Music par Olivier Pernot 17.11.2016

Les vies et les villes de General Elektriks

Les vies et les villes de General Elektriks

Musicien protéiforme, General Elektriks revient sur sa trajectoire, de Paris à Berlin en passant par San Francisco et Seattle, et se livre sur les nombreuses collaborations qui ont jalonné son parcours (-M-, Femi Kuti, DJ Mehdi, Blackalicious, Céu).

C’est à Berlin où il réside désormais que General Elektriks a concocté son dernier album To Be A Stranger. Des nouveaux morceaux qu’il défend actuellement sur scène avec son gang de musiciens et qu’il viendra présenter à l’Olympia à Paris le 29 novembre. Les plus impatients peuvent déjà se ruer sur Punk Funk City, le premier album live de cet homme du groove qui aime les claviers vintage. Car si Hervé Salters n’est pas un chat, il a eu plusieurs vies. L’homme qui se cache derrière le pseudonyme General Elektriks est un musicien accompli depuis une vingtaine d’années. Même si ses débuts ont été parfois difficiles. Aujourd’hui, il enchaîne les concerts avec son groupe : plus de 70 lives donnés un peu partout en France depuis le début de l’année et la sortie de son quatrième album, To Be A Stranger. Un long-format porté par le single « Whisper To Me ».

General Elektriks occupe cet automne avec un album live, son premier, qui vient tout juste de paraître. L’objet, baptisé Punk Funk City, retranscrit toute la fièvre d’Hervé Salters avec son gang de musiciens. « Punk funk, ça décrit bien l’énergie du groupe sur scène. On joue un funk déjanté, un peu sale. Et des versions complètement réarrangées des morceaux. Il a deux versions de General Elektriks, avec des armes différentes. J’aime le côté laboratoire de mon travail en studio, en solo, où je m’amuse avec les textures et je me concentre sur les morceaux. Et après il y a leur retranscription sur scène avec l’énergie du moment qu’offre le live. Je n’aime pas que les versions scéniques soient esclaves du disque. Avec les musiciens qui m’accompagnent depuis sept ans déjà, de véritables soldats, nous devons trouver d’autres moyens pour faire vivre ces morceaux studios, et retrouver l’étincelle que j’avais dans mon laboratoire. » Pour General Elektriks, « c’était important de laisser une trace avec ce CD live, alors que le live est par essence éphémère ».

Si aujourd’hui Hervé Salters, basé à Berlin avec femme et enfants, est épanoui dans sa vie de musicien, son parcours avait commencé très timidement à Paris. « C’était la fin des années 1990, j’étais dans une certaine scène pop funk, avec le groupe Vercoquin. » L’album du groupe, publié en 1997 par la major compagnie PolyGram, fait un flop.

À cette époque, Hervé Salers se lie d’amitié avec -M- : « J’ai participé à tous ses premiers groupes. Il y avait The Mathieu Chedid Band et Wah P, un groupe d’acid jazz. Je joue d’ailleurs des claviers sur quelques morceaux de son premier album, Le Baptême. Nous sommes toujours restés en contact et on s’est revus lors d’un Taratata. »

Durant sa période parisienne, Hervé Salters participe aussi à l’album Shoki Shoki de Femi Kuti. « C’est une collaboration très importante pour moi. Je suis un grand fan de Fela Kuti. Je ne souviens très bien d’un disque que j’avais de lui quand j’avais douze ans. L’afrobeat est une musique qui me subjugue. Son fils, Femi, a remis au goût du jour l’afrobeat vers la fin des années 1990 et j’étais heureux de jouer avec lui. »

Et puis le claviériste est parti bourlinguer aux États-Unis en 1999, en se posant tout d’abord à San Francisco. « J’étais dans le doute concernant la musique. L’album de Vercoquin n’avait pas marché. Je m’étais mis à bosser dans une société qui gérait un site internet d’analyse musicale. » Et là, bingo ! « Le manager de Femi Kuti m’appelle et me dit : “Est-ce que tu te souviens encore des morceaux ?” Le clavier de Femi était malade et je me retrouve comme ça à assurer deux concerts avec lui au Brésil. En plus en première partie de D’Angelo, à l’époque de son album Voodoo. C’était incroyable ! Avec le recul, ces concerts ont été un révélateur et j’ai foncé dans la musique en montant mon projet General Elektriks ! »

