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Def Jam Vendetta : les plus beaux clash du rap se sont réglés manette en main

Def Jam Vendetta : les plus beaux clash du rap se sont réglés manette en main

Certains rappeurs, français ou américains, caressent régulièrement l'idée de régler leurs embrouilles sur un ring, sans jamais sauter le pas. Pourtant, il y a une époque (virtuelle) où les coups pleuvaient dans tous les sens. Cette époque a un nom : Def Jam Vendetta. Soit l'un des jeux vidéos les plus excitants du début des années 2000, où les plus grands MC du moment n'hésitaient pas à en venir aux mains sur des arènes clandestines fabriquées tout en pixels.

Ce n'est pas un secret, les rappeurs ont toujours eu un sens inné de la chamaillerie. Sauf que depuis quelques années les clashs, beefs et autres battles ont définitivement pris une tournure nouvelle. Depuis quelques temps, toutes les embrouilles semblent en effet promettre à chaque fois de se résoudre sur un ring. Comme Meek Mill et Drake, Booba et Rohff, Riff Raff et 50 Cent, ou encore Kodak Black et Lil Wayne. Plus récemment, Chris Brown et Soulja Boy avaient prévu de se rencontrer en mars prochain sur l'un des rings de Las Vegas, pour un match de boxe en trois rounds. Les choses avaient même été vues en grand puisque Mike Tyson devait coacher Chris Brown et Floyd Mayweather avait commencé à prendre en charge l’entraînement de Soulja Boy.

Mais comme toujours, le combat semble être définitivement tombé à l'eau puisque Chris Brown vient de se débiner en refusant de signer le contrat prévu pour le match. Pourtant, au début des années 2000, les rappeurs n'y allaient pas de main morte. Régulièrement, on pouvait voir Method Man enchaîner les uppercuts sur DMX, Ludacris éclater Redman sur le bitume ou même Ghostface Killah s'acharnant à réduire en miettes le visage de Scarface. Et l'arène (virtuelle) de tous ces combats déments avait un nom que tout le monde connaissait : Def Jam Vendetta, le jeu vidéo phare des castagneurs hip-hop de l'époque.

Tout commence à Vancouver, dans un magasin spécialisé dans la vente de guitares appelé « The Rock Pit ». Là-bas, le jeune Josh Holmes écoule instruments et médiators après avoir abandonné l'école, où il s'ennuyait à mourir. Un jour, un client au look immanquable passe la porte de la boutique. Casquette rouge, lunettes de soleil et pendule autour du coup, tout le monde reconnaît alors le célèbre Flavor Flav, personnage on ne peut plus iconique au sein des héros rap 90s Public Enemy. « Je lui ai fait un bon prix sur une basse précise l'ancien vendeur de guitares Donc, pour me remercier, il m'a donné des pass backstage pour le concert qu'il faisait le soir même avec Public Enemy. J'y suis allé avec un ami et nous avons été totalement soufflés par le show. Ce soir là, j'ai découvert le hip-hop et j'en suis tombé amoureux ». 

Quelques années plus tard, sa passion viendra sauver la mise de Josh Holmes, devenu entre temps designer dans le domaine du jeu vidéo, alors que l'un de ses projets commence à battre de l'aile. À l'époque, le géant du jeu vidéo Electronic Arts (FIFA Football, les Sims) travaille sur un jeu de catch, mais perd soudainement sa licence avec la World Championship Wrestling, au moment où celle-ci fusionne avec la WWE. Pour sauver le travail déjà accompli, la décision est donc prise de recycler le moteur du jeu, et d'en faire un jeu dans lequels des rappeurs bastonneraient d'autres rappeurs autrement qu'avec des mots. « Quand l'idée a été proposée en brainstorming, tout le monde sautait partout dans la pièce en hurlant ''C'est une idée géniale !'' Puis le directeur des licences musique a dit qu'il connaissait bien les gens chez Def Jam et l'excitation générale a continué à monter » se rappelle Josh.

