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Exploration Music : "on est là pour montrer ce qu’on sait faire et qu’on n'a pas volé notre place"

Exploration est une team d'artistes et d'individus "perdus dans l'espace", partageant une vision commune. Sa ville : Paris. Sa ligne de conduite : la techno et la bass music. Son objectif : "s'amuser, danser, expérimenter, raconter des histoires et donner de l'amour !».

Jeremy alias target="_blank">Snowball est le capitaine de l'équipage depuis ses débuts en 2009 : "avec des potes j’étais déjà dans une asso avec une hiérarchie « horizontale ». J’étais super motivé mais j’en avais marre de devoir composer avec des gens qui foutaient rien. Donc j’ai monté mon truc et c’est moi qui prend toutes les décisions, c’est moi qui tranche." Junglist endurci et mordu du bass music, il forme le crew Breakbeat Exploration entouré du DJ nantais Seis et de target="_blank">Martin Drazel - lui aussi membre de l'asso précédente dans laquelle ils continuent de donner un coup de main -, et sont rejoints au fur et à mesure par d'autres membres qui croisent leurs chemins.

Une "grosse équipe" qui atteint à un moment un trentaine de membres dont vingt DJ, dispersés entre Paris, Nantes, Grenoble, Londres ou encore Berlin. Ils sortent un premier podcast, puis dix, puis vingt, puis trente... et décident ensuite d'inviter de gros guests. Jeremy explique : "un break c’est un moment où tu laisses la batterie s’exprimer et la jungle est très influencée par ça (...) J’étais un peu seul dans le délire, le reste du crew n’était pas vraiment dedans donc on a dévié, j’ai invité d’autres gens et on a commencé à faire des têtes d’affiche, un peu de la drum’n’bass et du dubstep." Il décide ensuite de changer le nom du crew car "les gens ne comprenaient pas la référence au breakbeat". Breakbeat Exploration devient alors Exploration.

Des caves aux clubs parisiens

Six mois après le premier podcast, le crew commence à organiser ses soirées dans de petits spots parisiens, des caves et des bars où la drum est la bienvenue : « on a vraiment avancé tout doucement. Et en 2012 on a eu un plan pour faire le Batofar, là j’ai décidé d’être sérieux. » À l'époque, Jeremy bosse bénévolement pour un label de drum'n'bass dont le fondateur est ingé son au Batofar. "Il voulait vraiment avoir une résidence pour son label là-bas, donc il a proposé un plan complet au programmateur qui lui a dit : ok présente-moi quelque chose, et il s’est chauffé." Quelques crews sont alors sélectionnés et doivent présenter un dossier pour récupérer la prog du vendredi. Leur team propose le dossier le plus solide accompagné des line-up, flyers, et d'illustrations réalisées par Olivier Blanchin qui se charge aujourd'hui de toute l'identité visuelle d'Exploration.

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Flyer / artwork par Olivier Blanchin.

Débutent alors les soirées Bass Music invitant tour à tour des artistes plus techno que drum, comme target="_blank">Sigha, Trevino, target="_blank">Truss et  target="_blank">Conforce. Jeremy explique : "Un mec comme Truss par exemple, c’est nous qui l’avons invité pour la première fois en France et les gens étaient chauds, target="_blank">Truncate c’était nous les premiers, target="_blank">Samuel Kerridge pareil (...) on était une des trois ou quatre soirées techno pointues. Alors tout de suite on a eu des plans pour La Machine et Glazart. J’ai voulu passer par la techno parce que je savais que si on y allait par la drum on allait se planter. Je voulais d’abord asseoir un truc qui correspond à un esprit à un moment et en profiter pour amener toutes les autres possibilités, les musiques qu’on aime. C’est ce qu’on a réussi à faire à Glazart du coup." Le crew enchaîne alors sur la résidence Signal à Glazart en parallèle de soirées Lost In Space et organise son festival Exploration en août 2014, où bass music, drum'n'bass, funk et dub se côtoient.

