Music par Simon Clair 15.11.2016

Pour la réhabilitation de la B.O de Space Jam !

Pour la réhabilitation de la B.O de Space Jam !

Sortie en 1996, la B.O culte de Space Jam fête ses 20 ans cette année, en toute discrétion. Car malgré ses 6 disques de platine et ses millions d’exemplaires vendus, cette compilation réunissant la dream team de la soul et du rap US semble encore aujourd’hui boudée par les puristes. Tant pis pour eux.

Le Super Bowl a toujours eu quelque choses de bigger than life. De quoi transformer un simple doigt d’honneur de M.I.A en véritable déclaration de guerre, un sein de Janet Jackson en atteinte aux bonnes mœurs, ou un tranquille hommage aux Black Panthers en soulèvement révolutionnaire. Mais surtout, le Super Bowl peut aussi changer une simple publicité en blockbuster aux millions d’entrées. En 1992, lorsque la dernière pub Nike est projetée à la mi-temps, les spectateurs américains bouillonnent de plaisir devant leurs écrans. Il faut dire que le réalisateur de cette pub, Joe Pytka, a eu la bonne idée de réunir deux idoles à priori incompatibles : Michael Jordan et Bugs Bunny. Et face à l’engouement rencontré par son spot, il est rapidement question de passer à l’étape supérieure et de produire un long métrage sur le même concept.

Space Jam naît donc comme un projet où tout le monde y trouve son compte, Nike plaçant allégrement ses produits dans le film, Michael Jordan annonçant son retour dans le monde du basket après une première retraite et les Looney Tunes profitant de tout ça pour s’offrir une belle cure de jouvence. Sorti le 15 novembre 1996 aux États-Unis, le film de Joe Pytka connaît d’emblée un succès écrasant, entrant directement N°1 au box-office américain et récoltant 230 millions de dollars de recettes dans le monde, malgré des avis critiques franchement mitigés. Mais si tout le monde se souvient encore de Space Jam 20 ans après sa sortie en salle, ce n’est certainement pas pour le jeu d’acteur de Michael Jordan, ni pour la finesse de ses dialogues. Plus que tout autre film, Space Jam a surtout remporté le match grâce à sa B.O.

Dream Team

Au fil du temps, la musique de Space Jam a pourtant suivi le même trajet que le film qu’elle illustre. Aujourd’hui, ils font l’un comme l’autre partie de ces amours de jeunesse que l’on ose plus vraiment évoquer en public, malgré l’attachement intime et viscéral qu’on leur porte. Pourtant, si le film de Joe Pytka a effectivement quelques faiblesses, la B.O qui l’accompagne aligne par contre un sacré paquet de singles imparables. Produit par Warner, le disque invite notamment la dream team de la soul mondiale, avec des morceaux signés Barry White, D’Angelo, Seal ou Monica.

À cela s’ajoute aussi une belle série de rappeurs allant des plus anciens (Salt-N-Pepa ou Biz Markie) aux plus récents (Jay-Z qui sort alors tout juste son premier album). Surtout, la B.O de Space Jam réussit le tour de force de glisser dans un film familial un morceau d’anthologie réunissant tous les super-vilains du rap US : B-Real, Busta Rhymes, Coolio, LL Cool J et Method Man. Avoir 10 ans au moment de la sortie de Space Jam, c’était donc entendre dans son salon ce « Hit ‘Em High » et ces 5 fous furieux hurlant des rimes salaces sur le basket, sur la manière dont ils vont briser genoux et chevilles avant de balancer tout ça « en plein dans le trou. » On a rarement vu mieux en termes d’entrisme.

R. Kelly en apesanteur

Mais la B.O de Space Jam ne serait rien sans son morceau phare : « I Believe I Can Fly ». Tout commence lorsque Michael Jordan, qui s’entraîne dans le même club de sport que R. Kelly à Chicago, demande au chanteur s’il accepterait de composer un morceau pour son film à venir. Fasciné par Jordan, ce dernier accepte sans même savoir précisément de quoi il s’agit. Le reste a presque valeur de légende, à l’image de ce que R. Kelly raconte dans son autobiographie Soulacoaster: The Diary of Me. Plongé dans un profond sommeil, le chanteur aurait tout d’abord rêvé la mélodie du morceau, avant de se réveiller pour se précipiter vers le piano de son hôtel sur lequel il aurait écrit le reste du hit. Deux heures plus tard, alors que le rappeur Notorious BIG vient voir son ami R. Kelly, ce dernier lui demande son avis sur le morceau qu’il vient de composer. Désarmé devant la beauté du morceau, le MC de Brooklyn fond en larmes et lui répond qu’il tient là un morceau planétaire. Il ne s’est pas trompé puisque « I Believe I Can Fly » vaudra à R. Kelly trois Grammy Awards et 2 millions de singles vendus.

Daffy ou Donald ?

Alors qu’un Space Jam 2 vient donc d’être annoncé l’année dernière avec Lebron James dans le rôle principal, les médias américains sont donc d’ores et déjà sur le pied de guerre pour essayer de deviner qui pourrait figurer sur la B.O de cette suite. Pour le magazine Wired, Robin Thicke remplacerait par exemple R. Kelly et Usher serait le nouveau Seal. De son côté, le site Consequences of Sound imagine un « Hit ‘Em Right » réunissant Kanye West, Drake, Rick Ross et Jay Z, ou encore un remix version 2016 du « Miami » de Will Smith (en hommage à l’ancien ailier des Miami Heat). Une chose est sûre, Bugs Bunny sera toujours Bugs Bunny. En 1996, avec 20 ans d’avance, le lapin le plus connu au monde vannait déjà la femme de Donald Trump sur « Buggin », un morceau écrit par Jay-Z pour l’occasion. C’est d’ailleurs sur la phrase « Let’s all diss the Duck » que se conclut le titre finale de la B.O de Space Jam. Et encore aujourd’hui, difficile de savoir qui de Daffy Duck, Donald Duck ou Donald Trump était visé par la punchline du lapin. Bugs Bunny, best rapper alive.