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D’ado isolé à ambassadeur de luxe : reportage dans le Toronto de Drake

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Il est le rappeur que tout le monde aime. Pourtant, il n’en avait, a priori, aucun des attributs : avant de devenir une star planétaire et de s’afficher avec Rihanna, Serena Williams ou Nicki Minaj, Drake a longtemps été Aubrey Graham, un gamin canadien issu de la classe moyenne, sans histoire et qui s’est d’abord fait connaître comme enfant acteur dans une sitcom sirupeuse. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? Ceux qui ont connu le Drake de Toronto racontent.

La rencontre ne devait durer que 30 minutes, pas plus. Un rendez-vous relativement long quand on connaît les emplois du temps surchargés des deux hommes. Lorsque John Tory, maire de Toronto, ouvre la porte de son bureau au sommet du City Hall, il s’attend à l’habituel protocole. « Vous savez, quand on dirige une ville de cette ampleur, on reçoit souvent des célébrités, resitue le plus haut dignitaire de la cinquième ville d’Amérique du Nord. Généralement, ça dure dix minutes, puis elles commencent à regarder leur montre parce qu’elles ont envie de déguerpir. » Son visiteur du jour ne jette pas un seul coup d’œil à l’horloge. Au contraire. « On a passé une heure et demie à discuter, raconte Tory. J’avais en face de moi un garçon très sensible, concerné par sa ville, plein de maturité. Il m’a tout de suite dit qu’il voulait s’investir pour aider les jeunes du coin. » Ce jour-là, le maire découvre ce que représente Toronto pour son visiteur. Il faut dire qu’Aubrey Graham, mondialement connu sous le nom de Drake, y a vécu toutes les montagnes russes de sa vie de superstar : les espoirs, les doutes, les échecs, et surtout le triomphe. Rarement pop star aura autant été liée à une ville que Drake à Toronto. Point d’orgue de cette union : en février dernier, à l’occasion du All-Star Game réunissant les meilleurs joueurs NBA, Drake recevait des mains de John Tory les clés de la ville sur le parquet du Air Canada Center. « Cela me paraissait légitime de lui accorder cette reconnaissance. Drake a une stature internationale, c’est une source d’inspiration pour les jeunes d’ici, et il donne énormément à la ville. Il en parle constamment en bien dans les médias. Un élu ne peut pas rêver mieux que ça », justifie John Tory. Il faut dire que la dernière star de Toronto s’appelait Rob Ford, l’ancien maire complètement dysfonctionnel.

En faisant constamment référence à la ville dans ses interviews, ses chansons, ses réseaux sociaux, Drake apparaît comme la meilleure agence de voyage de la région. Selon Tory, son aura dépasse le simple cadre de la musique. « Pour le tourisme, évidemment, ça a déjà un effet, mais aussi pour l’immigration, en attirant de nouveaux habitants dans notre ville. Et pourquoi pas, l’économie : si les investisseurs voient que Toronto est un endroit chaleureux pour des artistes internationaux, cela peut aussi jouer dans la balance des négociations. » Les chiffres ne mentent pas : hasard ou coïncidence, Toronto enregistrait au moment de l’explosion de Drake un nombre record de visiteurs avec 14,3 millions de touristes en 2015. L’agence Zénith Optimédia estime que Drake a carrément offert 300 millions de dollars de visibilité à la ville. L’un des points culminants de cette « campagne » a eu lieu le 25 avril dernier, lorsque le rappeur a dévoilé la pochette de son album Views, sur laquelle il trône, seul et pensif, au sommet de la CN Tower de Toronto, sixième plus haut édifice du monde, sur son compte Twitter, assortie de ce commentaire : « À cette ville et à tous ses gens que j’aime… merci pour tout. »

« Comme Eminem dans 8 Mile »

En ville, chacun se souvient pourtant des galères de l’enfant acteur qui voulait devenir rappeur. Ce jeune homme au sourire de gendre idéal qui roulait sur la highway à six voies de Toronto au volant d’une Acura. « Personne ne le soutenait à l’époque, soupire son vieil ami Byram « Beatchild » Joseph. Ni les radios ni les musiciens du coin. Toronto est une ville très dure pour les artistes : il n’y a pas de fans, que des musiciens. » Rich Kidd, beatmaker à l’origine de certains des premiers morceaux de Drake, fait le parallèle avec Eminem : « Il a fait comme Eminem dans 8 Mile, il a bossé jusqu’à ce que ses ennemis d’hier finissent par le respecter. » Son biographe, Dalton Higgins, assis sur le parvis de la mairie de Toronto, développe : « Drake était un enfant acteur, canadien et juif dans un genre musical majoritairement noir et chrétien. Il était issu de surcroît d’un quartier riche de la ville : tout ce qu’il faut pour ne pas être pris au sérieux. » Il jette un œil aux lettres géantes formant un T-O-R-O-N-T-O multicolore devant l’hôtel de ville, et conclut : « S’il fallait résumer sa carrière en une phrase, ce serait : ‘Je vous l’avais bien dit.’ »

