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"Either/Or" : l'histoire orale du disque qui a tout changé pour Elliott Smith

"Either/Or" : l'histoire orale du disque qui a tout changé pour Elliott Smith

Pour Elliott Smith, il y a eu un avant Either/Or, troisième album sorti en février 1997. L’avant ? Le Portland souterrain, les publics qui parlent pendant ses concerts. Et puis, il y a eu un après : signature en major, Oscars face à Céline Dion, addictions en tout genre, grosse fatigue et disparition, en 2003, a seulement 34 ans. Deux décennies après sa sortie l'album charnière du songwriter américain fascine toujours. Et ceux qui ont vécu cette histoire en direct ont encore plein de souvenirs à raconter sur un des meilleurs disques des 90's.


Dorien Garry (amie) : Mes meilleurs souvenirs d’Elliott Smith datent de l’époque de la création de Either/Or. Ce furent les plus belles années de notre amitié, avant qu’Elliott ne commence à lentement dériver dans une sorte d’obscurité.

Sam Coomes (bassiste de Heatmiser, le groupe d’Elliott Smith de 1991 à 1996) : A cette époque, il était promis à un bel avenir, toutes les portes lui étaient ouvertes. Mais celles-ci sont devenues de plus en plus étroites, jusqu’à se refermer sur lui.

Tony Lash (batteur de Heatmiser) : Elliott avait un sacré sens de l'humour, surtout quand on était dans le van en tournée, un humour très… obtus. Je ne vois pas d’autre mot pour le décrire ! C’était un mec bien plus déconneur qu’on ne le croit. Je me souviens d’une virée en voiture à Portland à écouter du John Lennon. On l’adorait, évidemment, mais il s’est mis à se moquer de quelques solos de guitare qui sont, je l’avoue, cocasses. On se marrait comme des fous sur des foutus solos de guitare...



Larry Crane (ingénieur du son, ami et archiviste d’Elliott Smith) : Il avait la tête sur les épaules. Je ne l’ai jamais vu dans un état d’incapacité. C’était un gars très pris, mais il aimait prendre du bon temps. Alors oui, il a souffert d’une dépression et doutait de lui-même parfois… mais comme tout le monde, non ?

1996. À quelques kilomètres de Seattle, l’épicentre de la déflagration grunge, Elliott Smith joue encore dans Heatmiser, un groupe de rock à tendance bruitiste qu’il a monté avec des potes de fac. En parallèle, il connaît déjà un succès local en solo grâce aux albums Roman Candle et Elliott Smith...

Tony Lash : La scène musicale de Portland était fantastique à cette époque ! Les gens étaient curieux et les salles de concert nombreuses. L'une d'entre elles était assez grande en plus d’être excellente : La Luna.

Larry Crane : C'est à La Luna qu’Elliott a rencontré sa petite amie Joanna Bolme, elle était serveuse là-bas. C’est l’une des meilleures personnes à avoir croisé sa route. Quand j’écoute « Say Yes », la chanson qui clôture Either/Or, je pense toujours au quartier de Joanna et à ces deux-là en train de prendre leur petit-déjeuner sur le perron de la maison. Ils n’arrêtaient pas de glousser.

Sam Coomes : Elliott ne rentrait pas vraiment dans le moule de Portland et ce côté : "Nous sommes fiers, nous sommes des outsiders". Déjà, personne d’autre dans le monde punk/underground ne jouait comme lui - le songwriter acoustique. Et pourtant, il traînait dans les mêmes clubs punk que le reste d’entre nous. C’était assez unique.

Tony Lash : Quand il a fini la fac, Elliott était plutôt attiré par les groupes bien agressifs et bruyants. Ceux de la scène de Washington DC principalement : les Bad Brains, Minor Threat, Fugazi... Il aimait bien reproduire ce son, mais quand il a enregistré Roman Candle, il a compris que sa voix correspondait mieux à une musique plus calme. Il chantait mieux lorsqu'il n’avait pas à hurler au-dessus d’un mur de son. Ce qui explique certaines tensions de l'époque : au moment où on enregistrait ce qui allait devenir l’ultime album de Heatmiser, Mic City Sons, Elliott préparait dans son coin Either/Or.

