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InFiné fête ses 10 ans

InFiné fête ses 10 ans

De Francesco Tristano à Gordon, retour sur les dix premières années chargées du label français, qui s’apprête à fêter son anniversaire. 

Combien de labels de l’Hexagone peuvent se targuer de fêter leurs dix ans (et plus) en beauté ? La réponse est : bien peu. On pourrait même les compter sur les doigts de la main. Parmi eux, Versatile le label de DJ Gilb’r, Ed Banger évidemment avec l’inénarrable Pedro Winter à sa tête et puis InFiné. Revenons donc ensemble sur les disques et les artistes qui ont fait et qui font encore la grandeur et la qualité de ce dernier.

Francesco Tristano, le pionnier

https://youtu.be/KjECFWsulNQ

C’est en 2006 qu’InFiné naquit sous l’impulsion du DJ et producteur français Agoria, de Yannick Matray et d’Alexandre Cazac. Un an auparavant, ce dernier découvre avec stupeur une reprise du morceau culte du producteur techno de Detroit Derrick May, « Strings Of Life », au piano. Sur le tabouret, un musicien luxembourgeois, Francesco Tristano, met toute son âme dans cette reprise et transforme le classique techno en une pièce pour piano ébouriffante.

Yannick Matray en discute ses deux amis, Alexandre Cazac et Agoria, qui vont devenir ses futurs partenaires ils décident de monter InFiné, histoire de pouvoir signer la reprise de Tristano quelque part. C’est ainsi que sort cette même année « Strings Of Life », premier maxi du Luxembourgeois, suivi l’année d’après de Not For Piano, son premier album. Dès lors, InFiné affirme sa volonté de lier les genres les plus éloignés, accordant autant d’importance à la techno qu’à la musique classique, à l’ambient comme à la minimale ; ligne de conduite que les trois fondateurs tiendront tout au long de ces dix années passées à satisfaire nos oreilles aguerries. « Easy music for the hard to please », comme l’annonce le label, «de la musique pour les fines bouches».

Apparat, la caution allemande

https://youtu.be/Hr5GMIU72F0

Apparat n’en est pas à son coup d’essai lorsque InFiné le prend sous son aile. Il est même plutôt bien loti chez BPitch Control, le label d’Ellen Allien, qui lui donne sa chance dès le début des années 2000. Mais passées les frontières allemandes, Sascha Ring n’est connu que par les vrais diggers électroniques. Heureusement, InFiné est de la partie et le fait connaître en France en sortant son cinquième album, Walls, en son sein en 2007, suivi du maxi de remixes Arcadia Rmxs un an plus tard. Fait des moins étonnants, le label tâtonne durant une bonne partie des années 2000 au niveau économique mais les sorties d’Apparat sont là pour faire survivre la petite structure (même si l’Allemand n’a pas sorti grand-chose sur le label depuis quelque temps), au même titre que celles d’Aufgang.

Aufgang, les chiens fous

https://youtu.be/DSf15KXNwMw

Aymeric Westrich, Rami Khalifé et Francesco Tristano (tiens, encore lui) fricotent depuis leurs débuts avec InFiné, qui leur laisse alors une liberté totale. Leur marque de fabrique : faire tenir sur un seul format du piano classique, des synthés eighties, une batterie qui galope et des inspirations allant des Balkans au Moyen-Orient pour un résultat complètement barré et dépaysant entre concerto classique et techno de club. Trio au départ, Aufgang devient duo lorsque Tristano quitte l’aventure en 2014. Une tripotée d’EPs et deux albums sortis chez InFiné plus tard, voilà les deux membres restants partis vers de nouveaux horizons (le label de jazz Blue Note) ; une perte pour InFiné qui peut, fort heureusement compter sur leur Artiste (avec un grand A) numéro un : Rone.

Rone, le héros

https://youtu.be/kfoJUeyMsOE

Le héros d’InFiné reste bien sûr Rone, le Français qui aura fait connaître le label par-delà bien des frontières. Producteur à part, Erwan Castex a rapidement conquis son monde et obtenu le soutien de ses pairs, Massive Attack, Laurent Garnier, Pantha du Prince et Ellen Allien en tête. Forts de leur électronica douce bien qu’habitée, les tubes de Rone sont nombreux : « Bye Bye Macadam » ou encore « Parade » sont les témoignages d’un savoir-faire à la française et s’exportent dans les plus grands festivals et clubs sur monde - de Coachella à Sónar en passant par le Berghain à Berlin, ville dans laquelle Rone réside désormais. Après s’être fait remixer par des pontes du milieu électronique (Juan Atkins, Dominik Eulberg et Chris Clark), Rone a sorti en 2015 son troisième album, Creatures, sur lequel on retrouve de grands noms de la musique plus généraliste (Étienne Daho, Bachar Mar-Khalife, Frànçois and The Atlas Mountains), prouvant là encore la volonté et la capacité de l’artiste et également d’InFiné de lier les genres entre eux pour un résultat au-delà de toute espérance.

Almeeva et Gordon, les petits nouveaux

https://youtu.be/B0L7vLSYodQ

À côté de ses grands noms, InFiné aura également su faire de la place à des petits producteurs encore balbutiants. Almeeva est l’un de ceux-là. À son actif, deux EPs (Anamorphic en 2014 et Oblite en 2016) de l’électronique léchée tirant parfois vers la techno, parfois vers le post-rock (et une superbe reprise de « There Is A Light » des Smiths). Et puis, il y a Gordon alias Gordon Shunway, petit prodige de l’électronique en devenir qui, avec seulement trois EPs en trois petites années, a réussi à imposer son style mêlant ambient atmosphérique et techno tirant vers l’acid.

InFiné est bien loin d’avoir dit son dernier mot. On en reparle dans dix ans !