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Et la musique dans tout ça ? On a été sonder les candidats à la présidentielle

Et la musique dans tout ça ? On a été sonder les candidats à la présidentielle

La caution rap de Philippe Poutou

« Hé ouais 2017, On prend les mêmes et on recommence / Ecoute les parler tu verras l'visage de la finance ». Pas de doute, c'est bien Besancenot au mic'. Le 5 avril dernier, l'ancien porte-parole et candidat de la LCR puis du NPA a en effet surpris son monde en posant son flow sur « 2017 », un morceau d'un rappeur inconnu de St-Ouen l'Aumône, Ous-d-Ous. L'occasion pour lui de faire passer ce message anti-système que son compère du NPA, Philippe Poutou, incarnera lors du premier tour ce week-end. « A la base, on avait préparé une version light du beat pour son passage, détaille Ous-d-Ous qui a passé une journée en studio avec Besancenot, près de la place Nation à Paris. Mais il a refusé, il a dit : 'Je veux que ça fasse rap, je veux exactement le même beat que toi'. Il a mis sa cagoule, s'est mis en condition, on a mis le beat et il a kické. J'étais surpris, mais après on a discuté et c'est un vrai fan de rap, son téléphone est rempli de rap français et de tous les styles : conscient, hardcore, bling-bling... » Avec « 2017 », Ous-d-Ous voulait exprimer son ras-le-bol contre les scandales à répétition venus de la classe politique. Électronicien automobile dans la vraie vie et collaborateur de Seth Gueko depuis une dizaine d'années, il a contacté Besancenot pour donner une nouvelle légitimité au titre... et aussi faire un peu le buzz : « C'est du gagnant-gagnant, son featuring aide à faire tourner le morceau, et lui chope de l'attention médiatique quelques semaines avant les présidentielles » avoue-t-il, tout en rejetant une éventuelle accusation d'appel au vote Poutou. « C'est Besancenot qui a écrit son texte et j'avais peur qu'il fasse la promo pour son parti. Finalement pas du tout, il a bien compris l'ambition engagée mais non-étiquetée du son. » Le rappeur lui-même confesse être encore indécis dans son choix de vote, malgré une évidente sympathie pour l'ouvrier candidat du NPA, un homme qui « défend l'humain avant tout » et qui « connaît les souffrances du peuple ».

Le swag pyrénéen de Jean Lassalle

Si la campagne présidentielle était un télé-crochet, Jean Lassalle la remporterait haut la main. Du moins si l'on en croit Henri Pageolles, membre de la « Confrérie de l'Ordre de la Dive Bouteille de Gaillac ». Une confrérie placée sous le signe de la fête et du plaisir, et dont fait forcément partie l'épicurien Jean Lassalle. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Henri Pageolles ne regrette pas d'avoir assisté à l'intronisation du candidat : « Notre cérémonie est placée sous le signe de la convivialité, alors ce n'est pas rare de pousser la chansonnette. Mais Mr Lassalle, on ne pouvait pas l'arrêter ! Il ne s'est pas fait prier pour nous faire part de ses qualités : il a chanté en occitan les grands classiques pyrénéens avec grand talent, avec une voix hantée par le terroir où tout le monde retrouve ses racines, des hymnes à la nature et aux territoires très émouvants. Mais il a aussi raconté des histoires, avec un grand talent de conteur : le récit le plus anecdotique devient une épopée dans sa bouche ». Annie Pomery, une femme d'une soixantaine d'années de Labastide-Saint-Sernin, une commune de Haute-Garonne qui culmine à 1300 habitants, ne dit pas autre chose. L'été dernier, elle a eu la chance d'écouter le candidat centriste chanter sur scène : « Mr. Lassalle a vraiment une très belle voix. Moi, mon mari est musicien alors vous savez, j'aime les voix d'hommes. Et quand Mr Lassalle a chanté, j'ai eu des frissons partout ! »

Le festival de la dernière chance de Benoit Hamon

Ce 19 avril, sur la place de la République, c'est en musique que le candidat du PS tente d'inverser la tendance qui le donne à la traîne : outre les Aubry, Jadot et Vallaud-Belkacem, ce sont une dizaine de groupes qui sont en effet chargés de réchauffer la flamme chez les sympathisants de Hamon. En attendant, autour de 19h, comme depuis ses premiers meetings dans la campagne des Primaires socialistes, Benoît Hamon utilise « Prayer in C » pour chauffer son public, un tube électro-pop assez récent et à l'image de la stratégie musicale du candidat : jeune, dynamique mais rassembleuse. Oubliées les amours qu'il porte à NTM et au post-punk anglais, c'est plutôt avec des mots d'Abd-al-Malik que le natif du Finistère ouvre son discours du mercredi 19 avril, avant de faire enchaîner assez abruptement La Marseillaise et du Macklemore en guise de conclusion.