Forest Hill, nord de Toronto. Une enfilade de villas au gazon d’un vert impeccable, où quelques dames en casquette à visière de golf promènent des chiens de race. C’est dans cette zone résidentielle paisible que grandit Aubrey « Drake » Graham à la fin des années 90. Un quartier opulent, dans lequel l’adolescent à coupe afro ne se sent pas forcément à sa place. Drake vit au sous-sol de la maison louée par sa mère, Sandi, juive, blanche et institutrice. Son père, Dennis, batteur afro-américain aux mœurs légères, plusieurs fois incarcéré pour de supposées affaires de drogue, a quitté le foyer familial quelques années plus tôt pour retourner vivre à Memphis, dans le Sud des États-Unis. À Forest Hill, Aubrey fréquente le collège local, un grand bâtiment en briques marron où viennent étudier les enfants fortunés du coin, pour la plupart fils de patrons habitués des déplacements en jet privé. Parmi eux, Jacob D. Stein, l’un de ses meilleurs amis depuis la sixième. « Aubrey se sentait un peu différent, se souvient Stein, l’air désolé, engoncé dans une chemise à carreaux bien repassée. Le fait d’être l’enfant d’un mariage mixte, avec des parents divorcés, ça l’affectait profondément. Il n’avait pas le même bagage familial et culturel que les autres. Et ils le lui faisaient bien sentir en retour ! »

En 2010, Drake confiait au magazine Heeb s’être fait régulièrement traiter de « schvartze », insulte yiddish désignant une personne noire. Aubrey n’a alors qu’une ambition : devenir l’un de ceux que les autres garçons jalousent et que les filles convoitent. Comme le pionnier du rock’n’roll Jerry Lee Lewis, pour qui son père a joué de la batterie. Comme Prince, dont le mentor n’est autre que son oncle, le bassiste Larry Graham. Mais aussi et surtout comme Nas, ce rappeur new-yorkais dont il connaît par cœur les couplets du titre If I Ruled the World. « Depuis tout petit, Aubrey n’a jamais douté qu’il pourrait devenir un jour une célébrité, raconte Stein, des trémolos d’admiration dans la voix. Il a toujours eu ce côté charmant, à enchaîner les histoires drôles. Mon père lui disait souvent qu’il pourrait devenir Premier ministre du Canada : ‘Tu es noir, tu es juif, tu es beau gosse. Bref, tu as tout ce qu’il faut!’ »

D’autres adultes ont repéré le potentiel du jeune Graham. Début des années 2000, le père de l’un de ses camarades de classe, agent d’acteurs, cherche de nouvelles têtes pour jouer dans la sitcom Degrassi : La Nouvelle Génération, spin-off d’une série culte au Canada racontant le quotidien d’une bande de collégiens de Toronto. Un feuilleton pour adolescents où les garçons portent des boucles d’oreilles et accrochent leur portable Motorola à la poche arrière de leur jean. Sans hésiter, Aubrey postule. Poussé par sa mère, le Torontois est déjà acteur depuis ses 5 ans dans des publicités pour Toys R’ Us ou la marque de camions GMC. Pas de quoi devenir Marlon Brando, cependant. « Parfois, on est bluffé par le talent des jeunes acteurs, mais honnêtement Aubrey ne m’a jamais fait cette impression », confie Marvin Karon, l’un de ses premiers professeurs de théâtre. Lors des cours de Karon, Aubrey interprète notamment le personnage d’Alvy Singer dans « la scène de la partie de tennis », extraite du film Annie Hall de Woody Allen. Autrement dit, le rôle d’un comique juif new-yorkais névrosé, obsédé par le sexe, qui finit par trouver le réconfort auprès d’une fille délurée. « La plupart des gens pensent que Drake est une sorte de Will Smith, façon Prince de Bel-Air. Mais en fait, il a toujours été plutôt du genre Woody Allen, théorise avec le recul Jacob D. Stein. Il avait l’esprit d’un mec de 70 ans dans le corps d’un gamin de 14 ans. Très brillant, très malin, très conscient de lui-même. » Ce qui ne l’empêche pas de décrocher l’un des premiers rôles, celui de Jimmy Brooks, collégien champion de basket dont les t-shirts s’arrêtent aux genoux.

