Music par Olivier Pernot 29.11.2016

Soma Records, 25 ans sur les dancefloors

Soma Records, 25 ans sur les dancefloors

Le label écossais a publié les premiers maxis de Daft Punk, dont « Da Funk », et des classiques des années 1990 et 2000 signés Slam, Silicone Soul ou Funk D’Void. Tour d’horizon des morceaux qui ont fait la renommée de ce label unique qui navigue entre techno et house, avec toujours du groove dans ces productions. Ainsi que quelques raretés, surprises en vidéo et nouveaux artistes qui régénèrent le label actuellement.

Soma Quality Recordings est monté à Glasgow en 1991 par Stuart McMillan et Orde Meikle du duo Slam, et leur manager Dave Clarke (à ne pas confondre avec le DJ/producteur Dave Clarke). Le label écossais démarre lentement autour de Slam et ses excroissances satellites (Rejuvination, G7). En 1993, le duo signe le morceau « Positive Education », un morceau techno rave trancey au slogan marquant. La référence SOMA 008 devient un classique techno, un track inusable joué encore très souvent aujourd’hui. De nombreux remixes sont réalisés au fil des rééditions du morceau par des pointures comme Richie Hawtin, Josh Wink, Carl Cox ou Derrick Carter, mais l’original est insurpassable.

Slam – Positive Education

Plusieurs vidéos ont été réalisées pour illustrer le morceau, dont ce clip récent et très peu vu illustrant parfaitement le propos du titre.

Slam – Positive Education (clip)

En 1994, le label découvre un jeune producteur américain, Felix Stallings Jr, qui signe sur Soma un de ses premiers maxis, sous l’alias Sharkimaxx (SOMA 015). Le morceau « Clashback », dont il réalise deux versions, est un track puissant, à la boucle hypnotique, entre électro, house, acid et techno. Ce producteur de Chicago se fera connaître dans les années suivantes sous un autre pseudonyme : Felix Da Housecat.

Sharkimaxx – Clashback

En septembre 1993, les deux membres de Slam jouent dans une rave près du parc Eurodisney en France. On leur présente Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Cristo, qui n’ont pas encore 20 ans et ont démarré leur projet Daft Punk depuis à peine un an. Le lendemain, les deux Slam vont dans l’appartement des parents de Thomas Bangalter à Montmartre. Ils y écoutent quatre titres, dont trois vont se retrouver sur le EP The New Wave , paru au printemps 1994. Ce maxi passe relativement inaperçu, mais pas le suivant : le morceau « Da Funk » (SOMA 025), avec sa basse surpuissante et sa boucle acid entêtante, va marquer les années 1990 et bien au-delà. Après un troisième EP chez Soma (Indo Silver Club), le duo français partira signer sur la multinationale du disque Virgin Records.

Daft Punk – Da Funk

Scott Grooves, producteur house/techno méconnu de Detroit, s’empare d’extraits live du morceau « Mothership Connection » de Parliament/Funkadelic pour composer son « Mothership Reconnection », une folie house / funk / jazz de 13 minutes sortie en 1998 (SOMA 071). Daft Punk, qui a réalisé très peu de remixes dans sa carrière – même pas une dizaine – donne sa relecture du morceau de Scott Grooves. Le track, avec son introduction alambiquée et sa ligne de basse hyper groovy, devient un formidable hit pour les clubs.

Scott Grooves featuring Parliament / Funkadelic – Mothership Reconnection (Daft Punk Remix)

Ewan Pearson cultive son personnage de dandy de la house anglaise. Il est un DJ et producteur à la house élégante et groovy. Sous son propre nom ou sous son alias Maas, il est aussi un remixeur très couru au début des années 2000. Il travaille notamment sur des titres de The Chemical Brothers, Depeche Mode, The Rapture, Pet Shop Boys ou Goldfrapp. Soma publie plusieurs de ses productions, un CD mixé et un album de ses remixes (Small Change en 2001) dont est extraite cette relecture admirable pour Leftfield.