Si le partenariat avec Def Jam n'a pas été compliqué à finaliser, les rappeurs, eux, n'ont pas toujours été conciliants. « Eminem était une superstar à cette époque et nous étions des gros fans de sa musique. Nous avons eu quelques discussions avec son équipe, mais ils nous demandaient trop d'argent. Nous avons aussi eu des échanges avec Jay-Z, mais c'était trop compliqué en termes de budget et d'emploi du temps » se souvient Josh Holmes. Malgré tout, le casting du jeu affiche tout de même très vite une shortlist assez proche de ce qui se fait de mieux dans le rap de l'époque : Havoc et Prodigy (de Mobb Deep), DMX, Capone N Noreaga, Method Man, Redman, Ludacris, Keith Murray, etc.

De quoi donner du boulot à Daryl Anselmo, en charge de la direction artistique du jeu. « L'un des gros défis de ce jeu était de s'assurer que les rappeurs soient à l'aise avec la manière dont notre équipe artistique allait les représenter, explique-t-il. Nous avons donc discuté avec chaque rappeur pour savoir quel genre de vêtements ils souhaitaient porter dans le jeu ou s'ils voulaient avoir des mouvements particuliers. Les rappeurs changeaient souvent d'avis et nous devions aussi faire avec les limites de la console. Il a fallu jongler avec tout ça. » Mais au delà de l'intérêt évident suscité par les grands noms du label Def Jam, le jeu a aussi su créer toute une série de personnages anonymes reflétant à merveille la voyoucratie de l'époque. En déroulant le fil du mode « story », on découvre donc entre autres des maquereaux vicieux, des white trash, des gangsters cholos, des petits dealers, des strippeuses on ne peut plus badass et même des joueurs de NFL déchus. Un impressionnant panorama de figures emblématiques de l'Amérique des bas-fonds, celle qui fait fantasmer le monde entier, auquel s'ajoutent aussi des lieux emblématiques comme des terrains vagues, des strip-clubs ou de sous-sols d'immeubles.

Dès sa sortie le 31 janvier 2003, Def Jam Vendetta a été un succès à la fois du côté de la critique que du côté du public, avec deux millions d'exemplaires écoulés dans le monde. Daryl Anselmo se rappelle d'ailleurs avoir senti très rapidement que le jeu pouvait devenir culte : « Souvent, quand un de mes projets s'apprête à sortir, je vais discrètement dans un magasin de jeux vidéo et je demande aux vendeurs ''Vous pensez que ce jeu va être bien ?'' Et quand j'ai fait ça pour Def Jam Vendetta, un type derrière le comptoir m'a regardé un peu abasourdi en me disant : ''Mec, ça va être absolument fou ! Tu as ta pré-commande ? Tu devrais la prendre parce que ça va partir très vite...'' » Et effectivement, encore aujourd'hui, on me parle très souvent de ce jeu. »

Mais le succès de Def Jam Vendetta n'est pas resté un cas isolé. Dans la foulée, le concept du jeu de combat entre rappeurs est devenu un véritable genre en soi. Def Jam Records s'est d'ailleurs définitivement implanté sur ce créneau en embrayant ensuite avec des jeux comme Def Jam Fight For NY, Def Jam Icon ou 50 Cent : Bulletproof. Mais on a aussi vu des versions Snoop Dogg de GTA avec True Crime : Streets of L.A ou Fear & Respect, des jeux de basket avec des rappeurs comme NBA Ballers : Phenom et NBA 2K11 ou même le jeu Saints Row 2 parrainé par Booba. Un engouement sans limite qui a finalement permis à Josh Holmes de réaliser un rêve de gosse : « Pour Def Jam : Fight For NY, j'ai rencontré de nouveau Flavor Flav, 20 ans plus tard. Quand je lui ai dit que j'étais le vendeur de basse de Vancouver, il m'a dit ''Sérieux ! C'était toi ?'' Je lui ai expliqué à quel point ce concert de Public Enemy avait compté pour moi. Il pouvait voir à quel point il avait eu un impact sur ma vie en me donnant ces pass backstage. » Flavor Flav, muse d'Electronic Arts.