D’abord engagé pour jouer le rôle d’un collégien athlétique à qui tout réussit, Aubrey se retrouve, à partir de la saison 4, à camper un paraplégique en fauteuil roulant. Une occasion en or de montrer ses talents d’acteur à la télévision canadienne ? « Il avait compris que la série pouvait être un tremplin pour lui, se souvient Byram Joseph, qui fut l’un de ses premiers producteurs. Mais je crois surtout que ça le blasait. Quand on allait déjeuner, les serveuses le reconnaissaient et pouffaient. En studio, quand on lui demandait s’il avait passé une bonne journée sur le plateau, Aubrey soupirait : ‘Oh tu sais, mec, ils m’ont mis dans une putain de chaise roulante…’ » Drake raccroche en 2009 au bout de 145 épisodes, dans des circonstances encore confuses. Selon le rappeur, interrogé par W Magazine en 2015, l’équipe de Degrassi l’aurait écarté car la musique lui prenait trop de temps. La production soutient une autre version : si Drake a quitté la série, c’est tout simplement parce que son personnage venait d’être diplômé et n’avait donc plus rien à faire dans un établissement scolaire. Quoi qu’il en soit, à l’occasion du 500e épisode de Degrassi, lorsque les « vétérans de la série » se retrouvent pour fêter les 35 ans du collège, tous les acteurs d’autrefois sont à nouveau réunis. Tous, sauf Aubrey « Drake » Graham.

Carrément incompris

Entre-temps, le jeune acteur a définitivement choisi sa voie. Aubrey est devenu Drake, avec pour ambition clairement affichée de devenir l’une des plus grandes stars hip-hop de sa génération. Chose peu aisée dans une ville réputée pour sa scène rock, berceau de Neil Young ou Peaches. Les têtes d’affiche de la scène rap locale se nomment Kardinal Offishall, Maestro Fresh Wes ou Saukrates. À peu de choses près, tous sonnent comme leurs collègues de l’autre côté du lac Ontario. « Les rappeurs de Toronto utilisent de l’argot américain, se prennent pour des MC de New York, pensent qu’ils représentent les Crips ou je ne sais quelle connerie, râle encore Promise, rappeur et ancien proche de Drake. Mais personne ne se fait tirer dessus ici ! Relax, mec, tu vis dans une grande maison à 20 minutes du centre-ville ! » Classé en 2015 « meilleur ville où vivre » par l’hebdomadaire britannique The Economist, Toronto n’a pas grand-chose à voir avec le Bronx ou Compton. Plutôt un repaire de cafés Tim Horton’s, où l’on savoure des pancakes au sirop d’érable.

Dans son studio situé à l’est de Toronto, Byram Joseph se replonge dans ses longues heures de discussions avec Graham. « Il disait clairement qu’il voulait devenir célèbre, note-t-il. Il disait même qu’il devait d’abord faire la musique que les gens veulent entendre avant de pouvoir faire celle qui lui plaît. » Si le garçon se cherche encore musicalement, il semble déjà au dessus du lot techniquement. « Je passais un beat dans les enceintes, il se mettait à rapper dessus et trouvait même des syncopes pour compléter les rythmes du morceau. C’était un gamin clairement prédisposé pour ça. » Sur Queen Street, dans le centre-ville, Big Apple reçoit dans le magasin de celui qu’il appelle son « neveu ». L’ancien promoteur de soirées est désormais à la tête d’une marque de streetwear basée à Atlanta. Trois jeunes armés de smartphones et de caméras sont chargés de diffuser instantanément sur Instagram ses moindres faits et gestes.

