Music par La rédaction 14.02.2017

Nés sous xx : l’histoire intime d’un premier album en noir

Nés sous xx : l'histoire intime d'un premier album en noir

Si les xx remplissent aujourd’hui les salles du monde entier, au milieu des années 2000, ils n’étaient qu’une bande d’ados un peu paumés, un peu gauche, habillés en noir. Voici l’histoire du disque qui les a propulsé en haut de l’affiche, entre désertion scolaire, affirmation artistique, succès soudain et crises internes. Une histoire racontée par ses protagonistes, notamment par les quatre xx qui l’ont enfanté. Car oui, The xx n’ont pas toujours été un trio.


Romy Madley Croft (Chant, guitare) : Certains journalistes, à l’époque de la sortie de notre premier album, ont écrit que nous étions les représentants d’une nouvelle école de pensée rock londonienne. J’ai du mal à voir le rapport entre des gens comme nous, et The Horrors, Jack Peñate, The Big Pink, Dizzee Rascal, Hot Chip… Nous ne faisions pas partie d’une « bande ». Qui voudrait de nous (rires nerveux) ? Nous sommes trop réservés pour devenir des fashionistas. J’ai déjà du mal à m’adresser à mes amis sans rougir. Comment The xx pourrait devenir le groupe porte-parole d’une génération ?

Oliver Sim (Chant, basse) : Dans The xx, personne n’est particulièrement à l’aise avec la prise de parole, avec les mots. Certains encore moins que d’autres. Pour vous dire, lors de notre première tournée promo en Europe, Baria et Jamie ont préféré rester à Londres car ils parlent encore moins que nous. La timidité maladive est un trait de caractère que nous partageons tous.

Stuart Stubbs : En mars 2009, je les ai rencontrés pour leur premier long entretien avec un journaliste, peut-être même leur première interview tout court. Le single « Crystalized » était sur le point de sortir. Ils étaient très timides. Jamie n’a quasiment pas dit un mot. Romy et Oliver se regardaient à chaque question dans l’espoir que l’autre prenne la parole.

Oliver Sim : Nous débarquions avec notre disque au beau milieu d’une époque où il n’y avait aucun courant dominant. Dans la musique, comme dans la mode, il n’y avait pas de style majoritaire auquel se rallier. Tout était dilué. Chacun attendait patiemment, dans son coin, que quelque chose se passe.

Oser monter sur scène, un jour…

Romy Madley Croft : J’ai toujours aimé les chansons tristes, c’était un besoin presque physique. Même quand je passais une bonne journée, je ressentais toujours le désir d’écouter des choses très mélancoliques. Pour moi, toutes les chansons, même les plus joyeuses en apparence, cachent un vieux fond de dépression (silence). Quand j’allais en club et qu’un DJ passait un tube sur lequel tout le monde se mettait à danser, mon cerveau ne pouvait pas s’empêcher de saisir le côté caché de la pop : « Tiens ! Mais ce truc sur lequel tous les gens ont l’air de tellement s’amuser, ça parle du suicide ou d’un amant qu’une fille vient de plaquer  ! »

Oliver Sim : Chez mes parents, il y avait beaucoup de disques : Chris Isaak, pour mon père, Tina Turner, pour ma mère. Pour le rock, tout a commencé quand j’ai découvert des choses assez lourdes et chargées comme Queens Of The Stone Age ou les premiers Placebo. Parallèlement à ça, je me suis vite mis à développer une véritable obsession pour les voix R&B féminines : Aaliyah, Lauryn Hill, TLC, Sugababes.

Romy Madley Croft : De mon côté, le déclic est venu des Kills. Quand je les ai vus en concert, en première partie des White Stripes, je me suis dit que le rock n’était pas un milieu hostile pour des gens un peu à la marge comme Oliver et moi. En les découvrant, je me suis sentie moins effrayée à l’idée de, moi aussi, peut-être, oser monter sur scène un jour.

Oliver Sim : Je considère Romy à la fois comme ma meilleure amie et comme ma sœur jumelle. Nos parents sont amis. Ce sont eux qui nous ont rapproché. Ensuite nous n’avons plus jamais cessé de nous fréquenter : maternelle, primaire, collège, lycée.

Romy Madley Croft : Mon père est traducteur Anglais-Français. Je lui dois une bonne partie de ma culture. C’est grâce à lui que, dès le plus jeune âge, j’ai entendu des disques marquants comme ceux de Nick Cave ou de John Martyn.

