Music par Greenroom 25.11.2016

Nirvana, Daft Punk, Carl Cox, Zebda : les Trans Musicales c’est 38 années d’avance sur la musique

Nirvana, Daft Punk, Carl Cox, Zebda : les Trans Musicales c’est 38 années d’avance sur la musique

Retour vers le futur

Non mais ils nous planqueraient pas une machine à voyager dans le temps du côté de Rennes ? Depuis 1979, le festival des Rencontres Trans Musicales perfore la monotonie en placardant sur ses affiches des groupes dont on ne connaît présentement rien, mais que le futur adore déjà, et pas qu’un peu. Certains deviennent des poids lourds incontournables, comme s’ils avaient été secrètement préemptés par la célébrité. « Nirvana et Daft Punk tu connais ? Bah ouais j’étais aux Trans before it was cool ».

Et tout ça grâce au cerveau en forme de boule de cristal de l’explorateur sonore en chef Jean-Louis Brossard, de la co-fondatrice du festival Béatrice Macé et de leur équipe qui oublie d’avoir froid aux yeux. Du coup, c’est peu dire qu’on n’en peut plus d’attendre le début de l’édition 2016. D’ici-là goinfrons-nous ensemble de quelques petites perles qui ont fait surface aux Trans, ou grâce aux Trans.

1979-1989

Pour la première édition des Trans en 1979, on parle de 2400 spectateurs, et dés 1980 : Etienne Daho s’est pointé. C’était bien avant que le bonhomme devienne le pilier de toute la mouvance française qui revendique pleinement son héritage aujourd’hui, de Lescop à Paradis. Preuve qu’il était, comme les Trans, en avance sur son temps.

S’enchaînent les années suivantes Noir Désir décrit sur le programme de l’époque comme « un des futurs grands groupes français », mais aussi les punks de Berurier noir, Ludwig von 88, Mano Negra et paf ! 1988 c’est l’internationalisation. Et pas n’importe comment. C’est le groupe The Sugarcubes qui est invité, il vient d’Islande et la chanteuse s’appelle Björk. Ce n’est que 5 ans après qu’elle sera sur le toit du monde avec toute la magie de son projet solo. Si ça c’est pas avoir du nez…

1990

En 1990, on a droit à I.A.M. Un petit groupe qui a l’air tout mignon sur les programmes de l’époque : « IAM confirme que le rap se conjugue aussi en français ». Et ce n’est pas tout, des expressions comme « s’en tirer haut la main » sont utilisées : « Ces jeunes marseillais ont déjà assuré la première partie de Madonna et s’en sont tirés haut la main ». La classe.

1991 : l’année Nirvana

En 1991 c’est la grosse mandale Grunge aux Trans. Nirvana ravage tout et à l’époque, ce n’est que le début. Pour preuve : les étudiants n’ont pas encore de Patch à la gloire du groupe de Kurt Cobain sur leur sac à dos. Le programme dit tout : « l’album Nervermind est fantastique. Il suffit de les voir ou de les écouter pour que la vie s’accélère. Voix écorchées, rythmiques époustouflantes et envolées de feed-back à faire trembler Wall Street. C’est peut-être ça le nirvana, un paradis intermittent fait de calme et de violence. Le phénomène Nirvana est en marche… »

Zebda, bien avant « tomber la chemise »

Le trio Zebda ( dont le nom signifie « beurre » en arabe) débarque. Oui, la même année que Nirvana. Mais à l’époque on ne se doute pas que les mecs de Toulouse signeront 7 ans plus tard le tube à faire griller les micro-ondes « Tomber la chemise ». Le programme parle à l’époque de mecs qui font presque peur : « trois mâchoires féroces et harnachées qui revendiquent la partialité ». Du lourd, pas pop pour un sou puisque rangés au rayon : « Rhythm’n blues, funk, rap, reggae, saupoudrés de touches africaines et moyen-orientales« .

1992

En 1992, virage rave avec The Orb mais aussi et surtout : « les guerriers hardcore d’Underground Resistance » qui présentent pour la première fois leur concept (“music for those who know“) dont on sait tout aujourd’hui.

1993

Björk se pointe à nouveau, en solo, puissante comme l’Eyjafjallajökull. Ceux qui ne sont pas encore victime des sorts de la prêtresse islandaise se rabattent sur Carl Cox qui reviendra à son plus haut en 96 ou encore Jamiroquai, ce dernier était décrit en 93 comme « le jeune clone vocal de Stevie Wonder», aujourd’hui Jamiroquai, c’est Jamiroquai. Un point c’est tout.

1995 : les Daft Punk débarquent en caisse

Trois ans avant la victoire de la France à la Coupe du Monde de football, ça ne déconne pas aux Trans : On trouve Laurent Garnier qui ne gagnera sa victoire de la musique qu’en 98, mais aussi Moloko qui nous manque tant et surtout : The Chemical Brothers ! La venue du duo est sensationnelle mais l’histoire derrière le concert des sacro-saints Daft Punk est bien plus excitante, avouez :

« Thomas Bangalter, qui venait juste d’avoir son permis accepte de prendre sa voiture »

Jean Louis Brossard le 11 Octobre 2013 au micro de l’émission Canal B : »Les Daft c’est un premier maxi qui me tombe dessus : Da Funk sur Soma Recordings, un label écossais. Ils étaient Parisiens mais ils étaient aussi copains avec des gens de Rennes car il me semble qu’ils avaient fait un DJ set au Carmès. Ils étaient aussi très potes avec Kenobi, un copain à moi qui a été DJ et avec qui j’ai bossé sur Planète 2 et 3. Kenob’ travaille d’ailleurs maintenant dans une maison de disque et vient de signer les Carbon Airways. On a donc réussi à booker les Daft Punk pour un Ubu sauf que c’était l’année des grandes grèves : il n’y avait plus d’essence, plus de voitures, plus de trains, il n’y avait plus rien. C’est Anne – qui s’occupait de la production à l’époque – qui a réussi à faire en sorte que Thomas Bangalter, qui venait juste d’avoir son permis accepte de prendre sa voiture et d’y mettre tout leur studio de façon à pouvoir venir à Rennes, sinon c’était impossible. Ils jouaient le samedi après-midi à l’Ubu et le vendredi j’ai carrément dit aux médias que Daft Punk ne pourraient pas jouer, parce qu’on ne voyait pas comment on pourrait les faire venir. Mais finalement Anne a réussi quand même». Chapeau.

