JE RECHERCHE
Nilüfer Yanya, trois chansons, beaucoup d'espoirs et deux histoires de vélo

Nilüfer Yanya, trois chansons, beaucoup d'espoirs et deux histoires de vélo

De l’autre côté de la Manche, la machine s'emballe pour une jeune anglaise aux chansons simples et touchantes teintées de jazz ou de pop. Son nom : Nilüfer Yanya. Les comparaisons qui tombent au sujet de cette jeune londonienne : Lianne La Havas voire même Björk. De passage à Paris pour le festival Les Femmes s’en mèlent, la jeune femme a pris le temps de retracer son parcours avec Greenroom avant de monter sur scène.

Si il y a bien une chose qui hante Nilüfer Yanya, c’est son vélo. Un beau VTT rouge et blanc, un peu âgé, que lui prêtait son petit frère lorsqu’elle allait travailler en tant que vendeuse dans une boutique de vêtements à proximité du quartier cossu de Chelsea à Londres. Surtout, un vélo qu’elle s’est faite voler très bêtement : enfoncée dans un canapé du cabaret Madame Arthur à Pigalle, la jeune Londonienne crispe son sourire. “Dans le quartier, on a un petit local commun pour mettre nos vélos entre voisins. Je l’ai posé là, avant de partir travailler, et quand je suis revenue, il n’y était plus. Comme quoi, Chelsea n’est pas si sûr que ça” ironise la jeune femme. Ce n’est qu’une année plus tard que Nilufer retrouvera trace du deux roues : en rentrant à pied chez elle, voilà qu’elle retombe sur le VTT rouge de son frère près d’un pont, laissé à l’abandon, sans selle, ni roue. “Ca m’a rendue un peu triste quand même”. Tellement triste que cet événement va lui inspirer une chanson. Un morceau pour évoquer les petits délits de la vie et des conséquences qui s'ensuivent. En apparence, rien de très original. A l’écoute du titre pourtant, Nilufer Yanya arrive à faire ce que beaucoup tentent sans jamais réussir : faire beaucoup, avec peu.

Nilufer Yanya passe sa jeunesse dans le quartier huppé de Chelsea à Londres : une vie bien rangée qu’elle compare à “un livre comme L’Attrape Coeur ou à un film de Sofia Coppola dans lequel il ne se passe pas grand chose” au magazine i-D. A voir la timidité affichée de la jeune fille, on pourrait le croire : ses réponses sont toujours courtes, concises, souvent accompagnées d’un rire un peu nerveux. Elle grandit au son du piano de sa mère et des notes de Saz - un instrument traditionnel turque - de son père, originaire du pays (Nilufer signifie Nénuphar en turc). Lorsqu’on essaye d’évoquer ses premiers souvenirs musicaux, elle baisse la voix. “J’étais très influencée par tout ce qu'écoutait ma grande soeur à l’époque” Elle regarde autour d’elle et rit un peu honteuse : “Du coup, j’étais fan de Blink 182”.

De Blink 182 à Miles Davis

En dehors des beugleries de Tom Delonge et ses potes, elle démarrer le piano à six ans, puis la guitare et le violoncelle à 12 ans. Tous les attributs d’une musicienne modèle. Le soir avant d’aller dormir, elle prends l’habitude d’écrire des paroles dans des cahiers. Elle rit : “J’avais 11 ans, tout ce que je faisais de ma vie c’était aller en classe. Je devais sûrement inventer des choses”. Un jour, sa grande soeur tombe sur un carnet grand ouvert sur son lit. “Je me disais “oh la la, elle doit penser que c’est vraiment naze”. En fait elle était super enthousiaste”. Alors la jeune fille se met à mettre ses textes en musique, tout en prenant des cours de songwriting sur son temps libre.

Entre des parents musiciens, la pratique de trois instruments, et les classes de songwriting, Nilufer Yanya affiche le CV d’une élève modèle. Une initiation musicale extrêmement scolaire et académique qui pourrait expliquer l’enthousiasme qui règne aujourd’hui autour de ses chansons : “J’essaye d’un peu sortir du simple son indie à guitare qui est un peu ennuyant à force, ça a été fait et refait” affirme-t-elle. “J’écoute des choses différentes, et ensuite je bricole avec ma musique”. La raison pour laquelle on remarque des sonorités jazz sur le refrain de son deuxième morceau “Keep On Calling”? “Depuis mes 16 ans j’écoute régulièrement du Chet Baker ou du Miles Davis.” Une élève modèle on vous dit.

nilufer_greenroom-4
Durant toute l’interview, une attachée de presse dédiée à la jeune londonienne pianote sur son clavier d’ordinateur au fond du bar sans interruption. Auparavant, plusieurs managers ont aussi bataillé pour lui proposer un contrat. Et le NME, DIY Magazine ou i-D ont déjà acclamé la jeune Londonienne de 21 ans, allant même jusqu’à la présenter comme une des “artistes à suivre en 2017” sur Line Of The Best Fit ou un “rêve total” dans i-D.  Un engouement caractéristique de la presse britannique qui fait souvent plus de mal que de bien : les Palma Violets ou The Vaccines s’en souviennent.  La jeune fille soupire : “Avec internet je fais attention : tous les jours, on nous présente un nouvel artiste favori, un nouveau morceau favori, ça perd de sa valeur. Je préfère prendre un peu de recul et ne pas trop y penser”. Avant d’ajouter : “De toute façon je continuerais à faire de la musique avec ou sans succés”.

D’ailleurs, Nilufer Yanya a d’autre projets en tête : au moment de notre rencontre, c’est en Grèce qu’elle s’apprête à partir. Déjà l’an dernier la jeune file s’envolait 16 jours à Athènes pour organiser des ateliers d’art avec des jeunes dans un camp de réfugiés. Comme pour Blink 182, une idée venue de sa grande soeur. “Elle était déjà allée sur place pour un documentaire il y a quelques temps. Elle m’en a parlé et on s’est dit qu’on aurait bien aimé apporter un peu de notre aide, à notre manière”. Au contact des enfants, les deux soeurs Yanya et leur mère réalisent des cours d’art plastique avec des enfants réfugiés. “Je n’avais jamais fait ça avant, et c’est vrai que ça m’a marqué. Maintenant quand j’ouvre un journal je ne peux pas être indifférente. C’est pour ça que je voulais y retourner. Mais avec la musique, je ne vais pouvoir rester que 6 jours cette fois-ci…” regrette-t-elle.

Malédiction des vélos

Musique, presse, tournées, volontariat... Un parcours déjà impressionnant qui l’est d’autant plus quand on sait que Nilufer Yanya célébrera son 22eme anniversaire (seulement) le mois prochain. Et comme elle le confie avant de partir, elle l’espère plus réussi que celui de l’an dernier : “Pour mes 21 ans mes parents m’ont offert un vélo”. Encore un. “Et croyez le ou non, le mois dernier, en rentrant d’une course… on me l’avait volé. Pourtant je l’avais bien attaché, avec un antivol, mais ils avaient carrément enlevé une roue”. Une pause et un petit éclat de rire étouffé : “Je crois que j’ai clairement un problème avec les vélos”.