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Caius Pawson (Fondateur du label Young Turks) : Romy et Oliver cherchaient un batteur pour leur groupe, c’est à ce moment là que Jamie est arrivé. Puis Baria les a rejoints au clavier et à la guitare.

Baria Qureshi (Clavier, guitare) : Ce groupe a tout de suite beaucoup compté pour moi. C’était comme un échappatoire. Adolescente, ma relation avec mes parents était très mauvaise, à cause du poids de la culture, du manque d’argent, mais aussi de problèmes de santé mentale.

Romy Madley Croft : À 16 ans, je me posais déjà plein de questions : « Comment vais-je évoluer ? Y a-t-il une place pour quelqu’un comme moi dans ce monde ? » Jamais je n’aurais cru un jour être capable de monter sur scène et de faire partie d’un groupe qui sort des disques.

Oliver Sim : Moi, à cet âge là, je cherchais toujours à tomber amoureux, histoire de pouvoir en souffrir. Et d’ailleurs, une bonne partie des chansons de ce premier album été écrite à cette époque. On y trouve une vision assez naïve des choses. Ce sont vraiment des chansons d’adolescents qui attendent énormément de la vie.

« Je me contentais de m’asseoir en espérant que je n’aurais pas à parler »

Jamie xx (Batterie, boîte à rythme, production) : Nous étions à l’Elliott School, une école d’art tout à fait normale, assez grande, avec trop de gamins. Elle n’existe plus aujourd’hui, mais autrefois, c’était un bon lycée. Des gens comme Four Tet ou Burial y ont été avant nous. Mais entre leur passage et le nôtre, beaucoup de choses avaient changé. L’école commençait à se détériorer. Franchement, là-bas, je me contentais de m’asseoir en espérant ne pas avoir à prendre la parole.

Caius Pawson : L’Elliott School accordait beaucoup de temps libre et de liberté à ses élèves, ce qui leur a permis de former leur groupe et de répéter dans leurs chambres d’étudiants.

Oliver Sim : Nos professeurs ont fini par comprendre que le groupe était devenu plus important pour nous que l’école. On devait avoir 16 ans, c’était en 2005. Certains nous laissaient sécher les cours sans trop poser de questions. Le mercredi après-midi, il arrivait même que l’on nous ouvre les portes d’une salle de classe pour que nous puissions répéter tranquillement.

Jamie xx : Je n’aimais pas l’école. Alors je restais à la maison pour faire de la musique. À cette époque, je commençais aussi à sortir en club. J’y allais tout seul, et pour pouvoir boire des verres, j’avais une fausse carte d’identité : des gens à l’école en vendaient pour une trentaine d’euros. C’était le début du dubstep, le vrai, l’original, pas la version des américains. J’allais aux soirées DMZ, ou au Plastic People, un club qui était plein à craquer tous les soirs. On pouvait entendre cette musique partout à Londres, mais ce n’était pas encore hype. Autant dire que j’ai fini par ne plus du tout aller à l’école…

Oliver Sim : Du coup, nous avons dû nous résoudre à ne pas passer le baccalauréat pour nous investir à plein temps dans le groupe.

Baria Qureshi : J’ai sacrifié l’université et toutes les choses que font d’habitude les gamins de 17 ans. J’avais choisi de donner ma vie pour The xx.

Jamie xx : Le lycée fini, j’avais le choix d’aller à l’université ou partir en tournée. La seconde option semblait beaucoup plus marrante, l’expérience d’une vie. Nous sommes donc partis, avec notre van, jouer dans des pubs partout au Royaume-Uni.

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Katie O’Neill (Directrice artistique de Young Turks) : J’ai découvert The xx sur MySpace, un peu par hasard, en cliquant dans la section « Top Friends » d’autres gens. J’ai tout de suite été séduite par la présentation esthétique de leur page.

Caius Pawson : Sur leur MySpace, il y avait une sorte de CD/DVD avec un artwork en bande dessinée. C’est là que j’ai écouté pour la première fois les chansons « Blood Red Moon », « VCR », « Insects », « Suggestion » et « Stars ».

Katie O’Neill : « VCR » et « Blood Red Moon » m’ont époustouflée. C’était unique, je n’avais jamais entendu ça.

Stuart Stubbs (Rédacteur en chef du blog Loud & Quiet, auteur du premier portrait de The xx) : La première fois que j’ai entendu parler de The xx, c’était en cherchant sur Internet des groupes à programmer. On organisait des concerts avec de nouveaux artistes et j’ai écouté leur reprise de « Teardrops » de Womack & Womack. C’est déjà une grande chanson, mais ils en ont fait un truc brillant, un peu mid-tempo et assez spacieux. Dès le début, ils avaient leur propre son. On sentait l’influence d’Aaliyah, mais ils ne faisaient pas du R&B et surtout ne prétendaient pas être autre chose que ce qu’ils étaient : quatre gamins d’une banlieue aisée du Sud-Ouest de Londres. Ils transpiraient l’honnêteté.

