Music par Gaspard Labadens 11.11.2016

Romare : « Du disco psychédélique inconsciemment influencé par la musique irlandaise »

Romare : «  Du disco psychédélique inconsciemment influencé par la musique irlandaise »

Bref, t’as jamais entendu un truc pareil. Romare régale avec « Love Songs Part Two », son deuxième album qui paraît chez Ninja Tunes ce 11 novembre. 

Le 4 novembre dernier, vers 22 heures, Romare est posé dans les loges du Badaboum. Le grand loustic au visage pâle s’est levé à 6 heures ce matin, et il a l’air complètement jetlagué. Les 60 minutes qui séparent les pendules parisiennes de celles de Londres sont parfois plus virulentes pour l’organisme qu’on ne le croit, à tel point que le jeune Archie ne sait pas trop ce qu’il fait là : « Pourquoi Nova m’a invité ? Je sais pas trop en fait, je suppose que ce sont de vieux amis du label » (Ninja Tune, ndlr). Mais le jeune britannique a de la ressource. Après avoir demandé gentiment un café, le producteur sort de sa torpeur pour papoter autour de ses influences, ses galettes favorites, ou encore de ce qu’il va jouer ce soir là pour Le Nova Mix Club, de Radio Nova : fréquence ambassadrice du cool.

Romare, la singularité incarnée

Le deuxième album d’Archie alias Romare sort ce 11 novembre et il fait un malheur chez les critiques musicaux. Pas Etonnant : au niveau des influences, rien que le communiqué de presse donnait déjà des indices quant à l’originalité de l’artiste en évoquant une association peu commune : « des sons disco et psychédéliques ». Les connexions entre les genres deviennent d’autant plus tordues lorsque Romare précise : « Sur l’album Love Songs Part Two, je m’inspire du disco, de la musique psychédélique et sans doute inconsciemment de la musique irlandaise. J’accompagnais mon père dans un groupe de folk quand j’étais plus jeune. C’est très beau la musique irlandaise ». Sans parler de son goût prononcé pour les rythmes et les ambiances africaines, qu’on lui connaissait déjà depuis son EP Meditations of Afrocentrism. Un sacré mélange qui a de quoi mettre les puces aux oreilles de Bonobo, Annie Mac ou encore Four Tet, qui ont tous plébiscité son premier opus « Projections ». Et lorsqu’on demande à l’intéressé lequel de ses trois fans hype préfère-t-il, Romare répond sobrement : « Je ne savais pas qu’ils aimaient ma musique. Ce sont trois très bons tastemakers, mais je me vois mal choisir entre eux, je ne voudrais pas en froisser un ». Sympa le type.

L’approche « Romarienne » du sample

Le sampling a un rôle crucial dans l’élaboration des tracks de Romare : « Je conçois ma musique en m’appropriant des samples, assez vieux la plupart du tempsJ’aime les objets personnels qui ont une histoire et un usage passé. D’ailleurs, il n’y a aucun sample qui provient d’internet dans mon dernier album » détaille Archie. En plus des vinyles que le résident londonien collectionne et utilise pour fomenter ses morceaux, Romare injecte aussi des petites notes de mandoline***, celle de son père, et des captures de l’enregistreur de sa grand mère dans ses compositions. Oui, Archie est un original. Une réunion de famille qui tombe à pic dans un projet qui parle d’amour : « Dans cet album j’ai voulu couvrir tous les domaines de l’amour, des besoins sexuels primaires aux tendres 1ères rencontres, des amourettes aux vraies histoires ». Pas d’amalgames, rien de consanguin dans cette affaire.

Un live qui groove et arrive à point nommé

Avant d’écouter l’heure de DJ set de Romare dans le Nova mix club, on avait déjà des indices glissés par le performer himself : « Je vais jouer quelques uns de mes morceaux, et pour le reste plutôt disco, teinté de house ». Pendant que Romare peaufine son set, la triplette Mandar prend une première fois les commandes du 2 bis rue des taillandiers. Lazare Hoche, S.AM. et Malin Génie veulent commencer en douceur avec un live électronique assez expérimental. Une ambiance qui a de quoi ravir ton pote qui démarre sa soirée et sa voiture en écoutant Nova, peinard. Mais le public du Badaboum lui est déjà bouillant, même s’il est tôt. Les réactions sont donc parfois mitigées : « Mandar m’endort » nous glisse poétiquement un membre de Fatoumata, notre doublette pongiste fétiche. Heureusement, Romare arrive sans forcer, mais avec un groove qui te transporte illico dans les îles en plein cagnard. On a cru reconnaître « Who Loves You », bel extrait de Love Songs Part Two. S’en suivra une heure et beaucoup de pas de danses plus tard un come back de Mandar, plus reveillé, qui mettra le feu All Night Long

Prise de disque « Romaresque »

La vie est trop courte pour faire le mauvais choix après des heures d’errance dans les bacs à vinyles. S’il ne fallait en choisir qu’un ? Voilà l’enjeu de la prise de disque. Mais pour Romare, prise de disque = prise de tête. Il s’explique : « En fait si j’écoute qu’un seul disque, je vais finir par le détester. Donc je peux pas trop répondre. J’ai pas envie de détester mon disque qui fut mon favori. Du coup je prendrais peut-être un truc pourri (rires) ». On a quand même réussi à le faire fouiller dans son bac pour nous dégoter deux rondelles à sillons qu’il affectionne particulièrement. Cliquez sur les photos des galettes pour les écouter. Le mec a quand même extirpé The Final Chapter de Larry De Kat, pépite néerlandaise issue du label de Lazare Hoche, son voisin de line-up d’un soir. La classe.

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