Music par La rédaction 17.03.2017

Les Dropkick Murphys sont les rois (un peu beauf) de la St Patrick

Les Dropkick Murphys sont les rois (un peu beauf) de la St Patrick

Depuis une vingtaine d’années, la même rengaine : le 17 mars à Boston, les Dropkick Murphys sont en concert. Chez eux. Devant leur communauté de fans qui compte énomément d’Irlandais d’Amérique. Aujourd’hui encore, Ken Casey, leader et fondateur de la machine punk celtique, va chanter ses hymnes de fraternité mi-guerrier mi-guimauve devant des milliers de personnes. L’occasion parfaite donc de discuter identité irlandaise avec ce « Boston-Irish » revendiqué qui collectionne un groupe de musique à cornemuses, un club de boxe et une association de charité… Ken Casey, encore plus irlandais qu’irlandais ?


Comment tu décrirais ton enfance dans ta famille irlandaise ?

Avec ma mère, c’est mon grand-père qui m’a élevé. Lui c’était un poissonnier devenu syndicaliste. Dans les années 30, il y avait beaucoup de corruption à Boston, beaucoup de conflits, notamment dans le transfert des poissons du port vers la ville. Pour contrer ça, il a eu le courage de lancer un syndicat des poissonniers. Il a même voyagé pour recruter, notamment dans le Sud à une époque où le Ku Klux Klan n’hésitait pas à assassiner ceux qui ouvraient trop leur gueule comme mon grand-père. Je vais te dire, on n’en fait plus des mecs comme ça. Les gens de sa génération étaient d’une autre race, la vie était plus dangereuse, et l’action passait avant les mots. Il m’a appris à ne pas avoir peur de dire la vérité, même si c’est impopulaire ou si ça risque de t’envoyer au corbillard ! Il m’a aussi transmis sa passion pour l’unité et la protection des siens.

Tu dirais que tu es nostalgique de ce vieux Boston ?

Oui, les choses ont changé, et ça me manque parfois. Boston a été extrêmement gentrifié, donc les familles irlandaises se sont déplacées en banlieue ou plus loin. La communauté n’est plus aussi soudée qu’à l’époque. Attention, elle est toujours en vie, c’est juste que quand je vais au supermarché, ce n’est plus rempli d’Irlandais que je peux saluer comme quand j’étais jeune. C’est différent maintenant… C’est moins romantique aussi, ça s’est assagi, mais je ne vais pas m’en plaindre : au cours de ces dernières années, une quarantaine de mes connaissances sont décédées pour des raisons diverses et variées. C’est dingue comme chiffre ! Auparavant, on avait moins conscience des dangers…Mais d’ailleurs, pour tout te dire, on ne se considère pas vraiment irlandais, mais plutôt « Irish-American », ou « Boston-Irish ».

C’est quoi la différence ?

J’en vois pas beaucoup pour être honnête. On a le même humour sarcastique qui n’a pas peur de casser les couilles ! Un humour très noir également, tordu, malsain : la toute première chanson des Dropkick Murphys, « Barroom Hero » parlait d’un pote qui n’est jamais devenu adulte, mature, responsable, ce qui a eu des conséquences désastreuses sur sa vie. Mais les Irlandais hurlent cette chanson comme un hymne ! Ils ont vraiment une manière unique de s’accaparer une histoire tragique et d’en faire un objet de célébration ! « Boston-Irish » c’est juste une perspective, un héritage spécifique. Par exemple, je m’identifie davantage avec la résistance de la Boston Tea Party que celle de la Révolution Irlandaise. C’est une question de respect aussi : quand je vois des Irlandais-Américains parler de politique irlandaise, je me dis « mec, mais ferme ta putain de gueule ! » Moi, je peux te parler de politique de Boston pendant des heures, mais je ne vais pas faire semblant d’avoir vu et vécu des trucs qui se passent de l’autre côté de l’Atlantique ! C’est ce genre de gars qui énervent les vrais Irlandais, ceux qui en font trop, à l’américaine quoi.

Cette méfiance dont tu parles à l’égard de ces Irlandais exilés aux Etats-Unis tu l’as déjà resseenti ?