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Sam Coomes : On a eu pas mal de disputes. Tout le monde savait que c’était la fin du groupe avant même que l’album ne sorte et qu’on ne termine la tournée promo. Entre nous, c’est devenu assez étrange.

Larry Crane : Elliott pouvait être passif-agressif, il ne rendait pas les choses faciles. C’était le genre de mec à exiger pas mal de trucs, mais sans jamais prendre les décisions pour les obtenir. Ce qui a creusé un gouffre entre lui et Tony.

Tony Lash : Il était frustré et je ne comprenais pas pourquoi. Il voulait prendre toujours plus le contrôle sur le son et les chansons. Pour lui, Heatmiser était devenu plus une obligation qu’un plaisir. Son envie de sortir ses propres disques était de plus en plus pressante.

Rob Schnapf (producteur de Mic City Sons et Either/Or) : Elliott avait déjà sorti deux albums solo où il n’avait aucun compromis à faire. À l'inverse, dans un groupe, il faut aller dans le même sens. En solo, il avait la possibilité d’être le capitaine de son propre navire et de se mettre au service de ses seuls mots. C’est ce qui importait le plus pour lui.



Rob Schnapf : Souvent, il s’asseyait dans un bar, commandait un verre et écrivait sur son carnet, voire sur des serviettes en papier. Il scrutait les visages des clients, écoutait leurs conversations et imaginait leur vie pour ses paroles. Toutes ses chansons n’étaient pas autobiographiques.

Dorien Garry : Ca lui est arrivé de me raconter un jour toute l’histoire exacte d'une chanson. Et alors ? Le lendemain, pour la même chanson, il expliquait qu’il n’y avait en fait aucune histoire, que ce n’était qu’une succession aléatoire de mots. Mais avec le recul, certaines paroles résonnent avec sa personnalité. Dans “ »Between The Bars », il dit « People you've been before that you / Don't want around anymore / That push and shove and won't bend to your will / I'll keep them still ». Ce qu'il veut dire, c'est qu'au fil des années et de ses addictions, il a écarté pas mal de monde. Je ne pourrais pas dire si c’était une confession ou non, car Elliott était rusé et magnifiquement manipulateur. Je crois quand même qu’au final cette chanson parle bien de lui.



Larry Crane : Les jeux de mots de « Between The Bars » sont excellents. Les « bars » désignent-ils les barreaux d'une prison, ou les pubs, ou même peut-être un adultère ? C’est comme « Needle In The Hay », une autre chanson très drôle, où il parle de « marks », qui peuvent être autant les marques laissées par une seringue, qu’une cible ou même de bonnes notes à l’école. La chanson marche sur trois, quatre niveaux d’interprétation. Either/Or est un très bon exemple de l’importance du son en résonance avec les mots.

Tout le long de l’année 1996, Elliott Smith compose et enregistre son troisième album solo entre Portland et Los Angeles, entre la cave de sa copine et les studios de Rob Schnapf, producteur déjà connu pour son travail sur le tube planétaire de Beck, « Loser ».

Rob Schnapf : Grâce à Margaret - ma femme et sa manageuse - je suis devenu ami avec Elliott. Il sortait à Los Angeles de temps à autre, on se retrouvait à la maison, il restait dormir parfois aussi. On discutait de pas mal de choses, je me souviens qu’il adorait la chanson « Pay No Mind » sur l’album Mellow Gold de Beck (aussi produit par Rob Schnapf). Et puis enregistrer, c’était son truc, il s'intéressait au matos, à tout l’envers du décor. J’avais déjà produit le dernier album de Heatmiser, et à ce moment-là, Elliott enregistrait ses nouvelles chansons en solo, dans le sous-sol chez Joanna Bolme, sa copine. Il m’a appelé pour savoir si Tom Rothrock (producteur associé à Rob Schnapf sur Kill Rock Stars) et moi pouvions aider. Donc on a fait Either/Or ensemble.