Au programme après le discours du candidat ? Entre autres, Tahiti 80, DJ Rag, Les Yeux Noirs, The AFM, Mokobe du 113, Romain Humeau de Eiffel et le leader de Kassav'. Pas forcément au summum du sexy, mais l'important est ailleurs selon DJ Rag. « La programmation était faite pour représenter les différentes communautés. Moi, il m'ont choisi parce que je suis lesbienne et que je milite pour les droits LGBT. Et puisqu'il fallait faire plaisir à tout le monde, j'ai dû leur envoyer mon set Soundcloud pour validation. J'allais pas passer de la techno hardcore, c'était pas l'endroit. » Autre son de cloche chez Lify de The AFM : « On a accepté parce qu'on aime la Place de la République et que le programme de Hamon n'est pas incompatible avec nos idéaux politiques. Par contre, on est arrivés dix minutes avant notre set, on est repartis vingt minutes après ». C'est pourtant le mouvement inverse que la plupart des sympathisants présents ont effectué : ils étaient environ 15 000 devant Hamon. Toujours Lify de The AFM : « C'était marrant, pour notre set, il y avait trois rangées devant complètement survoltées qui ont hurlé de joie dès qu'on a commencé à rapper en arabe. Par contre derrière, il n'y avait plus trop de vie, la place s'était bien vidée ». Il faut dire que Benoît Hamon aura été poisseux jusqu'au bout : à République, il faisait un sacré froid de canard.

La dépression de Jean-Luc Mélenchon

« J'étais le lézard de la bande, mort. Et puis un jour, je me suis levé, et j'ai dansé. Depuis je danse tout […] La chanson 'Alors On Danse' de Stromaé montre comment on peut se libérer de l'enfermement en soi par décision de joie, alors on danse ! » De manière surprenante, ce danseur libéré qui adore Stromaé, c'est Jean-Luc Mélenchon. Le 9 mai 2016, il se confiait à Mireille Dumas dans l'émission Politiques, ils connaissent la chanson diffusée sur France 3 au long d'un entretien guidé par la musique et cinq morceaux choisis par le candidat de gauche. Si le « Ma France » de Jean Ferrat n'a surpris personne (« A l'instant où je l'ai entendu, elle a pris possession de moi » déclare-t-il), un autre choix en a amusé plus d'un : le « Quelqu'un qui m'a dit » de Carla Bruni, épouse de Nicolas Sarkozy. Sa raison est par contre moins drôle. Déprimé par l'élimination de Lionel Jospin en 2002 en faveur de Jean-Marie Le Pen, il écoute alors cette chanson de rupture jouée avec douceur. Il justifie : « Quand on est dépression, on a envie qu'on vous chuchote, pas qu'on vous crie dessus ». Si le « Pauvre Martin, Pauvre Misère » de Brassens accompagne son engagement politique, la « Lily » de Pierre Perret permet au natif de Tanger d'aborder son statut d'immigré. « Arrivé en Normandie, j'ai commencé une carrière intéressante de bougnoule et de bigot, affirme-t-il. C'est un ressenti d'être mis à part qui permet de compatir au premier regard avec celui qui est mis à part. En ce moment il y a beaucoup de Lily sur les routes d'Europe. Je marche avec eux. »

Le coach vocal de Macron

La scène est connue de tous. Samedi 10 décembre, Emmanuel Macron, est en meeting à Paris. Costume bleu enfilé, l’homme se tient au milieu de la scène, il arrive vers la fin de son discours. Enivré. Trop. Il se met à hurler. « Ce que je veux ! C’est que vous ! Partout ! Vous allez le faire gagner ! Parce que c’est notre projet ! Vive la République ! Vive la France ! » Levé de bras christique. Clap de fin. Jean-Philippe Lafont, chanteur lyrique de registre baryton-basse, était sur place. La veille, le « monsieur communication » de Macron lui avait demandé de venir travailler l’oral du bonhomme. Raté. « Je lui avais pourtant donné des conseils avant le meeting, commence l’homme qui exerce depuis 40 ans. Il les a respectés les quinze premières minutes. La force de l’inexpérience devant des milliers d’aficionados qui hurlaient toutes les cinq minutes 'Macron, président !' ont eu raison de lui. » Le baryton se rappelle de leur première discussion. Autour de la musique, évidemment. Après tout Macron serait pianiste émérite, et vainqueur du 3e prix du Conservatoire d’Amiens, dans les années 90. « On a parlé de Schubert, de Wagner, des pianistes Brigitte Engerer ou Claudio Arrau. Il est très éclectique, il aime le classique comme le jazz ou les musiques d’aujourd’hui. » Un homme qui « aime un peu de tout », donc. Après le meeting de Paris, Jean-Philippe Lafont conseille au candidat de rectifier le tir avec des séances bien ciblées sur le souffle et la « prise de conscience de ne pas faire un discours trop rapide, trop volubile ». Mais aussi sur ses mouvements de corps. Il reprend : « J’ai dit à Emmanuel d’arrêter de trop bouger, de lever les bras tout le temps. Déjà parce que ça fatigue, parce que ce n’est pas élégant, et puis surtout parce que cela donne l’impression que la puissance de vos mots ne suffit pas et qu’il faut nécessairement y ajouter des mouvements pour leur donner du caractère. » Le temps est passé, les meetings aussi. Lundi dernier, Lafont était derrière Macron à Bercy avec 20.000 autres quidams pour son dernier grand meeting. Le maître se montre aujourd'hui satisfait de son élève. « Il s’est libéré intellectuellement, physiquement et vocalement, continue l'artiste. Il ne parle plus ni top haut, ni trop bas, il a réussi à trouver le médium. » Il conclut avec fierté : « Sa voix est élégante et d’une jolie qualité. Je pense qu’il pourrait joliment faire carrière dans la chanson. »