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photo : Eric Perez

2002 : LCD Soundsystem, « déflagration atomique »

On aimerait tous êtres Jean-louis Brossard. Ou tout du moins avoir accès à ses playlists. En 2013 pour Canal B, il parle du passage de LCD Soundsystem en 2002 : « je les ai découvert avec le single Losing My Edge qui était sorti sur leur label DFA. C’est mon copain Pierre-Louis Berlatier qui travaillait à l’époque dans une maison de disque qui s’occupait du label, j’étais donc pratiquement le premier à l’écouter et je trouvais ça absolument génial » . Et le programmateur d’ajouter : « C’était une déflagration atomique, c’était vraiment un personnage assez fantastique parce que c’est pas le super adonis, mais c’est un mec qui a une stature, qu’a une énergie… Il crée vraiment un style au niveau des percussions dans ce groupe« .

2004

En 2004 c’est une folie aussi : Hot Chip et Kasabian sont là, regardez où ils en sont aujourd’hui ! A noter aussi la présence du génial Dizzee Rascal dont on ne parle plus assez aujourd’hui, qui ne fera la Une des magazines anglais que 5 ans après son passage aux Trans.

2006 : Justice pour tous

2006 c’est l’année avant « l’année JUSTICE», le premier album Cross va sortir, et c’est parti pour le duo qui vient bâtir sa réputation sur la scène des Trans, la salle de la Cité est retournée. Et on connaît la suite.

The Horrors avant la hype

En 2006 l’underground londonien s’entiche aussi de la bande de Faris Badwan a.k.a. The Horrors, groupe de grands corbeaux qui s’amusent à faire peur aux gosses pendant leurs concerts sauvages et qui se fringuent en noir, qui servent un premier album brut comme une goulée de pétrole arrosée de graviers. De la mauvaise graine en somme, qui fournira par la suite quelques-uns des plus beaux albums de la décennie, où la coldwave retrouvera une raison de vivre. Jolie coup de la part des Trans qui ont su voir plus loin que l’effet de mode.

2007 : Calvin Harris

Avant qu’il ne rencontre l’EDM et ne devienne l’un des DJ les plus payé au monde, ce brave Ecossais qu’était Calvin Harris était ultra-prometteur en terme de qualité musicale. Réécoutez donc son premier album. Ou son tube ci-dessous :

2008 : Diplo

Sur son compte Instagram, l’immense Diplo parlait il y a peu de sa tournée avec Justice. Il expliquait que c’était plus énorme que tout avec des mots assez simple : « No way can electronic music get any bigger..!! ». C’était en 2009, mais un an avant il avait déjà joué aux Trans. Trop fort.

My first bus tour was opening for @etjusticepourtous in 2009 it was sponsored by myspace! i thought at that moment. No way can electronic music get any bigger..!! this is it! we did it i was part of the biggest thing ! it was cool to be with Gaspard , Xavier , Pedro from @edbanger they were part of a french wave of music that influenced electronic music so massively in the USA.. it gave a face and a style and more importantly an attitude to the producers and DJ culture that was bubbling up everywhere.. they weren’t Djs they were rock stars first .. after Justice the music got even harder and then went ever further pop .. but these guys stood up with the same mantra since those days and have been true to the music and kept making great stuff.. i don’t think we could have had this scene without their pioneering style and vision. Ed Banger was a huge influence to what we could do with @maddecent. #etjusticepourtous

Une photo publiée par diplo (@diplo) le

2009 : Rodriguez sorti de nulle part

Le tour de force est énorme. C’est simple : avant 2013 et la sortie du documentaire Sugar Man qui a fait péter l’histoire dingue, secrète, triste, intime, de Sixto RODRIGUEZ, personne ne le connaissait. Certains pensaient même qu’il était mort. Mais non. Il joue à Rennes en 2009 et bons dieux que ça devait être aussi beau que fou.

2010 : Stromae

Au moins, lui, il avait tout dit d’emblée.

2014

Grand Blanc
L’album Mémoires Vives sorti en 2016 est la preuve parfaite qu’on a bien fait de faire confiance à Grand Blanc. Des tas de gens se sont gardé de les aimer à leur juste valeur lors de la sortie des premiers efforts de ces quatre tarés venus de Metz. Evidemment Grand Blanc étaient aux Trans, dés 2014, soit 2 ans avant que tout le monde (sauf leur label Entreprise) ne les regarde sous leur plus belles ombres.

A-WA
Et dire qu’on dit seulement aujourd’hui en 2016 que les sœurs Tair, Liron and Tagel Haim seront l’an prochain dans tous les festivals ! A-Wa étaient aux Trans en 2014. Rappelez-vous, à la lecture du programme, que les Trans ont toujours raisons : « ces demoiselles et leurs compères ne devraient plus tarder à faire tourner les têtes et bouger les lignes« .

2016

On ne va pas vous mâcher le travail ! Foncez aux 38èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes qui se tiennent du 30 novembre au 4 décembre. C’est à vous de jouer les devins, et n’oubliez pas de kiffer !