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Basile di Manski a inventé la french touch qui aime à l'italienne

Basile di Manski a inventé la french touch qui aime à l'italienne

Dans sa musique, Basile di Manski, 28 ans, parle de Lord Byron, de blowjob, et aussi d’amour à l'italienne. Après deux EP, le jeune artiste  s’apprête à prendre le pouvoir le 11 février, en concert dans une chambre d’hôtel à Paris. Portrait d’un homme qui pourrait devenir le crooner que la french touch attend.

Paris, un appartement du quartier Lamarck-Caulaincourt, 18ème arrondissement. Sur la table basse a été disposé un numéro de la version italienne du magazine Max. Aux murs, une photo imprimée d’une Ferrari Testarossa prête à faire rugir son moteur. Et, histoire de bien compléter le portrait des lieux, à quelques centimètres sur le même mur, trône une deuxième affiche. Le poster chiné on ne sait où vend tous les mérites de la formule « bains de boue puis massages » que proposent les instituts de thalassothérapie Louison Bodet. Là encore, une entreprise à la mode, mais… au début de la décennie 1990. « Les années 90, c’est avant tout une esthétique qui me plait beaucoup, replace l'occupant des lieux et son principal décorateur, Basile di Manski.

Basile Mutinelli-Szymanski, de son vrai nom, a 28 ans. Cheveux longs et fine moustache tombante mais bien taillée, il porte aujourd’hui un combo col roulé-baskets blanches qui le décale encore plus de l’époque telle qu'elle va. Il explique d’une manière presque logique comment il s’est choisi ce drôle de surnom. Là encore, une histoire de regard dans le rétroviseur. « Je tripais pas mal sur les noms de joueurs de baseball venant de la vague d’immigration aux Etats-Unis. Genre Joe Di Maggio ». Là encore une histoire de goût pour le retro-futurisme et les consonances italiennes.

Ces jours-ci, c’est une date bien ancrée dans le présent qui mobilise Basile di Manski : le 11 février, quelques jours avant la Saint-Valentin. Le jeune artiste a en effet prévu d’enchaîner plusieurs heures de concert… en direct d’une chambre d’un hôtel parisien. Dans le cadre de ce projet, un mix indifférencié de discussions, de chansons, et d’accessoires à garder en souvenir. Un exemple ? « Je voulais distribuer des petites culottes pendant le concert ». Cette envie de donner un sens littéral à l’expression « musique de chambre » n’a rien d’étonnant, quand on prend les paroles de sa chanson « The Story of a Magnificent Blowjob » qui balancent sur le rythme d’une balade electro pop lancinante : « I’m so fine in your mouth / Oh I wish you never stop / I feel like an ice cream ».

« L’inspiration, on la trouve partout » reprend di Manski pour poser son style qui n'est pas que celui d'un discret érotomane french touch. Vrai. L'homme sait transformer beaucoup de choses en musique, que ce soit une interview fade du fils de Ralph Lauren lue au détour d’un magazine péruvien ou une vieille pub Calvin Klein. En disant ça, le garçon lisse sa moustache et précise : il revendique en parallèle un héritage d'influences on ne peut plus classique. D’où cette chanson dédiée toute entière au poète Lord Byron, mais aussi toutes les références aux peintures de Basquiat, au film Citizen Kane, au soul king Marvin Gaye, ou encore aux poésies de William Blake qui fusent au détour de « Hollow Disco ».

Rien d’étonnant donc à ce que Basile di Manski fasse partie du label Pain Surprises, aux côtés de Jacques Auberger, artiste à la tonsure de moine, et qu’il avoue être à la recherche de « feux d’artifice dans la tête ». Un petit côté too much qui lui vaut quelques balles perdues. Comme lorsque quelques années plus tôt, le représentant d’un label avait mis la main sur une sélection de titres signés Basile di Manski. Son retour a été rapide : « C’est la musique d’un mec qui veut choper des filles au lycée, ça ! ». Si l’intéressé a appris à rigoler de cette interprétation, il confesse quand même que cette critique continue de le hanter : « Ce gars-là, si je le croise, je lui dirai probablement d'aller niquer sa mère. Tu commences la musique pour une raison qui t'appartient, dans tous les cas ».

Mais quel a été le vrai point de départ pour Basile di Manski ? Quand il expose son premier souvenir musical marquant, le garçon creuse dans ses souvenirs d’enfance. Première image : celle d’un walkman de couleur rouge que le gamin d’Asnières-sur-Seine (92) ne lâche jamais. Dedans « des compilations du style "Dance 1994" avec des kicks tout secs. Et puis, très vite après, la découverte de Doc Gynéco ». Rien qu’à évoquer le rappeur et son « Nirvana », son hymne au désespoir de la décennie 90's (« Comme Beregovoy / Aussi vite que Senna / Je veux atteindre le Nirvana… »), Basile s’emballe et fonde même une théorie sur le Doc des années d’avant le ralliement au Sarkozysme : « Doc Gynéco avait énormément de mal à se mettre au travail. Il a eu énormément de pression d’un coup pour terminer. Donc il a dû écrire vite ! En fait ça se sent, c’est simple. »

La simplicité, Basile di Manski l’assure, c’est ce qu’il traque et revendique. « (Le rappeur d’Atlanta) Future par exemple, ça m’émeut. T’as l’impression que le mec est une espèce de géant, il regarde les choses d’au-dessus. Je me sens fort en l’écoutant. Parfois, je me sens même noir en écoutant ça ! » Mais avant de devenir black et proud, le bon Basile a suivi le parcours de beaucoup de petits blancs tombés dans le rock au moment du revival initié par The Strokes, The Libertines et consorts. Au lycée à Asnières-sur-Seine, Basile a donc tenu la guitare et même poussé la voix au sein du groupe sans visée professionnelle aucune Colony. Mais malgré ça, ce fils d'un banquier désormais à la retraite, se verra plus enfiler la robe d’avocat avant de recoller à la musique.

Et voilà comment l'Italie, la vraie, est rentrée dans sa vie. Pour donner corps à cette vocation de ténor du barreau il débarque en Italie, un de ses deux pays d’origine. A Milan, il apprend le métier dans l’ombre d'un certain Marcello. « C’était un avocat au style assez débridé, précise l’intéressé, avant de relancer. Marcello c’était quand même le genre de mec à débarquer au tribunal en jogging Sergio Tacchini. » Pour autant il ne lâche pas complètement la musique, puisque, le reste du temps, di Manski donne quelques concerts dans un centre social en périphérie de Milan ou dans des bars de quartier où se réunissent des fans de football. Résultat de ce crochet : il reste encore des traces d'Italie dans la musique de l'homme. Dans « Water Resist » une chanson de son dernier EP, il pose d’une voix nonchalante et dans la langue de Marcello Mastroiani, qu'il est « un humain avant d’être un artiste ». Quant à savoir si c'est une déclaration sincère ou un bon gimmick  pour la drague, c'est une autre histoire.