Leftfield – Dub Gussett (Maas Remix)

Simple face B du EP The Answer (SOMA 097), le track « Right On, Right On » de Silicone Soul va devenir l’un des plus grands hits du catalogue Soma. Le morceau, qui sample le titre « Right On For The Darkness » de Curtis Mayfield, est un pur track de tech house dancefloor, porté par un gimmick de percussions, une boucle rythmique terriblement hypnotique et des envolées de violons. Publié en face B en 2000, le morceau ressort en face A l’année suivante sous le titre « Right On ! » sur des gros labels comme VC Recordings, label de la multinationale Virgin, en Angleterre ou Ultra Records aux États-Unis.

Silicone Soul – Right On!

Après le départ de Daft Punk, Soma Quality Recordings, qui va devenir peu à peu Soma Records, s’est concentré à développer la carrière d’artistes maison : Slam bien sûr, mais aussi Silicone Soul, H-Foundation, Envoy, Percy X et Funk D’Void. 2001 est décidément une excellente année pour Soma qui publie le maxi « Diabla » (SOMA112) de Lars Sandberg, alias Funk D’Void. Ce producteur originaire de Glasgow élabore une tech house / techno percutante et pleine de groove.

Funk D’Void – Diabla (Funk D’Void’s Heavenly Mix)

Le morceau « Diabla » a servi aussi à illustrer une vidéo complètement folle signée par le réalisateur anglais Simon Ellis.

Funk D’Void – Diabla (Bass Invaders Video)

En plus de Daft Punk, plusieurs autres producteurs français ont signé des morceaux sur le label écossais. Comme Lee Van Dowski (associé à Phil Quenum), Electric Rescue ou encore Hassen Gouaned, alias Master H. Ce dernier a réalisé plusieurs maxis, un unique album (Thirteen en 2003) et le track house « Magic K » (SOMA120), un anthem à la fois dansant, mental et mélancolique.

Master H – Magic K

Pour ses 20 ans, en 2011, le label écossais a publié une anthologie en triple CD avec une compilation de « classics » et deux mixes signés Slam et Silicone Soul. Sur le best-of, un titre inédit signé Daft Punk : « Drive ». Un morceau que le label a retrouvé sur une cassette DAT en fouillant dans ses cartons. Ce titre, qui date du premier EP de Daft Punk sur Soma, laisse entrevoir une veine électro/techno rentre-dedans et écorchée que le duo explorera plus tard dans des morceaux comme « Rollin’ & Scratchin’ » et « Rock’n’Roll ».

Daft Punk – Drive

Après un creux autour de la fin des années 2000, Soma Records est en pleine résurrection, en recentrant son propos sur une techno intransigeante et en signant de nouveaux artistes. Slam est revenu très fort avec deux albums d’excellente qualité : Reverse Proceed en 2014 et Machine Cut Noise en 2016. Surtout, le label a enrôlé de nouvelles signatures, comme Gary Beck ou Lewis Fautzi, qui peuvent s’exprimer sur des formats courts (maxis) ou longs (albums). Le producteur portugais Luis Gonçalves, alias Lewis Fautzi, signe une techno très berlinoise, dans l’axe Tresor/Berghain, avec des sonorités sourdes, oppressantes et électriques. À l’image de ses deux albums, The Gare Album en 2014 et Space Exploration en 2015.

Lewis Fautzi – Binary

Soma Records a renoué aussi récemment avec la France en signant le jeune producteur Charles Fenckler, lui aussi défenseur d’une techno sans concession. Après cinq maxis en trois ans, Soma Records va publier le premier album du Français, baptisé Diving From The Void, dans quelques jours.

Charles Fenckler – Frozen Room

En bonus, un court clip réalisé en 2014 pour fêter la sortie SOMA400 : le morceau « Rotary » de Slam.

www.somarecords.com