La Grosse Pomme, tatouages « I love myself » et « I’m not a rapper » dessinés sur le cou, se souvient du Drake de l’Avocado Supper Club, un bar un peu miteux du centre. « Tout le monde pouvait le voir là-bas, mais personne ne comprenait sa vision », pose-t-il, en dévoilant le grillz doré qui décore ses dents. Cité dans « Weston Road Flows », sixième piste de Views, l’homme occupe une place particulière dans le parcours de Drake. « J’organisais dans les années 2000 les plus grosses soirées de la ville, dans un club nommé le Fluid, rejoue-t-il. Des fêtes dans le style new-yorkais, où se pointaient 50 Cent ou The Game. C’était le seul club de Toronto où l’on pouvait voir des filles badass, écouter du hip-hop et faire la fête sans limite. » Le jeune Drake traîne dans ces bringues démesurées, à la recherche d’une forme de rêve américain. Un jour, il finit par rendre visite à Big Apple dans son magasin de fringues, en quête de conseils pour percer. « Je lui ai juste dit : ‘Va te faire du fric, mec !’ »

Un mantra que le jeune Aubrey va s’appliquer à suivre à la lettre. Dans un premier temps, il se tourne vers ses grands-parents maternels, à la tête d’une entreprise de poussettes. Selon Dennis Graham, certains des premiers featurings de la carrière de Drake auraient été payés par ses aïeux. « C’est un businessman depuis si jeune, il avait tout prévu, avance Promise. Aubrey faisait carrément des business plans ! Il me parlait de tel ou tel label, de ce qui allait se passer s’il signait ici plutôt que là. » Dès le début, il ne laisse rien au hasard, et surtout pas le merchandising. « Après un tournage ayant fini très tard, on est rentrés ensemble, resitue Lobel, collègue de Degrassi. À 4h, il s’arrête dans un parking, puis me demande d’attendre avec lui. Un SUV se gare juste à côté de nous. Aubrey marche vers le véhicule puis revient avec des gros sacs plastique. Ils étaient remplis de t-shirts griffés ‘Drake’. » Même scène à Los Angeles, où Graham, 17 ans, n’oublie jamais de réseauter. Dans un restaurant de Sunset Boulevard, alors qu’il dîne avec Shane Kippel, lui aussi acteur de Degrassi, dans le cadre d’un voyage promotionnel, Aubrey croise aux toilettes un certain Travis Barker, batteur du groupe punk californien Blink 182. Sur le tableau noir recouvrant l’un des murs, le torontois griffonne aussitôt « Achetez les CD de Drake ». Barker demande qui est ce fameux « Drake ». Lequel, ravi, en profite pour se présenter au bon Travis qui est alors loin de se douter que, sept ans plus tard, ils se retrouveront sur la scène des Grammy Awards. « D’abord, Lil Wayne a rappé, puis Eminem et enfin Aubrey a pris le micro, dit Kippel, encore fier. Le tout sur un beat de batterie joué sur scène par Travis Barker. »

Pour en arriver là, il a fallu que Drake croise la route d’un autre torontois passé par la case enfant acteur : le producteur Noah « 40 » Shebib. En 1998, Sofia Coppola réalise Virgin Suicides, son premier long-métrage. L’histoire d’un quintuple suicide dans une banlieue aisée de Detroit. Sauf que le film est tourné à Toronto, dans le quartier de Forest Hill. À 15 ans, Noah Shebib figure au casting, avec son polo vert à rayures jaunes et sa coupe de premier de la classe. Son premier amour reste malgré tout le hip-hop. Sous le nom de DJ Decibel, l’adolescent usine des beats pour Empire, un crew torontois de rap hardcore inspiré par le Wu-Tang Clan. Puis sympathise avec Drake sur le tournage d’un clip. Le début d’une relation fusionnelle. Bonne pioche : non seulement Noah partage avec Aubrey un passif d’enfant acteur mais en plus, cet inconditionnel du RnB des années 90 sait produire un morceau, le mixer et le masteriser. Enfin, celui que Drake surnomme sa « main droite » s’avère un bourreau de travail. « Ce mec ne dort jamais, appuie Michael Peter Olsen, instrumentiste crédité sur huit morceaux de Views. Pendant l’enregistrement, un ingénieur du son arrivait le matin et un autre venait pour la nuit. Noah, lui, était toujours là, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Son surnom, ‘40’, vient d’ailleurs de là. On dit qu’il serait resté éveillé durant 40 jours et 40 nuits pour bosser sur un projet. » Grâce à Shebib, Drake s’éloigne des influences soul de ses premiers morceaux pour basculer sur des beats lents et mélancoliques, aux basses profondes, en phase avec le climat glacial de la ville durant la moitié de l’année. C’est également 40 qui pousse le MC de Toronto à chantonner entre deux raps. Une recette qui fonctionne. Rien que la première semaine suivant sa sortie, en 2010, Drake écoulera plus de 440 000 exemplaires de son premier disque, Thank Me Later.