Les "brigades d'intervention artistique" de Jacques Cheminade

Elle en est persuadée, Jacques Cheminade a un regret. « Le regret de sa vie » ajoute-t-elle. Celui de ne pas avoir été chanteur. Faute de temps ou de talent ? Le temps, toujours le temps. « Il n’a pas eu l’occasion ou le temps de s’adonner à ce loisir », avance Odile Monjon, directrice de campagne du candidat. À l’écouter, Jacques Cheminade, en lice pour la troisième fois à l’élection présidentielle, aurait « le goût et l’oreille musicale très surs ». À défaut de pouvoir chanter, Jacques Cheminade compte imposer le chant à tout le monde. « Je fais l’introduction du chant choral à l’école dès le plus jeune âge une priorité absolue », écrit-il dans son programme. Car le chœur serait « le modèle réduit d’une société idéale, dans lequel s’apprennent l’écoute de l’autre et la connaissance d’une œuvre collective qui élève et dépasse la contribution de chacun ». En clair : la musique comme « meilleure arme contre la sous-culture synthétique de la violence et du sexe marchandise répandue aujourd’hui, qui détruit la capacité d’attention des jeunes ». Odile Monjion parle d’« urgence culturelle » et d'une volonté de redonner « un sens de l’optimisme », du « beau » car « la musique commerciale d’aujourd’hui joue sur des ressorts très primitifs » et « tendrait à infantiliser et abêtir les gens pour au bout du compte les dépolitiser ». Celui qui, à en croire la directrice de campagne, raffolerait du Quatuor des dissonances de Mozart, semble détenir la solution. « Il va promouvoir des 'brigades d’intervention artistique' », conclut-elle. Composées de musiciens, elles amèneront « la musique classique à une population qui ne la connaît pas ». Aux grands maux, les grands remèdes.

Le frère rebelle de François Fillon

Dominique Fillon fait partie de ces artistes qui s'exportent mieux en Asie que dans leur pays d'origine. Le Japon, en particulier, lui sourit. « Il y vend pas mal de disques, explique Caroline Bourgeois, responsable Copyright à l’Édition Raoul Breton. Le public là-bas est assez friand de jazz. Il a fait un album récemment, Akedo, avec sa femme Akemi. » Dominique Fillon ressemble de manière frappante à son grand frère, François : même traits, mêmes sourcils épais, même masse de cheveux grisonnants. Dominique Fillon le dit dans une interview dans L'Obs : « Si je mets la raie sur le côté, je suis mort ». Cela dit, la comparaison s’arrête là. Les deux frangins ont déjà quatorze ans d'écart. Et puis, Dominique est un musicien. Un jazzman. Dans sa jeunesse, il baroude dans les clubs parisiens, accompagne au piano Michel Fugain pendant cinq ans. Puis Bernard Lavilliers. François, de son côté, est déjà dans la politique, classé bien à droite. Dominique, lui, va jouer à la fête de l’Humanité et sort un CD titré Born in 68 en 2014. Pourtant en 2007, avec la sortie de son premier album, Détours, la scène française ne lui ouvre pas pour autant ses portes. Surtout dans les villes de gauche. On lui ferme les salles de concert et annule ses tournées. Mauvais nom, sans doute. Dominique Fillon n’en tient pas rigueur à son frère. Dans un entretien au Monde en 2012, il déclarait : « Ça n'a pas été simple, mais les avantages et les inconvénients de ma situation familiale commencent à s'équilibrer ». Avant de finir sur une fausse note : « Et je trouve de toute façon merveilleux d'avoir pour frère un mec comme lui, sans aucune casserole et droit dans ses bottes ! »