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Kitsuné toujours là et sur tous les fronts

Kitsuné toujours là et sur tous les fronts

Label, ligne de vêtements, coffee shops: Kitsuné est sur tous les fronts depuis les années 2000. Retour sur l’histoire de cette petite entreprise qui ne connaît pas la crise à l’occasion de la sortie de la compilation Maison 18: The Hysterical Advisory Issue.

Parce qu’ils sont toujours aussi prolifiques

C’est en 2002 que Gildas Loaëc et Masaya Kuroki décident de se lancer dans l’aventure Kitsuné. À peine lancé, ce petit label frais comme un gardon saute dans le grand bain avec une première compilation : Kitsuné Love. L’idée de départ des deux associés : demander à des artistes qu’ils affectionnent particulièrement de leur produire des titres exclusifs. La compilation rencontre un petit succès et la machine se met en marche plus activement. Une seconde compilation, Kitsuné Midnight, voit vite le jour en 2004 avec des titres de Black Strobe alias Arnaud Rebotini (« Italian Fireflies », remix destiné à Goldfrapp, mais décliné par Alison), de target="_blank">Cosmo Vitelli ou encore de Colder

Surfant sur la vague, Gildas et Masaya sortent Kitsuné X un an plus tard. Alors que Kitsuné Love rendait hommage au plus beau des sentiments et que Kitsuné Midnight dessinait un joli itinéraire de la nuit parisienne, Kitsuné X est là pour montrer la folie expérimentale de producteurs du moment comme Joakim. Ces trois compilations deviendront la pierre angulaire d’une nouvelle identité de l’électronique française tâtonnante, après les longues années french touch.

Depuis cette époque, Kitsuné a su surfer sur la vague de la compilation thématique et en a sorti une tripotée. Difficile de s’y retrouver sans un guide : il y a eu les Kitsuné New Faces, les Kitsuné Soleil, les Kitsuné Boombox, les Kitsuné Parisien, les Kitsuné America (et leur volonté de découvrir les nouveaux petits princes de l’indie-electro aux États-Unis) et bien évidemment les Kitsuné Maison, dont le dix-huitième volume (!) vient de paraître il y a quelques jours de cela et qui se tourne cette fois-ci vers le hip-hop chill et le R&B. Et à chaque fois, des maxis extraits des compilations ont vu le jour - près de 250 en tout. Rien pourtant ne laissait présager la folie qui allait gagner les aficionados de nouvelles tendances à l’écoute des nouvelles signatures du label français sur ses fameuses compilations Maison.

Parce qu’ils ont le nez très fin

Ouvert à la dance, à la pop, au rock, à l’électronique, Kitsuné se taille donc dans les années 2000 une place de choix dans le paysage musical français et devient rapidement un foyer pour nouveaux talents… dont beaucoup sont encore sur pied aujourd’hui ! C’est en effet sous les ailes de Gildas que le groupe Hot Chip sort son premier album, Coming On Strong, en France en 2004. C’est également chez Kitsuné qu’un duo made in Hamburg va faire ses premiers pas. On parle bien sûr de Digitalism qui va sortir dessus une première salve de maxis (« Idealistic » en 2004 puis « Zdarlight » en 2005, « Jupiter Room » en 2006, « Pogo » en 2007) avant son premier album, Idealism. À l’époque où la techno minimale prime dans les clubs d’Europe, les deux Allemands inventent la turbine, ce son nouveau, bouillant et brut de décoffrage auquel Kitsuné offre la meilleure des vitrines.


Par la suite et encore maintenant, le label électro-pop branché deviendra un tremplin pour des groupes comme Klaxons, Two Door Cinema Club (qui y sortira ses deux premiers albums Tourist History et Beacon), Simian Mobile Disco, Is Tropical, Juveniles, Housse de Racket (avec son LP Alesia), Thomas Azier, Saint Michel ; tous encore bien en place aujourd’hui. Une curation musicale parfaite opérée d’une main de maître par Gildas, tandis que son comparse Masaya s’attelle à une autre branche de Kitsuné : les vêtements.

Parce qu’ils font rayonner la France à l’étranger

Dès le départ, Kitsuné prend le parti d’associer musique et mode en son sein. Ses deux fondateurs sont, en effet, de grands amateurs des deux et choisissent de ne pas choisir en créant une seule structure aux multiples visages. Largement influencés et inspirés par leurs voyages au Japon, Gildas et Masaya lancent une ligne de vêtements pour hommes et femmes, minimaliste et tokyoïte où le confort côtoie le chic. La marque au renard (Kitsuné signifie « renard » en japonais) rejoint APC dans la catégorie poids lourds de la mode contemporaine française qui s’exporte facilement. Aussi, en plus de ses quatre adresses à Paris, la maison en ouvre deux à New York, trois à Tokyo, une à Hong-Kong et collabore avec de grands noms de l’industrie du prêt-à-porter comme Pierre Hardy, Weston, Agnès B ou encore Petit Bateau.

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Kitsuné x Reebok (2015)

Avec toujours ce besoin d’allier musique et mode, les ventes des vêtements permettent de financer la signature des nouveaux groupes sur le label tandis qu’à l’intérieur des compilations sont glissés des petits catalogues de la ligne de vêtements. Deux faces d’une même pièce. La frontière entre les deux arts est d’autant plus ténue que pour la sortie des compilations Maison, un créateur de mode est parfois invité à prendre part à l’aventure en dessinant une collection capsule en lien avec. Pour la dernière sortie du label, Maison 18, c’est à l’artiste et designer américain Cali Thornhill DeWitt que la requête a été faite et qui a, pour l’occasion, dessiné une série de tee-shirts et un tote-bag à découvrir dans l’un des trois-cents points de vente de la marque. L’homme n’est pas inconnu dans le milieu de la mode et de la musique puisque, souvenez-vous, c’est lui qui était à l’origine, l’année passée, de la collection de vêtements associée à The Life Of Pablo de Kanye West.

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Capsule Cali Thornhill DeWitt pour Maison 18 (2016)

La musique, le prêt-à-porter… Que manquait-il donc à Kitsuné pour parfaire son image de petite entreprise multiforme ? La restauration, bien sûr ! C’est ainsi qu’en 2013, Kitsuné se diversifie encore avec un nouveau concept : les Cafés Kitsuné qui existent en deux exemplaires dans la capitale française, et un exemplaire dans la capitale japonaise. Une marque définitivement touche-à-tout.

Avec l’arrivée d’Internet et de ses plateformes d’écoute de petits producteurs (Soundcloud et consorts), la face label de Kitsuné a pris les devants en développant depuis le 14 octobre 2015, Kistuné Hot Stream : une plateforme qui permet de découvrir une grosse dizaine de tracks par mois. Ces nouveautés, souvent de très bon goût, sont accompagnées d'une illustration tout aussi soignée. De quoi concurrencer comme il faut les autres labels sur la curation de nouveaux titres et artistes.

Crédit photo : © Julien Tell