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Larry Crane : Un jour, Elliott est venu en soirée chez moi. C’était l’été 1996, on était dans le jardin, et il me dit : « Hey, j’ai entendu dire que t’avais un studio d’enregistrement dans ton sous-sol ! » On est descendu tous les deux pour qu’il voit comment c’était. Direct, il a lancé : « Oh ! T’as la même table de mixage que moi, la Tascam 38 ». C’est là qu’il a ajouté : « La mienne est foutue, je dois la faire réparer, mais il me reste une piste voix à enregistrer sur cette chanson avant de bosser dessus avec Rob Schnapf et Tom Rothrock en Californie ». C'était ce genre de moment où tu parles à quelqu'un en sachant pertinemment qu’il ne prendra jamais la peine de te rappeler. Pourtant, la semaine suivante, je reçois un appel d’Elliott que me dit juste : « Je peux venir enregistrer un truc ? » On a bouclé les pistes vocales de “ »Pictures of Me ». Il avait une demi-intro, et la moitié de la mélodie sur deux pistes. Pour la voix, on en a fait six pistes. Il y avait la piste principale, on l’a doublée, les harmonies, doublées aussi, et enfin une autre piste instrumentale. Doublée, encore. Ça s’est fait sans douleur. J’ai surtout réalisé que chacune des pistes était incroyable !

Tony Lash : Quand il était à l’université dans le Massachusetts, il rentrait l’été et on bossait sans relâche sur nos projets. J’ai été témoin de sa progression. Ça se voyait dans ce qu’il tentait, dans ses goûts. Il a vachement appris sur la construction de chansons, sur l’art de la structure, de la composition. Ce sont des années et des années de boulot. Quand on voit le résultat qu’est Either/Or, c’en est bien la preuve.



Rob Schnapf : Je me souviens avoir travaillé sur « Speed Trials » et « Big Nothing ». J’accélérais le rythme sur la boîte de mixage avec les deux pistes de guitare. Une cadence plus rapide donc, que je ralentissais ensuite pour que ça sonne plus rond. C’était le genre de petites expériences qu’on tentait, inspirées par les Beatles, en jouant avec la vitesse de l’enregistrement. Et quand on a fait « Say Yes » et « Between the Bars », on avait l’impression de transcender les genres musicaux. Ces chansons étaient presque hors du temps, elles étaient géniales et ce peu importe la vibe grunge des années 90. On s’en foutait de tout ça, car on avait quelque chose de spécial entre les mains. Ça transperçait les vitres, les enceintes, c’était tellement réel ! Honnêtement, ma réaction, c'était juste un « wow ». « Ça » vient de se produire ! Ce qui était encore plus cool, c’était qu’une fois l’enregistrement bouclé, je lui disais « ok, maintenant on double ». Il se lançait comme ça, en live, puis doublait le rythme en direct. C’était balèze. Il était aux commandes. Contrairement à la légende, on s’est bien marré en accouchant de cet album.

Larry Crane : Un jour, Neil Gust (un membre du groupe Heatmiser) m’a sorti : « Tu imagines donner des ordres à Elliott dans un studio ? » Tous les deux, on a été dans cette situation avec Elliott, et on sait l’un aussi bien que l’autre que c’est risqué, juste impossible. Tu suggères, tu tentes d’aider, mais tu ne te mets pas en travers de sa route. Il fait ce qu’il veut ! C'étaient des journées productives, agréables. On se faisait quelques sessions d’enregistrements, et ensuite on allait se détendre. Des fois, on sortait voir un concert de tel ou tel copain.

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Rob Schnapf : Elliott n’était pas tout à fait confiant. Un soir, on a écouté l'album en entier dans ma voiture, garée dans l’allée de ma maison. Il hésitait encore sur quelques chansons, il ne savait pas s’il devait tout jeter ou en garder certains passages. Alors, on a ajouté « 2:45 » et « Rose Parade » à la tracklist. Instantanément, on s'est dit « voilà c’est bon, maintenant ça vaut le coup ».

