’ai plus de batterie ».

21h40. Ça y est, Nicolas Jaar vient d’envoyer des basses. Et c’est parti pour « Swim ».

22h20. On sait pourquoi le festival a décidé de programmer Moderat en clôture de ce We Love Green 2017. Pour une seule et unique raison : « A New Error ». Quel morceau de bravoure, quand même.