Music par Manon Chollot 10.11.2016

Michael Mayer : Mais où s’arrêtera donc ce surhomme ?

Michael Mayer : Mais où s’arrêtera donc ce surhomme ?

Producteur et remixeur de génie, Michael Mayer est un véritable touche-à-tout. L’Allemand est également à la tête du label culte Kompakt qu’il dirige d’une main de fer. Retour sur les 1001 vies de ce producteur à l’occasion de la sortie de son nouvel album &. 

Un DJ depuis l’adolescence

C’est dès son plus jeune âge que Michael Mayer a été exposé à la musique électronique. Alors qu’il n’a que quatorze ans, le jeune homme originaire de la Forêt Noire en Allemagne se lie d’amitié avec un voisin DJ de profession qui lui file des cassettes et le sort en club. C’est décidé : il sera DJ. Très vite, Mayer économise de l’argent sur son petit salaire de livreur de journaux, investit dans des platines et un an plus tard, le voilà devenu DJ dans les fêtes d’anniversaire de ses petits camarades.

Après une courte résidence dans un club où ses goûts éclectiques ne matchent pas du tout avec l’ambiance du lieu, l’Allemand se lance dans une nouvelle aventure à l’époque où la musique électronique infiltre tous les milieux et monte son propre soundsystem - Friends Xperiment – avec Tobias Thomas et deux autres amis. L’alliance ne tient pas longtemps et le groupe se sépare : Thomas et Michael Mayer filent à Cologne tandis que les deux autres compères quittent la Forêt Noire pour Berlin. Ensemble, Michael et Thomas reforment leur soundsystem et décrochent une résidence à l’IZ Club de la ville. Nous sommes alors au début des années 90. Les deux amis de Cologne montent ensuite ce qui deviendra l’une des résidences les plus mythiques de la petite ville allemande : les soirées hebdomadaires Total Confusion au Studio 672 qui dureront pas moins de neuf ans. Le concept ? Faire monter très très lentement la sauce au cours de la nuit en commençant par des trucs tout doux et ambient et ainsi monter graduellement jusqu’à arriver à un déferlement de titres dansants et captivants (techno, house, mais aussi pop et même R&B). On vous laisse imaginer l’ambiance de ces all-night-longs !

Un remixeur de génie

Seulement voilà, Michael Mayer ne veut pas se résoudre à n’être qu’un DJ. Et c’est cette ligne de conduite qui va guider toute sa vie, le poussant à toujours se dépasser et à se renouveler sans cesse. Une de ses casquettes les plus réputées est ainsi celle d’un remixeur aguerri et reconnu par ses pairs. Avec plus de 150 remixes réalisés par ses soins au cours de sa carrière longue de trente ans, l’Allemand a réussi à appliquer sa patte électronique à des titres pourtant bien éloignés de son univers.

On pense évidemment à son remix de « Love Is Stronger Than Pride » de Sade, transformé en un morceau glacial, à des lieux du morceau original ; mais également à ses remixes pour Depeche Mode (le génialissime « Precious » transformé par deux fois : une fois en un titre ambient, l’autre en un morceau baléaric de huit minutes). L’Allemand s’est également intéressé aux productions made in France puisqu’il a également remixé des morceaux de Miss Kittin (« Happy Violentine ») et d’Agoria (« Sky Is Clear »).

Un patron de label passionné

1998 marque un nouveau tournant dans la carrière de ce passionné des vinyles. C’est en effet à cette date que Mayer fonde un label qui deviendra culte par la suite : Kompakt Records, avec l’idée d’acquérir une liberté totale dans la musique, de la production à la distribution des disques. L’histoire derrière cette maison est plutôt cocasse : en 1993 le producteur se rend chez Delirium, un disquaire de Cologne, et explique tout bonnement aux propriétaires des lieux  – Wolfgang Voigt, Reinhard Voigt, Jürgen Paape et Jörg Burger – que leurs bacs manquent cruellement d’originalité et de bons disques. Loin de se faire mettre à la porte, Mayer obtient grâce à son effronterie un job dans la boutique et en devient vite le cogérant.

Cinq ans plus tard, l’homme devenu quasiment le seul capitaine à bord fonde – avec les Voigt et Paape en guise de bras droits – Kompakt, qui deviendra rapidement le label de renom que l’on connaît, mais également une agence de booking et un magasin de disques ; preuve que là encore, Mayer n’aura jamais su choisir entre tous les projets qui gravitent à la seconde dans son esprit. Originellement orienté vers la techno tendance minimale et progressive, Kompakt aura su s’ouvrir à d’autres genres électroniques avec la création de sous-labels – Kompakt Extra, Kompakt Pop – s’assurant ainsi une dominance multigenres sur le marché. Côté distribution, c’est plus d’une soixantaine de labels qui sont distribués aujourd’hui aux quatre coins du monde via Kompakt. Parmi les plus prestigieux (allez, on fait nos chauvins) citons I’Am A Cliché (le label de Cosmo Vitelli), Correspondant (celui de Jennifer Cardini), mais aussi Comeme, Life and Death, Ostgut Ton et Dial.

Un producteur qui prend son temps  

Overbooké par son job de patron de label à qui il consacre la majorité de son temps, Michael Mayer du temps à mettre le pied à l’étrier de la production. Il faudra en effet attendre 2005 et son album Touch pour entendre enfin les propres productions de l’artiste (hors format maxi), aux confins de la house et de la techno. Il faudra par la suite patienter sept ans avant que Mayer ne daigne sortir un second long-format, intitulé Mantasy, produit en solitaire de A à Z.

C’est donc doucement, mais sûrement (Mayer étant plus une tortue qu’un lièvre, mais tout le monde sait bien qui gagne à la fin) que le producteur vient de sortir son troisième album, sobrement intitulé &. Une esperluette ? Oui, car ce disque cristallise tout bonnement l’esprit de confrérie qui anime Mayer puisque (fait plutôt rare dans la musique électronique) & est un enchaînement de collaborations avec les prestigieux Barnt, Andrew Thomas, Gui Boratto, mais également Miss Kittin, Joe Goddard de Hot Chip ou encore Prins Thomas ; tous étant des amis et des connaissances de Mayer.

Donc on résume : DJ, remixer, producteur, patron d’un label à succès, mais aussi papa (eh oui)… Mais où s’arrêtera donc ce surhomme ? Tout porte à croire qu’il est loin de vouloir réduire le rythme… et c’est tant mieux pour nos petites oreilles !