Dorien Garry : A ce moment-là, tout allait bien. Il était fier de l'album, et plutôt heureux de répondre aux questions des journalistes. Il n’y avait aucun signe de la paranoïa qui allait émerger ensuite. Il parlait surtout à des gens de fanzines, et des journaux étudiants. C’était le genre de personnes avec qui il partageait des intérêts communs. Il ne se sentait pas menacé par eux. C’était une période délicieuse, je crois bien qu’il était excité et impatient de voir ce qui allait lui arriver avec Either/Or.

Either/Or sort le 25 février 1997 sur le label indé Kill Rock Star (Sleater-Kinney, Bikini Kill…). Les critiques sont élogieuses et le disque dépasse les frontières de la seule scène de Portland. Au même moment, le réalisateur Gus Van Sant boucle son film Good Will Hunting qui connaît un succès inattendu lors de sa diffusion en décembre 1997, notamment grâce à sa bande originale où l’on retrouve plusieurs morceaux de Either/Or, ainsi que l’inédite « Miss Misery », nominée aux Oscars 1998 dans la catégorie « Chanson Originale de l’Année ».

Rob Schnapf : Gus Van Sant vivait à Portland, et si je me souviens bien, il était ami avec Neil Gust, donc forcément il connaissait Elliott, il avait même dû découvrir sa musique avant de réaliser Good Will Hunting avec Matt Damon. En tout cas, il a été très touché par Either/Or, c’est pour ça qu’il lui a demandé de composer un morceau pour le film.

Larry Crane : Ce qui est drôle, c’est que « Miss Misery » n’était pas du tout écrite pour le film. Bon, pour les Oscars, on a dû dire que c’était le cas. Elliott avait terminé Either/Or depuis un moment, et préparait d’autres chansons. Les mois suivants, c’était tout le temps « ah Elliott doit partir en tournée. Tiens, il est de retour. Ah, et d’ailleurs il doit écrire une chanson pour Gus Van Sant ! » On a tout donné sur « Miss Misery » dans mon studio Jackpot! Recording - construit en partie avec Elliott. Les instrus d'abord, et ensuite la piste de chant. C’était assez étrange de le voir jouer cette chanson aux Oscars, alors qu’on l’avait enregistrée tous les deux chez moi.

Sam Coomes : Ce soir-là, je bossais dans un vidéoclub, et je regardais la cérémonie d’un œil tout en louant des films aux clients. J’avais l’impression qu’il n’était pas à sa place. Tout ce glamour d’Hollywood ne valait pas vraiment le coup.

Rob Schnapf : Il portait son costume Prada blanc ! Pendant la soirée toutes ces superstars faisaient leur numéro, et puis Elliott est arrivé sur scène. Pour moi ce genre de scène ça voulait dire: « On a gagné ». Quand je dis « on », je parle du « on » qui aime la musique. Ceux pour qui la musique n’est pas secondaire, ceux qui ont d'énormes collections d’albums, et qui écoutent aussi les paroles. Ce moment aux Oscars, c’est la preuve que ce n’est pas seulement le marketing qui l’emporte, ou le fait de faire partie du système commercial.



Dorien Garry : Quand il en parlait ensuite, il était un peu doux-amer. Très Elliott, finalement. Il était obsédé par le fait que Jack Nicholson était juste là, en face de lui, en train de le fixer. Il ne s’en remettait pas, il trouvait ça fou. Ah oui, et aussi que Madonna avait l’air d’une sacrée pétasse. Elle avait vraiment une attitude de merde quand elle a présenté Elliott à la cérémonie, c’était bizarre. En discutant après, on se marrait sur la nullité de Madonna. Ces blagues duraient encore longtemps après les Oscars. Pour faire passer la pilule, on imitait l’homme zèbre du documentaire Heavy Metal Parking Lot (de Jeff Krulik, sorti en 1986, ndlr) en répétant que Madonna n’était qu’une connasse. Le sac cadeau remplis de broutilles des Oscars a été envoyé chez moi d’ailleurs. On a tout trié avec Elliott, c’était énorme. Il y avait une casquette de baseball estampillée « Oscars », c’était absurde. A l’intérieur, il y avait surtout de la merde, et des coupons de réduction pour des matelas de luxe. Voilà ce qu’ils t'envoient quand tu chantes aux Oscars ! Maintenant, je préfère repenser à toutes nos blagues sur ces daubes plutôt qu’à la spirale qui a balayé Elliott après cette performance.