Monsieur l’ambassadeur est un rappeur

Depuis le succès, Drake a décidé de marquer de son empreinte les rues de sa ville. Il y a sa boutique de vêtements, OVO, dans le quartier de Trinity Bellwoods ; son club privé, le Sher, au Air Canada Center ; et son restaurant, Frings, du côté du Fashion District. « Quand on parle de Toronto désormais, on parle de Drake. C’est la raison pour laquelle il voulait avoir son propre lieu pour accueillir des gens », explique Kai Bent-Lee, dégaine de modeux, proche de Drake et coresponsable du restaurant. Depuis son ouverture en 2015, Frings a déjà accueilli à sa table Justin Bieber et Rihanna, mais aussi des stars du basket américain lors du All-Star Game de Toronto. « La soirée s’appelait King’s Diner en l’honneur de Drake et LeBron James », frime Bent-Lee. Drake aime le basket. Il est ambassadeur officiel du club NBA des Toronto Raptors depuis 2013. Presque toujours présent aux matchs, il joue le jeu à fond : « Drake nous a personnellement aidés sur nos récentes campagnes de promotion des Raptors, il a une vraie expertise en termes de communication, explique Shannon Hosford, responsable com’ du club. On organise par ailleurs une soirée spécial Drake chaque année, et c’est à chaque fois l’un des highlights de la saison. »

À Toronto, le rappeur a également son propre festival, chaque été depuis quatre ans, sur les rives du lac Ontario. Cette année, on pouvait y voir Rihanna, Kanye West, Snoop Dogg ou encore Future. De là à dire qu’Aubrey Graham règne sur sa ville… « Aujourd’hui, si tu dis du mal de Drake à Toronto, tu prends de vrais risques, avertit Dalton Higgins. Lui et son label OVO sont tellement influents que tu peux facilement te faire renier par une bonne partie de la scène locale. » Drake a même attribué à la ville un nouveau surnom repris par les fans du monde entier : « The 6 ». Une référence aux six comtés composant Toronto depuis la fin des années 90 exposée dans le titre « Know Yourself », tube rap de 2015 et nouvel hymne officieux de la capitale de l’Ontario pour son refrain entêtant : « Running through the 6 with my woes. » En version française : « Je parcours le 6 avec mes frères. » Comme un air de nostalgie de ses jeunes années dans sa ville.

Nostalgie que l’on retrouve sur le tube « Hotline Bling », sorti à l’été 2015. Un morceau dans lequel Drake fredonne les souvenirs d’une relation. Après le rap, le basket, et sa ville de naissance, voilà l’autre passion de sa vie : les femmes. Dans l’Ontario, tous se rappellent le défilé de demoiselles fringantes sur le siège passager de son Acura. Il y a bien sûr Nebby, pour qui Drake aurait écrit « Hotline Bling ». Jade, devenue organisatrice de mariages à Atlanta. Ou encore Ericka, qui a porté plainte contre Graham pour avoir utilisé sa voix, enregistrée lors d’un appel téléphonique, sur l’un des morceaux de son deuxième album. « À chaque session studio, il sortait avec une copine différente, se souvient Byram Joseph. Aubrey était toujours passionné par sa nouvelle conquête, je me disais qu’il avait enfin trouvé la bonne. Et puis très vite, il passait à autre chose… Pour que vous compreniez le garçon : le soir de mon divorce, il est arrivé avec des trucs à boire pour qu’on célèbre ça ! » Comme souvent, cette carrière de lover a mis du temps à prendre forme. « Au collège, il avait pas mal de galères avec les filles, confirme Jacob D. Stein. Il tombait régulièrement amoureux, mais ce n’était pas souvent réciproque. On aurait dit qu’il avait deux facettes : soit très entreprenant, à envoyer des messages enflammés, soit très timide, le type pas sûr d’être à la hauteur. Il avait du mal à être lui-même avec la gent féminine. » Une revanche sur le sexe opposé étalée depuis dans les pages people des magazines, aux côtés de Rihanna, Serena Williams ou Nicki Minaj. Au point qu’en bonne mère juive, Sandi s’inquiète aujourd’hui pour son fils, jure Jacob D. Stein : « Encore récemment, elle me confiait qu’elle espérait qu’Aubrey trouve bientôt quelqu’un qui l’aime enfin pour ce qu’il est, pas pour la célébrité. » Sans doute une fille de Toronto.