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The Wicked + The Divine, la BD où l’on croise Daft Punk et Kanye

The Wicked + The Divine, la BD où l’on croise Daft Punk et Kanye

De mystérieux dieux aux pouvoirs spectaculaires qui ressemblent aux Daft Punk ou à Kanye West et deviennent des rockstars. C’est le pitch étonnant d’un des comics les plus passionnants de ces dernières années, The Wicked + The Divine.

Laura, 17 ans, jeune lycéenne du genre fangirl énamourée, est follement éprise du Panthéon, un groupe de douze jeunes artistes qui se prennent pour des dieux vivants et enflamment les scènes du monde entier avec des concerts qui ressemblent souvent à des messes où les jeunes crient leur nom à en perdre la voix. Luci, jeune femme androgyne aux cheveux blond platine mi longs plaqués en arrière est l’un de ces fameux dieux et remarque Laura dans la foule d’un concert, l’invitant à rejoindre une partie du Panthéon en backstage, où l’un de ses membres Amaterasu, est interviewée par une journaliste sceptique.

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Des assassins munis de mitraillettes surviennent pour tenter de zigouiller Luci et Amateratsu ce soir-là, mais d’un claquement de doigts, Luci fait exploser leurs têtes dans une scène d’un gore très graphique. Voilà ce qui se passe lors des quelques premières pages (à peine) du premier tome du comic The Wicked + The Divine (WicDiv pour faire plus court). Une mise en place en forme de déflagration brutale où l’on ne comprend pas encore grand-chose, mais où l’on s’attache très vite à un rythme, à une atmosphère tout en coups d’éclat : WicDiv fait dans l’ultra-pop, dans l’explosif. Mais là où cette BD entamée en 2014 en Angleterre et publiée pour la première fois en français ces jours-ci chez Glénat fait très fort, c’est que ces douze dieux (ils ne se foutaient donc pas de nous), ces douze idoles des jeunes, ont l’apparence plus ou moins précise de vraies idoles d’hier et d’aujourd’hui. Luci (pour Lucifer) est la version féminine de Bowie période Thin White Duke, Amaterasu ressemble à un mélange de Kate Bush et Florence & The Machine. Plus tard on croisera Woden, habillé pile-poil comme un Daft Punk période Tron, Baal et Sakhmet qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à Kanye West et Rihanna ou Morrigan la ténébreuse, mélange de PJ Harvey et Siouxsie Sioux.

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2 ans à vivre et têtes qui explosent

Au fil du premier tome on comprend, peu à peu, page après page, l’histoire tragique de ces dieux pas si bien lotis qu’on pourrait le croire. Tous les 90 ans, le Panthéon entier se réincarne sur Terre dans le corps de douze adolescents, animés par une furieuse envie de brûler la vie par les deux bouts et de monter sur scène. C’est que deux ans après cette réincarnation, les douze divinités s’éteindront à nouveau jusqu’au prochain cycle. Une espérance de vie ridicule qui explique le grain de folie qui les habite. D’ailleurs WicDiv est né de l’esprit endeuillé de Kieron Gillen (auteur déjà connu dans le milieu pour les Young Avengers). “C’est sinistre. L’idée de base m’est venue la semaine qui a suivi l’annonce que mon père avait un cancer en phase terminale, tout ce concept autour de la mortalité découle de là.” Il a ensuite laissé à son partenaire de toujours Jamie McKelvie le soin de créer l’univers visuel. Parfois nous voulions absolument faire figurer visuellement un artiste que nous adorions, parfois nous avions le dieu (chacun des dieux vient d’une mythologie réelle, Woden est le nom en vieil anglais d’Odin, Baal est un dieu sumérien, etc.) et cherchions quel musicien pourrait lui coller à la peau.”

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Minerva, Sakhmet, Baal, Ananke, Woden et Amaterasu.

La galerie de personnages charismatiques et excentriques du Panthéon est évidemment le cœur de ce qui fascine dans WicDiv, mais Laura, la pauvre petite lycéenne paumée prise au cœur du tourbillon, est celle qui nous permet de comprendre la mythologie de l’œuvre pas-à-pas, à mesure qu’elle enquête elle-même, accompagnée par la journaliste mentionnée plus haut. Pour son coup d’éclat initial, Luci est en effet renvoyée au tribunal, où elle clame son innocence, demandant à l’assistance comment ils peuvent croire que quelqu’un soit capable de faire exploser un homme en claquant des doigts. Alors qu’elle décide, pour prouver ses dires, de claquer des doigts en pleine audience, à sa propre surprise c’est ce coup-ci la tête du juge qui explose. Seule Laura semble prête à aider sa nouvelle amie désormais emprisonnée... Luci est-elle vraiment coupable ? Si elle est innocente, qui cherche à lui faire porter le chapeau ? Pourquoi le reste du Panthéon ne lève-t-il pas le petit doigt pour l’aider ? Qui est la mystérieuse Ananke, sorte de nounou du Panthéon que les dieux semblent craindre ? Le bombardement de questions que l’on se prend en pleine poire ne fait que s’emballer avec la fin du premier tome, secoué par une nouvelle tragédie qui rebat déjà toutes les cartes (qu’on vous laisse découvrir par vous-même).

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Ananke

Un véritable cri d’amour à la musique

Derrière l’action ébouriffante de ses premiers pas et sous ses airs de divertissement épileptique pour une génération qui n’est pas capable de maintenir son attention sur une œuvre si tout ne pète pas dans tous les sens régulièrement, WicDiv n’est pas dénué de propos. “Pourquoi alors qu’on passe si peu de temps sur cette planète, choisir d’être artiste? Peu importe si c’est deux ans, vingt ans ou soixante-dix ans, affirme Gillen. Ça reste une durée vraiment minuscule. Pourquoi se donner cette peine?”

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La série croise deux questions plus grandes que l’homme, celle de la création artistique et de ce qui la motive et la nourrit, et celle de la mortalité, de l’effet de cette épée de Damoclès sur les comportements (humains comme divins). Des questions lourdes qui n’enlèvent rien au fun insolent de l’œuvre, qui cumule aujourd’hui 22 tomes dans son pays d’origine, un succès populaire incroyable (même aux USA, où la série rivalise presque avec les chiffres de The Walking Dead) et des droits d’adaptation télé achetés depuis peu par Universal. Un objet pop “méta”, véritable cri d’amour à la musique poussé par ses créateurs, d’ailleurs les références musicales s’enchaînent, la productrice et chanteuse Grimes ayant même dessiné la couverture du quatorzième tome de la bande dessinée. Et pendant que vous découvrirez le premier tome, n’hésitez pas à mettre en fond la playlist Spotify bien garnie créée par Gillen pour la série (Peaches, Yeah Yeah Yeahs, Björk, Bowie, Metronomy, etc.).