Katie O’Neill : Quand on les a rencontrés, ils avaient environ cinq chansons. Il était clair qu’ils auraient besoin de temps et d’espace… Le studio XL venait juste d’être d’être construit. C’était l’endroit parfait pour les laisser mûrir.

Caius Pawson : La gestation du disque a pris beaucoup de temps. On a signé les xx sur Young Turks à l’automne 2007, mais l’album n’a été fini qu’au printemps 2009. J’ai toujours eu la conviction qu’il faut accorder aux artistes du temps et de l’espace. Quand on a commencé à travailler ensemble, on leur a ouvert les portes des studios XL, où la plus grande partie du disque a été pensé et réalisé. On ne voulait pas d’un studio trop cher, l’endroit est très rudimentaire, avec juste une table de mixage basique, quelques amplis, quelques micros. En tout, je crois que l’album nous a coûté 2 500 balles maximum.

Baria Qureshi : L’enregistrement s’est très bien passé, dans une bonne ambiance. J’ai adoré passer ces moments avec Romy, Oliver et Jamie, sans penser « boulot » et « carrière ». On jouait juste pour nous et nos quelques fans. Notre seule envie était d’écrire des chansons dans lesquelles les gens pouvaient trouver un peu d’espoir, d’évasion. J’y trouvais moi-même de l’espoir et de l’évasion, autant dans le son que dans les paroles. Je m’y enfuyais car à l’époque, j’étais coincée dans une relation amoureuse violente, physiquement et mentalement. J’abusais des médocs… J’étais jeune, sans aucun modèle, en route vers une vie très sombre. The xx m’a aidé à m’en sortir.

Caius Pawson : Ils étaient tous très jeunes, des enfants. Il y a eu des moments magnifiques et d’autres très difficiles. Il y a eu quelques tragédies personnelles, ce qui nous a rapproché. Parfois, les xx ne rendent pas les situations « sociales » très faciles. Aujourd’hui, ils sont bien plus à l’aise pour expliquer ce qu’ils ont en tête, mais à l’époque, ils étaient incapables de prendre la parole.

Katie O’Neill : Les enregistrements de l’album sont très fidèles à l’esprit des premières démos, très intimes et faits maison. Ils sont simplement supérieurs, en terme de son, et avec une touche en plus : celle de la production de Jamie.

La métamorphose de Jamie xx

Caius Pawson : On leur a refourgué une poignée de producteurs, qui se sont succédés sans trouver la bonne formule. Ils ont travaillé avec Diplo, avec Kwes, et d’autres… Mais ça n’a jamais vraiment fonctionné.

Katie O’Neill : C’est Caius qui a booké des sessions avec des gros producteurs, pour essayer… Les xx sont très fans de Diplo, donc ça pouvait être l’occasion d’apprendre à ses côtés. Je pense qu’ils ont appris quelques trucs auprès de tous ces producteurs mais, au bout du compte, ils ont surtout compris qu’eux-mêmes étaient les mieux placés pour prendre en charge leur son.

Caius Pawson : C’est à ce moment-là que Jamie a pris sur lui de nous dire qu’il aimerait bien produire l’album. Et il a eu raison. Il a compilé les premiers enregistrements et a nommé le fichier : « What Producers Did Wrong ». Rodaidh McDonald, notre ingé son, lui a ensuite expliqué comment utiliser le matériel.

Jamie xx : En tant que DJ, j’ai toujours voulu découvrir de plus en plus de musiques, de genres, sans jamais m’inquiéter des frontières. Aujourd’hui, tous les sons se mélangent mais à l’époque, les gens définissaient tout par sous-genres au sein même de la musique électronique. Ça m’a appris à me détacher des cases. Même chose pour la production.

Caius Pawson : Je me rappelle d’un soir où nous ne pouvions pas utiliser le studio. Pour obtenir un certain son, Jamie a enregistré les voix de « Night Time » chez lui, dans sa salle de bain. C’était incroyable de voir Jamie se défaire de son costume de batteur très réservé pour endosser celui du producteur qui contrôle vraiment tout. Sa concentration, sa rigueur, son ardeur… C’était époustouflant ! Avec le recul, je me dis que c’est là que tout a changé.