Larry Crane : Ça dû donner un coup de pouce à sa carrière, mais pas du tout à sa vie. Le foutre sur la scène des Oscars comme un personnage de dessin animé, dans son costume blanc, à jouer une chanson triste alors les gens beuglaient à propos du Titanic qui coulait et la chanson de merde qui allait avec... il avait l’air d’une sorte de blague vivante. « Regarde, il porte un trois pièces blanc, il a l’air tout stressé. Haha. » C’était pas le meilleur contexte pour un talent comme le sien. D’un côté, je peux voir ça comme la percée des nos potes et moi à l’intérieur du monde bien bizarre de l’entertainment. Sauf que de l’autre côté, ça ressemblait quand même à une caricature.

Dorien Garry : Cette soirée laissait entrevoir ce qui allait se passer ensuite. Je pense que d’une certaine manière, cette nuit-là, je savais que plus rien ne serait comme avant. Et j’avais raison.



Rob Schnapf : Quand ma femme Margaret est devenue manager d’Elliott, les gens se demandaient : « Un autre singer-songwriter, pour quoi faire ? » Une année est passée, Either/Or est sorti, et tout le monde se dit « Oh mon dieu Elliott Smith, quel génie ! »

Larry Crane : A Portland, certains disaient déjà qu’Elliott n’était « plus des nôtres »...

Rob Schnapf : Je me rappelle d’un concert au Brownies, une salle de Manhattan. Elliott était en formation acoustique, en solo, et tout le monde s’est tu. La salle était pleine mais on pouvait entendre une mouche voler, personne ne disait un mot. C’était incroyable, Elliott avait vraiment tout cassé. C’est là qu’on s’est dit « ah ouais d’accord, les hipsters de Manhattan sont au courant ».

Larry Crane : Elliott se sentait parfois gêné de ce succès. Il râlait. Un jour, je l'ai attrapé, j'ai posé son cul sur une chaise de mon studio et je lui ai dit « Va te faire foutre ! Tu as tout ce que tu veux à ta disposition, tout ce dont rêvent tous les musiciens, les gens attendent que tu leur écrives des chansons, que tu sortes des albums, alors arrête de te plaindre en prétendant que tu ne veux pas y faire face, tu me rends fou putain ! »

Dorien Garry : Après sa tournée nationale en promotion de Either/Or, Elliott a dû partir de Portland. Il s’était séparé de Joanna et les deux avaient décidé conjointement de quitter la ville suite à leur rupture. Il a choisi New York, où je vivais, et m’a demandé s’il pouvait dormir chez moi quelques temps. Il a débarqué le jour de mes 21 ans : à partir de ce moment, je n’ai plus passé une seule journée sans m’inquiéter pour lui. Il aimait bien New York, mais il avait le cœur brisé et ce poids ne l’a plus quitté. Elliott était mon meilleur ami, mon grand frère, mais il avait besoin de plus en plus de soutien au fil du temps, soutien que je n’étais plus capable d’apporter. J'ai mis un petit moment à réaliser que j’étais impuissante.

Tony Lash : Quand j’entendais parler d’Elliott après son départ de Portland, c’était surtout dans des discussions qui concernaient toutes les merdes qui le pourrissaient de l'intérieur. Un soir de 2003, je suis rentré à la maison et plusieurs messages vocaux m’attendaient. Elliott était mort, et je me souviens que je n’étais pas si surpris que ça…



Dorien Garry: Lundi dernier, je faisais mes courses et « Baby Britain » d’Elliott a démarré. Mes yeux se sont emplis de larmes. Mon fils de deux ans m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit que notre chien décédé l’année dernière me manquait : c’est ce que je lui dis à chaque fois que je pleure. Il ne comprend pas encore la mort, il pense que notre chien est sur la Lune maintenant. Ce n’était pas vraiment un mensonge, je ressentais aussi un sentiment de manque. Et puis je me suis mise à rire, car dans ma tête, j’ai entendu Elliott me dire : « What the fuck ? Ma musique passe dans les supermarchés maintenant ?! »