Music par Mathilde Martin 25.11.2016

Boiler Room : d’une webcam entre potes aux quatre coins du monde

Boiler Room : d'une webcam entre potes aux quatre coins du monde

De Londres à Berlin en passant par Paris, Milan, Glasgow, Moscou, Montréal, Chicago, Tel Aviv, Tokyo ou encore Shanghai, Boiler Room est la première communauté destinée aux amoureux de musiques underground (« Boiler Room is the world’s leading community of underground music fans. »). Depuis plus de six ans, ce nouveau format de live-streaming né dans une chambre à l’est de Londres, a gagné en popularité au point de devenir une véritable institution, en particulier pour les amateurs de musiques électroniques (mais pas que). Line up soignés, lieux triés sur le volet, proximité avec les artistes et (quasi) gratuité sont les ingrédients secrets de cette plateforme reconnue et fréquentée dans le monde entier.

L’expérience Boiler Room débute en mars 2010 dans une chambre de Hackney, à l’Est Londres. Blaise Bellville, 18 ans, a quitté les bancs de l’école pour se consacrer à son propre magazine web Platform créé un an plus tôt. En complément il décide de lancer un nouveau format via la plateforme Ustream et live stream depuis sa webcam le DJ set de ses amis et invités Thristian Richards – alias bPm – et Femi Adeyemi – alias Mr. Wonderful -, co-fondateur de NTS Radio.

Entourés de leurs amis, les trois compères investissent un vieil entrepôt londonien et réitèrent l’expérience chaque mardi pendant plusieurs semaines, puis des mois. Interrogé par Trax Magazine (n°195, septembre 2016), Blaise Bellville confie « Nous n’avions aucune ambition commerciale, on ne pensait pas que cela allait durer plus de quelques semaines. En fait, nous voulions simplement jouer de la musique dans une pièce pendant quelques heures et conserver ces moments dans les archives d’Internet« . Mais à leur grande surprise, le concept prend de l’ampleur. Grâce à un carnet d’adresses bien fourni, des DJ de plus en plus côtés prennent les commandes des platines chaque semaine, à commencer par la clique du label Young Turks. D’ailleurs, la plus ancienne vidéo encore disponible est celle de leur invité récurrent SBTRKT (ou Aaron Jerome pour les intimes), enregistrée en octobre 2012.

Boiler Room conquière l’Europe… et le reste du monde

Environ un an plus tard, Boiler Room sort finalement du Grand Londres et se déplace vers de nouvelles contrées européennes. Le 23 août, Blaise Bellville organise la première session berlinoise au Stattbad et prévoit pour l’occasion un plateau techno gratiné : Redshape, Kassem Mosse, Jimmy Edgar et Objekt. Au fil des sessions, les fondateurs du projet découvrent que le public est en majorité attiré par des musiques « underground », gavé par la pop, l’EDM et tous les hits qui prennent la tête des charts. Dans une interview accordée au quotidien britannique The Guardian, Blaise Bellville explique “Autour de 2010, l’underground a disparu. (…) Les charts étaient remplis de musiques terribles. Les gens se sont rassemblés autour de ce show, ils ont eut l’opportunité de discuter sur le forum et de trouver leur place”. Techno, house, rap, trap, grime, UK garage et dubstep – pour ne citer qu’eux – deviennent alors les genres musicaux de prédilection, et la plateforme de broadcasts établit sa programmation dans ce sens.

En six ans, Boiler Room s’est exportée en dehors des frontières britanniques et a posé ses valises aux quatre coins du monde de Paris à Milan, en passant Glasgow, Moscou, Montréal, Chicago, Tulum, Tel Aviv, Tokyo, Shanghai et plusieurs autres dizaines de villes. Selon un article publié par Playboy en juin 2016, la plateforme ouvre désormais ses portes à plus de 60 millions de visiteurs uniques par mois. Parmi leurs plus gros succès : Joey Bada$$ à Londres en janvier 2015 (144 000 vues sur Dailymotion), KiNK à Moscou en décembre 2014 (113 000 vues), Solomun à Tulum en janvier 2015 (112 000 vues), Caribou pour l’opening du Dimensions Festival de 2014 et la même année Maceo Plex à Berlin. Le temps où la team se réunissait pour une session par semaine est révolu. Avec ses bureaux dans les villes les plus attractives et ses nouvelles petites mains, elle s’organise aujourd’hui plusieurs évènements par jour dans différents clubs, villas ou festivals.

Devenue une véritable institution, Boiler Room s’associe à de grandes marques et produit même ses propres documentaires musicaux depuis 2014. Mais tout n’est pas toujours rose pour la plateforme qui a déjà surpris son auditoire (et pas que dans le bon sens du terme). L’une des plus grosse « polémique » date de l’été 2013. Lors d’une session enregistrée à Ibiza dans la villa de Richie Hawtin, la chanteuse Grimes invitée aux côtés de Azari & III et Nina Kraviz offrait un set d’un autre genre. Taylor Swift, Nicki Minaj, Skrillex, Daddy Yankee, Beyonce ou encore Mariah Carey, l’artiste canadienne a déballé le summum du « mainstream », un choix interprété comme un troll du concept axé sur les genres « underground ». La réponse ne s’est pas fait attendre et la vidéo d’une heure a disparu des radars, entrainant la colère des fans. Mais rien n’arrête la plateforme qui continue d’évoluer. Son prochain objectif, des DJ sets en réalité virtuelle. C’est avec l’aide de la société InceptionVR que ce projet un peu fou mais prometteur devrait voir le jour d’ici peu.

La rançon de la gloire

L’esprit et le succès de Boiler Room ont donné suite à de nouvelles plateformes inspirées de ce modèle. En 2013, Teki Latex lance sur le même modèle le rendez-vous hebdomadaire Overdrive Infinity. Lors d’une interview accordée à BETC Pop, le boss du label Sound Pellegrino a expliqué : « il y avait un manque en termes d’émissions de streaming de DJ en France. Il y a besoin de remettre le DJ au centre des préoccupations de la culture club en France, expliquer aux gens ce que c’est que ce métier, le revaloriser. Les Anglais avaient Boiler Room et Just Jam qui sont finalement une extension 2.0 de cette culture de la radio pirate qu’ils ont toujours eu et je voulais créer une réponse française à ça. J’avais envie de partager ma fascination pour les DJs, en tout cas pour certains DJs, avec les gens. J’essaye de pousser des gens parfois méconnus en France, des petits nouveaux hyper talentueux ou des gars super connus dans d’autres pays mais pas forcément ici, je veux renverser la tendance en France, je veux remodeler le paysage club en fonction de mes goûts, j’ai toujours réfléchi comme ça, c’est ce qui me motive ». Aujourd’hui, il pilote la programmation de Boiler Room en France.


Et preuve ultime de succès : les détournements. Toilet Room, Pokie Room, 90’s Boiler room toutes les idées sont les bienvenues. Mais s’il y a bien une chose à retenir, c’est que : « Boiler Room knows what you did last night ».