Katie O’Neill : Jamie a passé tout son Noël 2008 en studio. Il a passé des nuits et des semaines là-dedans, à affiner ce que le groupe avait enregistré.

Caius Pawson : C’est bien de donner du temps aux artistes, mais à un moment, il faut quand même boucler l’album. On a donc appuyé sur l’accélérateur pour que le travail soit plus rapide. Si bien que nous avons dû annuler une tournée avec les Cold War Kids (un groupe indé américain alors en pleine ascension, ndlr). Certaines personnes pensaient que c’était un désastre, que c’était une chance unique de tourner en Europe. Je me demandais si on ne venait pas de prendre la pire décision de notre vie en refusant le soutien des Cold War Kids. Mais cette décision nous a permis de sortir xx à l’été 2009. Le 14 août.

« Aussitôt, on a compris qu’ils allaient être énormes »

Ryan Dombal (Rédacteur en chef de Pitchfork) : J’ai découvert le groupe à l’été 2009, quand leur premier album est sorti. J’ai immédiatement trouvé qu’ils se démarquaient de la plupart des autres groupes qui émergeaient à l’époque. Alors que les autres se plongeaient dans la nostalgie, l’écho et les sons lo-fi, The xx étaient simples, minimalistes, ils visaient l’émotion pure. Dès la première note, j’ai été captivé. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’ils ont plu à toute l’équipe de Pitchfork vu qu’on a donné à xx la note très élevée de 8.7. Ce qui est rare, surtout pour un premier album.

Stuart Stubbs : Même ceux qui n’étaient pas vraiment fans de leur rythmique ou de leur timbre s’accordaient sur le fait qu’ils avaient un réel talent. Ça n’arrive pas souvent, mais parfois des artistes débarquent et on comprend aussitôt qu’ils vont être énormes.

Andrew Gaerig (Journaliste à Pitchfork, a écrit la chronique de xx) : Je pense que le public du rock indé était prêt pour un groupe qui évoluait en dehors des cadres traditionnels du rock, du punk et du folk. Quand on réécoute les albums indie les plus encensés en 2009 – Merriweather Post Pavillion d’Animal Collective, Bitte Orca de Dirty Projectors, Wolfgang Amadeus Phoenix de Phoenix – on se rend compte que ces groupes s’intéressent aussi au R&B, à la pop, à l’électro.

Stuart Stubbs : Ils en sont venus à représenter une nouvelle génération de musiciens désintéressée par la notion de « genres musicaux ». Aujourd’hui, c’est la norme de voir émerger des groupes influencés tant par le rock que par le R&B, le hip-hop ou la pop, mais à l’époque, c’était totalement nouveau.

Romy Madley Croft : À partir du moment où le buzz autour de The xx a pris, nous n’avons pas eu la moindre minute pour souffler. Les choses se sont faites à une vitesse impressionnante… Nous n’étions rien et d’un coup, on nous dit que nous sommes le summum du cool. Impossible de réaliser ce qui nous arrivait. Je suis persuadée que la lecture de certains articles qui nous ont été consacrés nous aurait fait flipper (sourire). Quand j’étais loin de chez moi, je téléphonais régulièrement à mon père pour prendre de ses nouvelles. Il me disait : « Ma chérie ! Il y a encore eu un papier sur ton groupe dans un journal. Ne t’en fais pas pour ça, je les découpe tous et je te les garde dans un classeur ! »

Jusqu’à la fin 2009, xx se vend très modestement. ses chansons se retrouvent dans de nombreuses séries et émissions télé. À l’été 2010, il s’est déjà écoulé à 150.000 exemplaires en Angleterre, et 179.000 aux États-Unis. Des chiffres qui vont encore doubler au cours des semaines qui suivront, grâce au triomphe du groupe au Mercury Prize.

Stuart Stubbs : Pour la couverture des élections législatives britanniques du printemps 2010, la BBC a utilisé « Intro » pour son générique. Il ne fait aucun doute que ça a joué un rôle massif dans leur conquête du mainstream, au même titre que leur victoire au Mercury Prize au mois de septembre suivant. La presse musicale avait chanté leurs louanges, mais c’est la BBC qui les a rendus incontournables.

Baria Qureshi : Dans le premier album, la ligne de basse de « Intro », faite au synthé, me tient particulièrement à cœur. Déjà parce que j’adore ce son, mais aussi parce que je l’ai créé. Je bidouillais quelques notes sur le clavier en utilisant le son de cuivre. Romy a commencé à ajouter un riff de guitare puis Jamie est arrivé avec ses percussions, suivi par Oliver et sa basse. C’est le seul morceau qui a été fait de manière spontanée, live, dans une salle par nous quatre. Et honnêtement, pour moi, c’est la meilleure chose que The xx ait faite en tant que groupe. Et le seul morceau pour lequel je peux être fière d’avoir insufflé la première idée.