Je me sens complètement accepté en Irlande, et j’en suis très reconnaissant. Je pense qu’ils ont remarqué que j’ai toujours montré du respect : je reste à ma place, je ne fais pas voler le drapeau tricolore… J’ai aussi invité des légendes locales à chanter sur mes disques, comme Ronnie Drew des Dubliners.

Shane MacGowan des Pogues, aussi, sur « Good Rats » en 2001

Bien sûr. On a aussi régulièrement tourné avec les Pogues. Shane est un sacré personnage… Il est rarement en pleine possession de ses moyens, on va dire ! Au studio, je devais constamment lui enlever la clope de la bouche au moment où son tour de chanter arrivait. Et pourtant, il est l’un des plus grands songwriters de l’histoire. Ses paroles sont de l’Art, elles décrivent le monde d’une manière si belle, si émouvante. Les Pogues en général ont été une influence déterminante dans l’adolescence de tous les membres originels du groupe : sans les Pogues, il n’y a pas de Dropkick Murphys. En fait, on était tous baignés dans la musique traditionnelle irlandaise à la maison, on connaissait les chansons par cœur, mais on pensait que c’était la musique des vieux. A 14, 15 ans, on était déjà passionné par le punk, et là débarquent les Pogues qui réunissaient les deux mondes. Tout d’un coup, la musique traditionnelle était redevenue cool pour ma génération.

Jouer tous les ans à Boston pour la St Patrick, c’est par devoir ?

Non c’est pour le fun ! C’est devenu une tradition certes, mais on s’amuse toujours autant, au point de jouer toute la semaine autour de la St Patrick. Tu sais, c’est génial d’être dans un groupe et de tourner, mais on passe à côté de tellement de trucs : les anniversaires, les mariages, les veillées, les enterrements… Je vois tout ça défiler sur mon Facebook, mais je ne suis pas présent. Et donc tous les ans, lors de la semaine du 17 mars, je m’assure de voir tous mes proches. Les retrouvailles sont toujours magnifiques, et les after légendaires… Mon meilleur souvenir, c’est quand Bruce Springsteen est venu jouer avec nous en 2011. Il est arrivé sur scène en compagnie de ma grand-mère âgée de 94 ans et lui a dédicacé une chanson, sous l’ovation du public. Ma fille les a ensuite rejoints et a dansé une danse traditionnelle irlandaise. C’est pour ce genre de moments que je préférerai toujours être membre des Dropkick Murphys plutôt que d’un groupe de métal ou j’en sais rien, même hyper célèbre. Parce que les Dropkick ont ce son si unique qui rassemble les générations, qui charment les parents et fait kiffer les kids.

D’autres artistes ou personnalités irlandaises t’ont influencé ? Des écrivains peut-être ?

Je ne suis pas un grand lecteur ! Mais des boxeurs irlandais m’ont marqué. Je suis un gros gros fan de boxe. Mon grand-père était très bon sur le ring et m’a emmené prendre des cours. Un de mes meilleurs amis, Danny O’Connor, a fait les JO avant de devenir pro. C’est lui qui m’a aidé à monter mon club de boxe : du jour au lendemain, je suis devenu promoteur de combats diffusés à la télévision dans tout le pays ! La boxe, je fais ça par passion : entre les conflits d’intérêts, les deals TV et les gros promoteurs véreux, c’est un monde de dingue qui donne parfois envie de te foutre une balle dans le crâne. Mais j’aime les challenges. Ça me rappelle les premières années des Dropkick Murphys quand on était encore rien du tout et qu’on devait se battre à chaque instant. Le groupe fonctionne de manière si tranquille maintenant, alors la boxe me rend le goût du défi.

En parlant de baston et d’Irlande… qu’est ce que tu penses du combattant Conor McGregor ?

Lui, je l’ai rencontré plusieurs fois ! Lors de nos discussions, il m’a toujours donné l’impression d’être un mec humble. Mais ça fait quelques années maintenant qu’on s’est pas vu, et depuis, on dirait qu’il a changé, qu’il a commencé à se voir trop beau. Si tu veux mon avis, il est allé trop loin dans la provoc’, dans l’arrogance, même si c’est vrai qu’il a emmené le free fight dans une toute autre dimension. Il y a une ligne rouge pas évidente entre la fierté et la prétention, et je trouve qu’il l’a franchi. Et puis, c’est pas très irlandais d’être si vantard !

Par Kerill McCloskey