Durant ses années américaines, jusqu’en 2011, Hervé Salters se forge quelques amitiés solides dans le hip-hop des deux côtés de l’Atlantique. Il travaille notamment avec DJ Mehdi sur l’album (The Story Of) Espion. « C’est difficile de parler de lui aujourd’hui. C’est quelqu’un qui manque. Il était très ouvert, très inspiré. Il avait une approche du hip-hop qui englobait les instruments. Je me souviens, il était venu bosser quelques jours chez moi quand j’habitais à Seattle et puis il était revenu une autre fois quand j’étais à Berkeley. » Le claviériste s’affiche aussi avec le groupe californien Blackalicious. « J’ai coécrit l’album The Craft et je les ai accompagnés sur scène de 2003 à 2006. Ce sont parmi mes plus beaux souvenirs de scène. Ce sont des musiciens extrêmement doués, dans la production comme dans le rap. Ils représentent le hip-hop que j’aime, qui est la dernière incarnation de la black music qui prend ses sources dans le blues. C’était fabuleux de participer à ce mouvement hip-hop, avec eux, aux États-Unis ! »

C’est donc à San Francisco qu’Hervé Salters a mûri et démarré le projet General Elektriks en 2003. Puis, au gré de ses déménagements sur la côte Ouest, à Seattle puis à Berkeley, il a coordonné ce projet qui s’est fait une place dans nos cœurs avec son groove funk et vintage, et son énergie scénique débordante. Le décollage a eu lieu dès le premier album avec le titre trip-hop à la voix confidente, « Tu m’intrigues ». « Je suis uniquement musicien à la base, aux claviers, derrière sur scène. J’ai eu du mal à me mettre devant un micro », confie-t-il aujourd’hui.

Puis, tout le monde s’est mis à siffloter « Raid The Radio », le single extrait de l’album Good City For Dreamers. Un morceau joyeux qui illumine une journée dont beaucoup ont découvert l’accroche mélodique au détour d’une publicité télé. Le projet General Elektriks était alors bien lancé, surfant sur les ondes radios et captant du public à chaque nouveau concert grâce à sa musique résolument positive et son enthousiasme communicatif.

Parfois, Hervé Salters s’offre encore quelques collaborations et projets parallèles. Notamment Burning House : « C’était un vrai plaisir de faire ce projet avec Chief Xcel de Blackalicious. Nous jouions une espèce de funk hip-hop principalement instrumental. Mais l’album est passé un peu inaperçu. Malheureusement ! » Ou encore avec la chanteuse brésilienne Céu : « J’ai coréalisé son dernier album, Tropix, il y a un an. J’ai eu la chance de jouer quatre fois au Brésil avec General Elektriks et je l’ai rencontrée grâce à des amis communs. Et elle m’a invité à travailler sur son dernier album, à faire des arrangements, à jouer des claviers. En plus son album est nominé au Latin Grammy Awards ! »

Hervé Salters réside désormais à Berlin depuis cinq ans. Le titre de son dernier album, To Be A Stranger (« être un étranger »), évoque justement cette sensation d’exilé. « Je ressens cette sensation bien plus qu’aux États-Unis. À Berlin, j’ai l’impression de perdre encore un peu plus mes racines. Le climat est y plus sombre, sans beaucoup de lumières. Cela a influencé mon album mais il y a aussi dans cette ville une coolitude et une effervescence artistique et créative qui fait du bien. Et une belle qualité de vie aussi et un bon esprit pour la fête ! »

Si General Elektriks est un étranger dans les villes où il habite, il se ressource en France lors de tournées marathons. S’il passe dans des endroits prestigieux comme l’Olympia à Paris, il ne délaisse pas pour autant des villes plus reculées de l’Hexagone comme Ham, Vaureal, Saint-Jean-de-la-Ruelle ou Fouesnant, toutes au programme de sa nouvelle tournée, à cheval sur l’automne et le printemps.

« Quand tu sors des sentiers battus, tu peux faire des découvertes incroyables. Je me souviens d’un festival à Sumène dans le Gard. Il pleuvait des cordes. Impossible de jouer. Le public était tellement déçu. Nous nous sommes rabattus sur un petit bar. Et cela a donné un moment magique. L’un de nos plus beaux concerts. Avec des gens qui dansaient sur le zinc dans un bar bondé et d’autres qui dansaient dehors sous la pluie ! » Cette générosité de General Elektriks cadre bien sa musique, un funk vintage et poétique qui mute en machine à groove diabolique sur scène.