En capitaine d'équipage, Jeremy prend quasiment tout en mains et met toute son énergie dans l'organisation d'évènements jusqu'en 2014, lorsque le marché commence à saturer et qu'il réalise qu'il ne peut pas en faire une activité à plein temps : "c’est un milieu où les gens bossent beaucoup et gagnent peu. Je suis sorti du game tête d’affiche, (...) ça me rend ouf parce qu’ils ne sont pas meilleurs que nous et on leur file 1 000 euros, on met les noms de nos DJ en tout petit en bas du flyer alors qu’on les éclate. J’ai ce côté junglist, issu de la culture sound system et qui est assez proche du hip-hop dans ce sens là c’est la compèt. On n’est pas que là pour rigoler, on est là pour montrer ce qu’on sait faire et qu’on n'a pas volé notre place. Dans la techno il n’y a pas trop cette attitude et le niveau général est plutôt faible techniquement, vraiment j’adore cette musique et ça m’a énervé." Désormais Exploration revient à la simplicité et organise des évènements sans prétentions dans des lieux plus petits mais toujours fréquentés comme La Rotonde et le Supersonic.

Un label de mecs "balèzes"

En 2015 la crew monte le label Exploration Music dont Jeremy choisit les artistes. Depuis sa mise en place il y a un an et demie, l'objectif premier est de sortir uniquement les artistes membres du collectif :"Qu’ils soient aussi bien DJ que producteurs, je suis entouré de mecs qui sont très balèzes." Parmi eux, on compte Jaquarius et Dasein aussi membres de la grande famille Tripalium Corp, le fondateur du label target="_blank">Unc Audio target="_blank">Sicaa, target="_blank">Yan Kaylen, target="_blank">Haze O ou encore target="_blank">Nulpar« On ne paye pas donc on ne peut pas faire de contrat d’exclusivité ça n’aurait pas de sens. Certains sont affiliés à d’autres projets, on est une grande famille. » Le label en est actuellement à sa troisième sortie sur vinyle avec les EP "Coral & Paper Planes" de Sicaa, "City Stellar" de Yan Kaylen et le dernier LP Setting Forth qui réunit tous les artistes. Exploration Music se la joue local et travaille exclusivement sur Paris, après que Jeremy et les artistes se soient mis d'accord sur le contenu de chaque sortie le processus de mastering est lancé chez Mathieu Berthet - "à peu près tout ce qui sort à Paris vient de chez lui, il est très fort et il a du bon matos"- avant d'être distribuée par Topplers.

Mais la team ne s'arrête pas là et compte développer son activité avec un label digital qui permettra d'accélérer la sortie des productions sans reposer sur le compte personnel du capitaine du paquebot. Il permettra aussi d'agrandir l'equipage :"on va s’ouvrir parce qu’il y a pas mal de personnes qui nous envoient de la musique et je leur dit toujours que ce n’est pas du tout dans nos plans de signer d’autres artistes. Je pense qu’on va changer ça. »

Et pleins d'autres trucs....

Snowball, représentant et tête pensante du collectif a aussi sa résidence hebdomadaire sur Rinse France le dimanche, de 22h00 à minuit : "Rinse FM Londres c’est une radio qu’on écoutait beaucoup parce qu’il y a énormément de drum’n’bass et de dubstep, donc c’est quelque chose qui touchait grave notre milieu. C’est un délire, c’est une vraie radio pirate à la base, les mecs changeaient de studio, ils allaient dans les pires ghettos de Londres et petit à petit ils ont monté leur dossier et obtenu une fréquence FM légale, officialisant la radio et c'est devenu un vrai business. Je suis assez admiratif de leur parcours. (...) C’est un des trucs qui me fait le plus kiffer dans tout ce que je fais. Le rituel d’aller à Rinse, jouer fort, parler au micro... D’ailleurs j’ai créé un chat à l’ancienne sur le site et pendant l’émission tu peux réagir, quand il y a du monde c’est marrant et ça part bien en couilles."

À côté de toutes ces activités, la team pourrait à l'avenir donner vie à d'autres projets, comme l'onglet TV sur le site encore vide pour le moment : "On avait plein de projet de série, de court-métrage... Mais on ne sait pas du tout ce que ça va donner, c’est en suspend pour le moment. Je ne veux pas faire les choses à l’arrache et je ne veux pas juste poster les productions qu’on a sorties avec une image. Je veux qu’on commence par proposer un contenu cool, quelque chose qui va plus loin que juste poster de la musique." À suivre donc...

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Crédit artwork en couverture : © Olivier Blanchin