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Rich Chigga : le Youtubeur indonésien qui affole le « rap game »

Rich Chigga : le Youtubeur indonésien qui affole le « rap game »

Ou comment passer de « twittos » à rappeur aux côtés de Ghostface Killah.

En 2015, l'Indonésien Brian Imanuel était simplement perdu dans la masse des plaisantins du web qui se servent de Vine, Twitter ou encore Youtube pour « troller » les internautes avec un humour décalé. Début 2016, la démarche de son premier clip de rap est sensiblement identique à sa trame habituelle : tourner en dérision les codes de la drill, un sous-genre hip hop orienté trap, née à Chicago dans les années 2010. Derrière le pseudonyme de Rich Chigga, Brian balance alors le clip de « Dat $tick ». La vidéo, qui va tout changer, et faire un tapage immense dans le rap game. On tient alors un clip qui se résume en 3 chiffres :

  • Street credibility : 0%
  • Thug Life : 0%
  • Buzz : 100%

Rich Chigga : une fausse farce

Il y a un contraste évident entre la dégaine parodique du jeune emcee et son rap validé par des cadors du genre tels que Ghostface Killah, Flatbush Zombies, Desiigner ou Tory Lanez. « L'habit ne fait pas le moine », en voilà un adage bien pratique qui prouve qu'on peut faire de la trap « badass » vêtu d'un polo rose boutonné jusqu'à la pomme d'Adam tout en exhibant une banane autour de sa ceinture. Bref, le nouveau protégé du collectif CXSHXNLY est un peu le Lorenzo de Jakarta : un son complètement loufoque avec un second degré qui crève les yeux. Le tout faussement bâclé puisque le visuel et l'audio sont quasiment aussi bien taillés techniquement que n'importe quelle sortie d'un label sérieux.

Quand le buzz va plus vite que la musique

En moins d'un an, Rich Chigga se retrouve avec plus de 30 millions de vues au compteur sur « Dat $tick ». Un chiffre qui ne permet plus de négliger les controverses. Le clip est en effet sujet à deux attaques majeures, et méritées. Les termes « Chigga » et le fameux « N-word » sont pointés pour leur caractère raciste, et à l'origine de la mobilisation contre Chigga. Les deux mots sont d'ailleurs liés puisque « Chigga » est un néologisme dont « Nigger » est la racine.

Le « N-word » désigne le terme « Nigger », mot fermement combattu par les noirs américains aux Etats-Unis pour son utilisation tout bonnement raciste et sa référence à l'esclavagisme. Quant à « Chigga », il s'agit de la contraction de « Chinese Nigga ». Forcément, un type qui parodie la drill américaine et ses chanteurs noirs en se faisant appeler  « Rich Chigga », tout en lâchant un « niggas » dans son premier couplet, c'est naïf et maladroit. Heureusement Brian, pacifique face à la polémique, le reconnaît et répond avec maturité pour Fader :

« C'est une question de contexte. Je n'ai pas utilisé ce mot pour froisser les gens, au contraire. Je ne l'utilise pas en dehors du rap et je ne le ferais plus. »

Quant à son nom d'artiste, la nouvelle star asiatique confiait toujours pour Fader le 9 août dernier qu'il aimerait le changer. Seulement, un peu coincé par sa fulgurante renommée, l'intéressé ne sait pas exactement comment s'y prendre. Et si finalement Rich Chigga, après un buzz éclair, était voué à partir comme il est venu du paysage musical ?

Le come-back fracassant

Pas question pour le emcee d'Indonésie de s'arrêter en si bon chemin. Dans la foulée d'un remix de « Dat $tick » aux côtés de Ghostface Killah et Pouya en octobre, le loustic a refait surface fin novembre avec « Who That Be ». Un retour dans le même crédo, mais avec l'effet de surprise en moins. D'autres « comédiens du web » se sont essayés au rap comme Norman ou Mister V. Ils ne se sont pas lancés dans une carrière musicale pour autant. Reste à savoir si Rich Chigga va se servir de sa hype pour faire un album ou se remettre à ses vidéos complètement loufoques.

Découvrez le dernier titre de Rich Chigga sorti le 21 décembre : "Seventeen».