Tensions, discussions et éviction

Katie O’Neill : Après l’enregistrement de l’album, il y a eu des tensions entre Baria et les autres. Disons qu’ils n’étaient plus les meilleurs amis du monde…

Baria Qureshi : C’est dur d’expliquer mon départ de The xx. Ce n’était pas une prise de distance, c’était plus que ça. C’était une question de contrôle, de jalousie, d’émotions, de ressentiment entre nous, et aussi de tensions autour de l’argent. La décision n’est pas venue de moi, j’ai été dégagée sans préavis, et sans explication claire. Je ne peux pas rentrer dans les détails, c’était un problème très personnel entre moi et Oliver. Tout ce que je pourrais raconter serait certainement perçu comme diffamatoire. Ce que je peux dire, c’est que l’argent a été un facteur important. Si je n’avais rien dit et que j’avais laissé filer, je serais toujours dans le groupe mais sans gagner ma part de royalties. Ils ont tous les trois discuté du partage des copyrights, mais pas avec moi, l’album est sorti sans même que je signe de contrat. Lorsque je me suis manifestée sur le sujet, j’ai été éjectée du groupe deux semaines plus tard. Les autres pouvaient compter sur leurs familles pour les soutenir financièrement, pas moi. Après mon expulsion, ça nous a pris trois ans pour parvenir à un accord sur le plan légal…

Oliver Sim (pour le webzine The Stool Pigeon en 2009) : Le passage de treize à vingt ans a été pour moi un grand bond en avant. Je pense que Baria et moi avons juste évolué, avec des personnalités différentes. Et je ne crois pas que la tournée européenne du groupe après la sortie de l’album a eu un bon impact sur elle, vraiment. C’est ridicule et c’est triste, mais j’ai plutôt hâte de voir ce qu’il se passera désormais. Pour la première fois depuis longtemps, on va pouvoir souffler, et bosser.

Baria Qureshi : La façon dont Oliver a dépeint mon départ m’a mise en colère parce qu’il le racontait d’une façon qui discréditait mon travail et ma contribution. On aurait dit que tous les problèmes pesaient sur mes épaules et que j’étais incapable de travailler avec le groupe. Mais Oliver n’a jamais parlé de ses problèmes à lui, ou des raisons qui ont fait qu’il ne pouvait plus travailler avec moi.

« Voir ses anciens amis devenir célèbres… »

Jamie xx : Pendant un moment, j’ai eu du mal à me faire à cette célébrité, parce que mon ambition, c’était surtout de faire de la dance music la plus underground possible. Ce qui est vite devenu impossible. Mais maintenant, je suis très heureux d’avoir un pied dans chaque univers. Peu de gens ont cette chance. Je peux aussi bien jouer dans les petits clubs underground que dans les grands festivals.

Caius Pawson : xx a ouvert plus d’opportunités que ce j’aurais jamais pu imaginer pour Young Turks. J’ai aussi eu la chance de devenir leur manager, et je le suis toujours. C’est rare d’avoir auprès de soi un groupe qui travaille ensemble depuis 10 ans et dont les membres sont toujours des amis aussi proches.

Baria Qureshi : Ce n’est pas facile de voir d’anciens amis devenir célèbres grâce à votre travail. Ça a été dur et éprouvant pour ma santé mentale. D’un côté, je suis heureuse d’avoir enfin reçu la contrepartie financière que je méritais. mais d’un autre côté, j’ai perdu mon adolescence dans un groupe qui me tenait à cœur, avec des gens que j’aimais et avec qui j’avais un lien musical que je ne retrouverai sûrement jamais. Aujourd’hui, je fais toujours un peu de musique par-ci par-là, par passion. Mais je sais que je n’aurai jamais une deuxième chance.

Romy Madley Croft : Avant de sortir cet album, je n’avais pas assez de confiance en moi pour exhiber mes sentiments en public. The xx a agi comme une thérapie sur moi. Aujourd’hui, je me sens plus légère. Je me suis débarrassée de ce trop plein de sentiments en les transformant en chansons. Je suis capable de m’ouvrir.

Tous propos recueillis par Kerill McCloskey et Simon Clair, à part Oliver Sim et Romy Madley-Croft par Jean-Vic Chapus publiés dans le magazine VoxPop en septembre 2009.